Cela est constaté au Moniteur
couverte par des murmures? il vaut mieux qu'une bonne fois nous déclarions que nous sortirons d'ici. »
«Oui! oui! nous ne pouvons rester ici, s'écrie la droite! » La gauche proteste avec violence et demande que l'on ne s'arrête pas plus longtemps à de misérables délations, et que, sur l'heure, on discute la question de la déchéance. Lamarque propose, au nom du salut public, que l'Assemblée se déclare en permanence jusqu'à ce que cette question soit décidée. La droite, de son côté, veut que Pétion soit appelé à la barre, pour déclarer, oui ou non, s'il répond de la sûreté des représentants de la nation.
Isnard et Dussaulx. défendent Pétion; Isnard surtout, se livrant à toute sa fougue méridionale, rejette sur des agitateurs payés par Coblentz la responsabilité des violences dont ses collègues de la droite ont été victimes : « Les coupables, dit-il, les vrais, les seuls coupables, sur lesquels j'appelle la vengeance du Ciel, ce sont La Fayette, le département de Paris et la cour. »
« Quoi ! s'écrie Mathieu Dumas , on ose attaquer un décret solennel rendu hier même! on souffre que dans cette enceinte on prêche l'insurrection contre les lois ! » — « Je respecte tellement les décisions de l'Assemblée, répond Isnard, que, si un décret me condamnait à mort, et que personne ne voulût me conduire au supplice, j'irais moi-même1. »
4 . Un an plus tard, Isnard, mis hors la loi par un décret de la Convention, ne tînt pas sa prome=se imprudente. Il se cacha pendant tout, le reste de la Terreur, et rentra dana le sein de l'Assemblée sis mois après la mort de Robespierre.
LITRE VI. 209 « Puisqu'on veut, ajoute Guadet, interroger le maire de Paris sur la question de savoir s'il a les moyens suffisants pour maintenir la tranquillité dans la capitale , je propose que le pouvoir exécutif soit invité à faire connaître s'il répond de maintenir la sûreté de l'empire. »
« Et moi, je demande, s'écrie le montagnard Choudieu, que le Corps législatif déclare s'il peut ou non sauver la patrie. » — Murmures à droite. — « Je dis que ceux-là qui n'ont pas eu le courage de regarder en face un soldat factieux ne sont pas faits pour s'occuper des grandes mesures qu'exige, dans ce moment, le salut de l'État; je dis que ceux qui ont craint le pouvoir d'un homme parce qu'il disposait d'une armée... »
La droite, à cette insolente accusation, interrompt violemment l'orateur; Girardin s'écrie: « De deux choses l'une : ou la majorité de l'Assemblée avoue ce que vient de dire M. Choudieu, ou elle doit l'envoyer à l'Abbaye. — Eh bien! j'irai à l'Abbaye, s'il le faut, pour le salut de mon pays , réplique le fougueux orateur. Je me résume, et je demande que rAssêmblée déclare qu'elle ne peut sauver la patrie. »
Les applaudissements, les hurlements, les rappels à Tordre, les injures s'entre-croisent, lorsque l'apparition, a la barre, du procureur -général -syndic du département vient tout à coup interrompre le tumulte. Rœderer rend compte de l'état de surexcitation dans lequel se trouve Paris: « L'insurrection est prête, et la section des Quinze- Vingts a décidé qu'elle la commencerait à minuit par le tocsin et la générale, si l'Assemblée n'avait pas auparavant voté la déchéance. Cepen-
dant des mesures ont été prises, des réserves ont été établies au Carrousel et sur la place louis XV... En un mot, dit en terminant le procureur-géné rai-syndic, nous croyons qu'il y a sur pied une force suffisante pour imposer, peut-être, à ceux qui , par un faux zèle ou par mauvaise intention , voudraient troubler la tranquillité publique. »
L'Assemblée ne s'arrête point au mot peut-être^ ni à la qualification de « faux zèle » donnée à l'arrêté insurrectionnel de la section des Quinze-Vingts; elle vient de recevoir une lettre de Mandat qui lui répond de la garde nationale; elle croit pouvoir se fier aux protestations que les chefs de la milice parisienne ont reçues de leurs subordonnés, elle ne veut écouter ni Vaublanc qui la supplie d'ordonner le départ immédiat des fédérés, ni Aubert-Dubayet qui propose de se mettre à leur tête pour les arracher aux séductions de Paris et tes conduire à la frontière; elle croit avoir pourvu à tout en acceptant le projet d'adresse que lui présente Condorcet, au nom de la commission extraordinaire, et qui donne au peuple, sur l'exercice de sa souveraineté, les leçons les plus savantes, les conseils les meilleurs, mais hélas les plus inutiles ! On n'eut pas le temps d'imprimer cette adresse, ou si elle put être imprimée pendant la nuit, elle servit de bourre aux fusils des Marseillais1.
1. Celle adresse était accompagné d'un « rapport préparatoire sur la discussion de la question de la déchéance. » Journal des Débats et Décrets, n° 1 33, p. 319. L'Assemblée en décréta l'impression eldécida que l'examen en serait fait vingt-quatre heures après la distribution.
topographe, p. 432.) Malgré toules nos recherches, nous n'avons pu retrouver le teste fie ce rapport.