LIVRE VJ
compagnons l'autorisation de défiler devant les représentants du peuple.
Dans toutes les assemblées, il y a des gens toujours prêts à excuser n'importe quelles audaces, à justifier n'importe quelles insolences. Garnot le jeune propose que l'on accorde aux pétitionnaires leur demande; « car, dit-il, plaignons leur erreur, mais excusons-la après tant de provocations ! »
La majorité ne croit pas devoir pousser aussi loin l'abnégation chrétienne et le pardon des injures. Elle refuse d'autoriser le défilé et décide que vingt députés seulement seront admis, mais que le nombreux cortège qui les accompagne restera à la porte. Aussitôt après, la séance est levée et l'Assemblée, toute fière du vote qu'elle vient d'émettre, se sépare, croyant avoir sauvé la patrie1.
On attribuait toujours au' roi des projets de fuite,
•I . Ce nouveau blâme infligé par l'Assemblée à la section Mauconscil n'arrêta pas les agitateurs subalternes qui la dirigeaient. Lhuillier, le principal meneur de cette section, en môme temps qu'il prenait ses précautions contre des poursuites judiciaires et se mettait sous la sauvegarde de la mairie, faisait adopter par ses amis les mesures préparatoires de l'insurrection. Cette section, désormais d'accord avec celle des Quinze -Vin gis, en avait ouvertement fixé la date à la nuit du 9 au 40 août.
.Nous donnons à la fin de ce volume plusieurs extraits des procèsverbaux de la section Mauconseil pendant les premiers jours d'août.
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et la surveillance des jacobins se concentrait de plus en plus sur les Tuileries. Les sections les plus dévouées aux idées ultra-révolutionnaires envoyèrent de leur autorité privée des patrouilles dans les environs du Château; toutes les autres furent invitées à en faire autant1.
Bientôt la section des Gobelms ne proposa rien moins que de faire évacuer le château par les Suisses et d'établir un camp autour des Tuileries pour garder le roi à vue. C'était difficile à exécuter de vive force; il était même douteux qu'on pût y faire consentir le corps municipal, qui seul avait le droit de régler le service de la garde nationale. Mais Pétion et ses amis savaient envelopper la pensée secrète des meneurs de trompeuses réticences ; grâce à leur adresse, la municipalité rendit un arrêté, aux termes duquel la garde journalière du Château devait être h l'avenir composée d'un nombre déterminé de citoyens de tous les bataillons. «* De cette façon, exposait Pétion dans son rapport, chaque section, ayant tous les jours au château des citoyens de garde, ne pouvait avoir à se plaindre, d'une injuste préférence, ni concevoir d'inquiétude 2. '» Mais en réalité
\ . Voir le procès-verbal de la seclion des Quinze- Vin gts , Histoire parlementaire, t. XVI, p. 404.
ïï. Voici la lettre de Pélion au commandant général de la garde nationale, où le germe de cette pensée se trouve :
u Monsieur le commandant général , a Les sections sont sur le qui-vive, les citoyens sont convaincus que lo-rOL veut partir; ils demandent à grands «ris à environner lû Cllâteau. Je sors de la action des Gobelins qui avait arrêté que les batail-
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mvrh vi. m que devait-il résulter d'une semblable mesure ? Les soldats citoyens appartenant à des bataillons différents et ne se connaissant pas entre eux, ne pouvaient plus être soutenus, au moment du danger, par le sentiment de confiance mutuelle qui double le courage de chacun.
C'était l'anarchie introduite dans les rangs de la force armée comme elfe l'avait été dans tous les corps administratifs et dans toutes les sections.
Ce demi-succès, après tant d'autres, ne satisfit pas encore les meneurs. Au moyen bureau central de correspondance établi à l'Hôtel de Ville, ils demandèrent et obtinrent que les quarante-huit sections délibérassent simultanément sur la présentation à l'Assemblée d'une adresse, dans laquelle devait être sollicitée, c'est-àdire exigée, l'adoption de quafre mesures complémentaires qui excédaient la compétence de la municipalité :
1* La réorganisation d'un nouvel état-major;
2° La punition des officiers qui donneraient d'autres ordres que ceux émanés de l'autorité civile ;
Ions se rendraient en armes sur la place du Carrousel- 1! paraît que d'autres bataillons devaient se réunir, ainsi qu'un grand nombre de citoyens de toutes armes, Sur les raisons que j'ai exposées, ils ont renoncé à leur projet. J'ai imaginé un parti simple, propre à calmer les esprits, c'est de composer la garde du roi tout à la fois deciloyens de tous les bataillons , de manière que chaque section ayant des citoyens de garde, ne peut avoir à se plaindre et ne peut' concevoir d'inquiétude. »
L'arrêté approbatif de cette mesure fut rendu par le corps municipal le 6 août, et se trouve à la p. 927 du Moniteur.
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m HIST01KK DE LA TRHREUK.
3° La distribution des canons des soixante bataillons entre les quarante-huit sections ;
/l° La suppression de toutes les compagnies d'élite, comme contraires à l'égalité.
