‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 9 sur 237 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Quelques heures après, le conseil général de la commune était convoqué pour entendre la lecture de l'arrêté

gés de l'examen de l'affaire du 90 'juin. Ce soir, .dès que le conseil aura arrête le procès- verbal de la séance, j'aurai soin de vous l'adresser ; il renferme mes conclusions, mon opinion et les arrêtés préliminaires auxquels mes conclusions ont donné lieu.

« Le procureur-général-syndic du département de Paris,

« RofiDERER. »

Le billet porte la suscriptîon suivante :

« A monsieur Pê lion (■■à-miUms, à la mairie. » El sur le pli intérieur : « A vous-même. »

« Mon ami, je vous félicite; le conseil vient de suspendre le procureur de la commune et le maire de Paris. Je ne vous voulais pas tant de bien, je vous l'avoue ; je vous embrasse. Voila deux nuits que je passe en blanc. Le conseil se sépare, il est quatre lieures du matin. Je ferai imprimer le discours très-précipité que je leur ai lu dans cette affaire, et j'ai fait retenir mes conclusions au procès-verbal. Puissé-je trouver aussi quelqu'un qui me suspende en attendant qu'on nous pende! Roederek. »

L'ami, dans cotte occasion . faisait oublier au magistrat la gravilé de la situation ; il ne voyait dans cette suspension du maire do Paris qu'un texte de plaisanterie, qu'une occasion de triomphe pour Pélion; il désirait partager son sort et voulait être pendu avec lui. Son dernier vœu fut bien près d'être réalisé. Moins d'un an plus tard , Rœderer était compris, le 2 juin 4793. dans la proscription de Pélion et de ses adhérents ; il était obligé de se cacher et ne dut la vie qu'au dévouement de quelques amis. Plus heureux que Pétion, il survécut à la tourmente révolutionnaire, devînt comte de l'empire et se reposa sur la chaise curule du sénateur des tribulations qu'il avait essuyées comme procureur-général-syndic du département de Paris.

départemental et pour élire un maire provisoire. l'officier municipal Borie fut choisi. Ce fut lui qui, à la tète de la députalion dont nous avons parlé, vint annoncer officiellement à l'Assemblée la suspension du maire et du procu reu r-sy n d rc .

Pétion fit afficher le jour même dans Paris un avis ainsi conçu :

« Citoyens,

« Je suis suspendu de mes fonctions. Recevez cette défi cision, comme je l'ai reçue moi-même, avec calme et « sang-froid. Bientôt une autorité supérieure prononcera, « et j'espère que l'innocence sera vengée, d'une manière « digne d'elle, par la loi. »

D'après la Constitution, c'était au roi qu'appartenait le droit de confirmer ou d'annuler l'arrêté départemental; mais, par une singulière confusion de pouvoirs, le dernier mot en pareille matière avait été réservé à la législature, qui était ainsi appeléeà se prononcer sur la décision royale. De celle-ci, Pétion s'inquiétait peu; mais il comptait sur l'autorité supérieure et sur la pression que les Jacobins, ses amis, ne devaient pas manquer d'exercer en sa faveur.

Louis XVi s'adressa , lut aussi , à l'Assemblée. Quelques instants auparavant, il était venu sceller la réconciliation des partis ; il crut donner un nouveau gage de sa parfaite bonne foi en remettant aux représentants du peuple le soin de sauvegarder la dignité de la couronne. A peine de retour aux Tuileries, il écrivit au président :

« On vient de me remettre l'arrêté du département « qui suspend provisoirement le maire et le procureur « de la commune de Paris. Cet arrêté portant sur des « événements qui m'intéressent personnellement , le pre- « mier mouvement de mon cœur est de prier l'Assemblée « nationale de statuer elle-même sur cette affaire.

« Louis, « Contresigné ,- DejOlt. »

Mais les députés n'étaient déjà plus, le soir du 7 juillet, dans les mêmes dispositions que le malin. Les défiances, les colères, les haines avaient repris leur place habituelle dans le cœur de ceux qui les avaient abjurées quelques heures auparavant sur l'autel de la patrie. Au lieu de suivre Louis XVI dans la voie de la conciliation, l'Assemblée, adoptant la proposition de Merlin (de Thionville) et de Lasource, passa purement et simplement a l'ordre du jour sur la lettre royale. Elle ne pouvait, suivant eux, s'occuper constilutionnellement de l'arrêté départemental qu'après que le roi aurait usé de son droit de confirmation ou d'annulation.

Louis XVI se trouvait donc forcé de prononcer dans sa propre cause. S'il absolvait Pétion et Manuel, il abandonnait aux colères populaires le conseil général du département qui avait noblement rempli son devoir. S'il confirmait la suspension prononcée, il avait l'air d'exercer une vengeance personnelle et courait le risque de voir sa décision cassée par la Législative.

Les conseils les plus contradictoires furent donnés au roi et augmentèrent son indécision naturelle.

40 HlSTOiHK UK LA TJiRRKUll.

Rœderer iui écrivit, comme simple particulier, une lettre qui n'était, à proprement parler, que la répétition des conclusions qu'il avait déposées comme procureur général. Prenant pour point de départ le baiser Lamourette, par lequel, disait-il, « la révolution était réellement consommée, » il suppliait Louis XVI de se montrer indulgent envers ceux qui avaient pu se rendre coupables de ce qu'il appelait, dans sa naïveté, « le dernier écart de la liberté naissante1. »

La supplique de Rœderer n'obtint pas même une réponse. D'autres personnages, qui avaient le droit d'être mieux écoutés, puisqu'ils siégeaient dans les conseils du monarque, opinaient également pour la grâce, dans le double but d'attirer vers le trône les sympathies populaires et de ruiner l'influence du maire en le couvrant du ridicule qui s'attache inévitablement à l'homme politique auquel on refuse le bénéûce d'un Tacite martyre. Ils faisaient observer que, puisqu'il faudrait très-probablement subir, tôt ou lard, le l'établissement dans leurs fonctions de Pétion et de Manuel, il valait beaucoup mieux pour le souverain octroyer lui-même le pardon que de voir ses ennemis l'arracher à l'Assemblée nationale; que, dans l'arrêté à intervenir, il serait, du reste, facile de faire la part de chacun, de louer la conduite du département, de blâmer celte de la municipalité et de s'en remettre aux tribunaux pour la poursuite des meneurs subalternes , auxquels on devait imputer la violation matérielle du domicile royal 2.

<- Chronique des cinquante jours, p. 172-173.

2. Dejoly, le nouveau ministre de la justice, avait été chargé |tar

Page 1