‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 105 sur 308 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

qui confondait, dans la, môme proscription, les chefs et les soldais, les égarés et les coupables; chacun se demandait où s'arrêteraient les poursuites contre les adhérents dans une ville où tout le inonde avait adhéré. L'émotion était à son comble quand, le 19 août, à sept heures du soir, les représentants Baudot et Ysabeau, chargés de l'exécution du décret, arrivent à Bordeaux. Dès leur première sortie, ils sont reconnus et poursuivis par les huées de la foule qui grossit sur leurs pas. Quelques personnes plus modérées se dévouent, les font monter dans une voiture et tes conduisent à l'hôtel de ville. Là ils trouvent le conseil général en séance et prennent place aux côtés du maire. Pendant qu'on délibère, les sections, informées de la présence des représentants, envoientdes dépulations pour réclamer le rapport ou tout au moins la suspension du décret du 6 août; mais Baudot et Ysabeau résistent et, après une longue dissomme de 35", 320 piastres et des atteintes qui pourraient être portées à la sûreté des fonds et des caisses de la République.

Art. 5. La trésorerie nationale fera parvenir, dans le plus court délai, aux commissaires qui seront nommés par les sections de Bordeaux, la somme de deus millions dont le prêta été décrété le 30 mars dernier pour pourvoir aux subsistances do cette ville; lesquels commissaires ne pourront être choisis parmi les membres des autorités constituées, ni parmi les citoyens qui ont coopéré ou adhéré aux actes liberticides et contre-révolutionnaires des individus composant le rassemblement connu sous le nom de Commission populaire de salut public.

Art. 6. Le présent décret sera porté sur-le-champ, par un courrier extraordinaire, aux représentants du peuple actuellement à Toulouse elà Monlauban, qui demeurent chargés de prendre (ous les moyens d'instruction et de force qu'ils jugeront convenables pour amener sa prompte exécution, faire respecter les lois et garantir les citoyens de l'oppression.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

cussion, on les reconduit à leur hôtel sous bonne garde.

Le lendemain, les sollicitations recommencent au domicile des délégués de la Convention et sont repoussées, comme la veille, par un refus formel. Les deux, représentants n'avaient plus qu'une pensée, celle de quitter une ville où ils se heurtaient à une aussi forte opposition. Sur leur réquisition écrite, la municipalité leur fournit des chevaux de poste, et ils parlent, au milieu de la nuit, avec une escorte, pour se rendre à La Héole, petite ville fort républicaine où ils étaient certains d'être reçus avec empressement. Pendant la route quelques cavaliers ayant, à la faveur de l'obscurité, gratté, avec la pointe de leurs sabres, le bonnet de la liberté peint en guise d'armoiries sur les panneaux de la voiture, ce fut un nouveau grief à la charge des Bordelais.

Dé La Réole. Baudot et Ysabeau adressèrent au Comité de salut public un rapport rempli d'exagération. Feignant d'avoir couru un véritable danger de mort, ils reprochent à la municipalité de n'avoir rien fait pour les défendre ; ils dénoncent les « riches égoïstes, les négociants cupides, les aristocrates connus qui remplissent les assemblées électorales, les sections pop ulaires, les administrations locales m ; ils rappellent que « l'impunité accordée aux insultes faites à. Treilhard et à Mathieu les a enhardis pour de nouveaux forfaits »>; ils demandent justice « des jeunes gens très élégants et des messieurs à belles lévites et à grosses cravates qui les ont menacés ». Quant à la mission dont ils étaient chargés, le décret du 6 août paraissait à leurs yeux mêmes empreint d'une telle exagération, qu'ils sollicitent de la Convention Tau-

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