Quatre ou cinq jours auparavant, des grenadiers de Saint-Jacques-I'Hôpital étaient allés déclarer à l'Assemblée nationale que, les corps d'élite ayant excité des jalousies, il était temps d'abolir toutes ces distinctions. L'orateur, joignant le geste aux paroles et se dégradant luimême, avait arraché ses épaulettes; foulant aux pieds son bonnet à poil, il s'était coiffé du bonnet rouge. Cet exemple fut suivi, les 5 et 6 août, par d'autres individus, qui vinrent demander la suppression des compagnies de grenadiers dont ils faisaient eux-mêmes partie.
Avec les mots de désintéressement, de générosité, d'égalité devant la loi, on trouve toujours des niais enchantés de faire parade de beaux sentiments et de se donner une importance qu'ils ne pourraient acquérir autrement *.
Après avoir désorganisé de lait les compagnies d'élite
i. Nous avons retrouvé quelques-unes des adresses apportées à l'Assemblée par les grenadiers démissionnaires. Ce sont des modèles de bêtise emphatique: en voici un échantillon :
« Législateurs, une pomme de discorde avait été jetée à dessein de faire germer la division dans la garde nationale de Paris; des compagnies de grenadiers avaient été formées par un génie astucieux et perfide; quelques membres de ces compagnies de grenadiers se sont déshonorés par des actes d'incivisme, de désobéissance et de révolte contre la nation, pour s'attacher au chef du pouvoir exécutif comme à leur maître et obtenir le privilège de baiser les mains de so famé (sic). Qu'ils le srrrail en esclaves. Quant, à nous, nous venons sacrifier à
UVRF. VI.
de la garde nationale, les meneurs jacobins réassirent encore à introduire, dans les rangs de toutes les compagnies, de nouveaux, éléments favorables à leurs desseins.
Sous prétexte de combler les vides que laissaient les braves gardes nationaux partant pour la frontière, ils firent appeler au service ordinaire une foule de citoyens, non inscrits sur les contrôles, qu'ils armèrent de piques ; bien plus , les fédérés, sur lesquels on croyait pouvoir compter, et que, sous des prétextes différents,
la sainte égalité en renonçant à la distinction futile qu'ont introduite, parmi les citoyens armés, des hommes qui n'ont pas eu le courage d'àtiT: grand* lorsqu'ils pouvaient atteindre à l'immortalité en fondant d'une manière inébranlable le règne de la raison et de la justice...
« Nous abjurons toute marque de distinction et renonçons à la qualité de grenadier; nous déposons sur le bureau nos bonnets et nos épaulettes, pour être envoyés à nos frères des frontières. Ces ornements sont plutôt faits pour épouvanter les Autrichiens que pour établir entre les citoyens-soldats une ligne de démarcation. »
Ces adresses furent imprimées par ordre de l'Assemblée. Une d'elles, celle des dissidents du bataillon de la Butte-des-Moulins, se terminait par une phrase qui fut retranchée, en vertu d'ttra décret spécial, sur la copie envoyée à l'impression. Elle parut trop violente à l'Assemblée, qui pourtant en entendait tous les jours d'à peu prés semblables. Voici cette phrase que nous avons pu lire sous les ratures qui la couvrent :
« Puisse notre exemple être suivi par tons les bons citoyens qui restent encore dans ces compagnies distinguées, afin que le reste soit voué à l'exécration de tous ceux qui, comme vous, qui, comme nous, sauront mourir pour la liberté! n
Le principal promoteur de cette dernière adresse était un nommé Marino, marchand de porcelaine au Palais-Royal. Ce Marino aspirait a jouer un rôle dans la révolution ; voici celui qu*il y joua.
Il fut nommé membre de la commune quelques jours après le 4 0
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on retenait à Paris au* moyen de quêtes faites aux Jacobins et dans les sections les plus révolutionnaires, furent admis dans les bataillons des quartiers qu'ils habitaient, ou dans ceux qui leur étaient unis par les liens d'une confraternité démagogique1.
Nous avons essayé de faire connaître tous les principes morbides successivement inoculés au corps social, dans le moment où se préparait une crise mortelle; mais ce qui porta au paroxysme la fièvre d'agitation qui s'était emparée d'une partie de la population parisienne, ce fut la permanence des sections que l'Assemblée finit par se laisser arracher.
août. Il l'avait bien mérité, car il était un démagogue de lu veille, Il devint un peu plus tard administrateur de police. Ayant encouru la disgrâce du comité de salut public , on ne sait trop pourquoi , il fut englobé le 29 prairial , an 11 , avec trois de ses collègues et quaranteneuf autres accusés qu'il n'avait jamais vus, dans une prétendue conspiration contre les jours de Robespierre et de Collot-d'Hcrbois.. Envoyé en cinq heures à la Conciergerie, au tribunal révolutionnaire et à l'échafoud, il fut une des victimes du drame sanglant des chemises rouges, ainsi nommé parce que les condamnés furent conduits au lieu du supplice, revêtus de cette marque dislinctive, réservée jusqu'alors aux parricides et aux assassins des rois- Mais Robespierre et Collot-d'Herbois n'étaient-ils pas les rois de l'époque et les pères de la patrie?
I. Voir le procès-verbal de la seciion des Quinze-Vingts; Histoire parlementaire, tome XVI, p. 407.
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