LIVRE VI
L'orateur est plus d'une fois interrompu par les murmures des spectateur ; plusieurs de ces femmes qui depuis quelque temps, par ordre des jacobins, assiégeaient les tribunes et y occasionnaient des tumultes et des désordres continuels, se mettent à tourner en dérision le ton de l'orateur1. Les tricoteuses de la Législative préludaient déjà aux exploits qui les illustrèrent pendant la Convention; elles ne respectaient pas plus le génie quelles ne respectèrent plus tard l'innocence et la faiblesse.
Cependant, sur la motion deLejosne, ces femmes sont rappelées a l'ordre, et les pétitionnaires obtiennent les honneurs de la séance. Tronchon profite des bonnes dispositions de l'Assemblée pour présenter une adresse par laquelle la commune de Nancy fait le serment inviolable de maintenir la constilution et demande la répression des audacieuses clameurs des fribunes. Rien ne pouvait venir mieux à point. Le montagnard Mallarmé
nom. Nous avons eu le bonheur de. retrouver le texie de l'adresse et le nom du rédacteur dans les procès-verbaux de cette section. Nous avons recueilli, avec un soin pieux, loseul document politique qui soit peut-être sorti de la plume de l'illustre membre de l'Académie des sciences. Nous le donnons à la fin de ce volume. Nous donnons également la délibération qui précéda l'adoptjon de celte adresse et celle du 8 août, par laquelle la môme section la désavoua. Rien ne peut mieux quo ces votes contradictoires, émis successivement par la même section à quelques jours d'intervalle, donner une idée esacie de l'effroyable anarchie qui régnait dans Paris. De désaveu en désaveu, de contradictions en contradictions, on arrivait à la négation de toutes choses.
'I. Journal des Ddliais et Décrets, n° 314, p. 72.
(de la Meurthe) désavoue l'adresse constitutionnelle de ses concitoyens : une discussion assez vive s'engage ; elle est interrompue par l'entrée d'une dépu talion de la section Mauconseil.
On fait silence. La section vient -elle s'incliner devant la loi, faire amende honorable de son arrêté? Non ; elle vient, au contraire, le relire audacieusement à la face de l'Assemblée qui l'a frappé d'un blâme formel ; elle vient déclarer solennellement aux représentants de la nation qu'elle persiste à braver leurs décrets et à fouler aux pieds la constitution1.
L'indignation se manifeste avec énergie sur presque tous les bancs. Le président répond :
« Je vous rappelle à la constitution, au respect que vous devez à la loi. Je vais consulter l'Assemblée, pour savoir si vous serez admis aux bonneurs de la séance. »
Au moment du vote, un des pétitionnaires annonce qu'ils ont amené avec eux les délégués des sections qui approuvent l'arrêté Mauconseil, et demande pour ses
1. Le Moniteur ne dit pas un mot de ['apparition dans l'Assemblée des commissaires de la section Mauconseil. Il se contente d'annoncer que plusieurs sections viennent adhérer à la déclaration de cette section. Nous avons puisé les détails que nous donnons dans le Journal des Débats cl Décrets. On peut aussi consulter le Journal de Paris et le Patriote Français , que citent également îeî auteurs de l'flïstoire parlementaire, a défaut du Moniteur, qu'ils déclarent euxmêmes « très-inexact dans celte mémorable circonstance, et trop enclin à montrer l'Assemblée plus favorable qu'elle ne l'était réellement aux demandes révolutionnaires des Parisiens. » (Tome XVI, p. 329.}