‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 113 sur 308 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

ville et, sous prétexte de la défendre, se réunissent au nombre de quatre ou cinq cents dans l'église des Prêcheurs avec deux pièces de canon. 11 était facile de les en déloger, mais le premier jour on se contenta de les cerner. Le lendemain, la résistance continuant, le Comité de sûreté générale donna l'ordre de bombarder l'église. La chute de quelques pierres suffît à mettre les jacobins en fuile; cependant ils réussissent à sortir de la ville et leur bataillon va porter à l'armée républicaine un nouvel élément de fureur et de vengeance.

Les sections étaient une fois encore maîtresses de la situation ; mais cette guerre des rues et ces deux jours d'émotions avaient épuisé ce qui restait d'énergie. De la ville, le découragement avait gagné le camp de Septèmes, où les soldats de Villeneuve se demandaient à quoi bon défendre une cité qui se déchirait elle-même en face de l'ennemi, et que les révolutionnaires du dedans menaçaient autant que ceux du dehors. Aussi, quand les troupes de la Convention paraissent en vue de Marseille, la garde nationale refuse-t-eile de marcher. De leur côté, les canonniersde l'armée départementale, craignant d'être écrasés entre deux feux, prennent la fuite en précipitant leurs pièces des hauteurs qu'elles défendent. Les soldats de ligne, envoyés de Toulon, achèvent de mettre le comble à la terreur générale en passant, tambours en tête, à l'armée de Carteaux. La résistance de Marseille était vaincue et Villeneuve se dirige désespéré vers Toulon, avec quelques débris ralliés a grand'peine.

Carteaux ne pouvait pas croire à son succès, et l'armée victorieuse ne fit son entrée que le lendemain, à

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216 HISTOIRE DE LA TEllREOR.

neuf heures du malin, ayant à sa tète les représentants Albitte, Escudier, Gasparin, Nioche et Salicetti. Les sectïonnaires chassés. le 23 ouvraient la marche; les jacobins restés dans la ville se joignirent à- eux, et tous défilèrent en commun. « Nous avons été reçus au milieu des plus vives acclamations, écrivaient les commissaires delà Convention... Jl est midi. Nous embrassons nos collègues Bô et Antiboul qui ont couru les pins grands dangers1. Le peuple marseillais reconnaît dans les prétendus brigands les meilleures gens du monde1. »

Ce qui était vrai, c'est que la terreur régnait dans Marseille et, en l'organisant, les représentants ne firent que la rendre plus complète. Leur premier soin avait été de rappeler l'ancienne municipalité, de rétablir la Société populaire, d'ouvrir les prisons et d'ordonner un désarmement général, en 'annonçant d'avance qu'on rendrait les aimes aux bons citoyens. Deux décrets de la Convention avaient mis hors la loi et puni de la confiscation de leurs biens les membres du Comité général des sections, les juges du tribunal populaire et tous ceux qui avaient conspiré contre la sûreté de la République. Pour en assurer l'application immédiate, Albitte, Gas-

1. Cette accolade fraternelle n'eut pas plus d'effet que le célèbre baiser Lamourelte. Antiboul, accusé de faiblesse par ses collègues, fut déféré au tribunal révolutionnaire de Paris, et condamné à mort le 9 brumaire an II.

On trouvera aux Pièces justificatives Je curieux interrogatoirc que lui firent subir les autorités girondines de Marseille.

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