UVRE XLV
leurs qui entourent la ville. Pendant la nuit, il rapproche son artillerie et, au point du jour, les Marseillais sont foudroyés dans les rues de Cadenet. La confusion se met dans leurs rangs, -et ils se retirent en désordre, semant sur la route leurs morts, leurs blessés, et laissant aux mains du vainqueur leur chef expirant, trois canons, leurs munitions et leurs vivres1.
Il ne fallait plus songer à la diversion projetée. Le succès des armes de la Convention n'avait pourtant encore rien de définitif; les troupes de Villeneuve cantonnées à Salon étaient intactes et ses réserves, échelonnées de Lambesc à Aix, couvraient Marseille. Le véritable danger était dans les ordres rigoureux du Comité de salut public dont les représentants pressaient l'exécution. Ils étaient résolus d'en finiret ils donnèrent à Carteaux l'ordre de marcher sur Salon.
L'attaque eut lieu le 19 août. Le combat durait déjà depuis deux heures sans avantage marqué de part et d'autre quand, tout à coup, les bataillons marseillais, postés sur la route d'Avignon, sont saisis d'une folle panique. Villeneuve essaie vainement de les arrêter; sa voix est impuissante et il est obligé de donner le signal delà retraite.. Les pertes des deux côtés étaient peu sensibles. Les Marseillais ne laissaient sur le terrain qu'une cinquantaine de morts, un canon et trois drapeaux; les républicains n'avaient eu qu'un homme tué et trois blessés; mais les conséquences de celte affaire étaient considérables, caria route de Marseille se trouvait
■i. Moniteur du 29 août 4703.
ouverte et Carteaux pouvait communiquer avec l'année d'Italie,
La déroute de Salon, coïncidant avec l'épuisement des vivres, jeta l'épouvante dans Marseille et rendit le courage aux jacobins. Ils se trouvaient en majorité, tout au moins en nombre, dans plusieurs sections, et commencèrent à insinuer que la proclamation de la constitution et la déchéance des administrations contre- révolutionnaires étaient les seuls moyens d'apaiser la Convention. Ce langage perfide était d'autant mieux fait pour monter les têtes qu'il semblait plus raisonnable à une population affolée par la crainte de la famine. Jïn présence de ces excitations,, la Commission départementale sentit qu'elle devait raffermir son autorité, et demanda aux sections de nommer un comité de sûreté générale composé de cinq membres et investi de pouvoirs illimités. La mesure aurait été excellente, si la Commission avait elle-même résigné son mandat; mais l'existence de deux conseils indépendants et rivaux, au moment oit l'unité d'action devenait une impérieuse nécessité, créait comme a plaisir des occasions de récriminations et de conflits.
Le désaccord ne se fit pas attendre et l'audace des jacobins s'en accrut d'autant. Déjà ils avaient plusieurs fois parcouru les rues en armes, quand le bruit se répand, le 23 août, que le Comité de sûreté générale a ouvert des négociations avec le commandant de la flotte anglaise. Il s'agissait de demander la libre circulation des blés achetés à Gênes. Les partisans delà Montagne prétendent qu'on veut au contraire livrer la
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France