LIVRE XLV
sine et ils redoublèrent d'audace. La ville offrait à ce moment un spectacle étrange ; les administra lions jacobines continuaient à y commander de nom, mais chacun sentait que le pouvoir allait leur échapper. La Société populaire précipita les événements en dressant une liste de suspects plus étendue que la première- et en faisant la nuit, dans les rues, une manifestation armée. Déjà les maisons des victimes étaient marquées à la craie. En présence de ce périt imminent, les sections secouèrent leur torpeur et proclamèrent, le ïl\ juillet, la déchéance des autorités qui les opprimaient.
Les représentants Bayleet Beauvais, qui avaient vainement attendu à Toulon l'arrivée de la Constitution, durent sanctionner par leur présence le triomphe des sections. Le 18 juillet, jour où le Comité général entra eh fonctions, on les conduisit professionnellement, un cierge à la main, de leur demeure à la principale église de la ville, pour assister au Te Deum chanté en signe de réjouissance; mais on né pouvait pas oublier non
sage qui a porté le calme et la consolation dans un grand nombre de familles plongées dans l'inqeiétude et te chagrin.
« L'excès de la douleur eut peut-être servi de préteste à quelques agitations qu'il nous a paru utile de prévenir. La surveillance la plus exacte sur toutes les personnes suspectes est sans doute nécessaire, et les mesures de précaution prises vis-à-vis d'elles sont un devoir; mais les actes de vigueur qui vont au delà deviennent répréhensihles; ils blessent l'humanité et la politique, et ce juste milieu qu'il faut tenir, et que, de paît et d'autre, on ne se permet que trop souvent de méconnaître. — Vigilance et impartialité — est la règle de notre conduite, et nous ne nous en écarterons jamais. « Le représentant du peuple,
« Pierre Bavle. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
'm HISTOIRE DE LA TERREUR.
plus qu'ils avaient prêté leur concours à la faction abattue et, dès le lendemain, ils furent jetés en prison l.
La marine, bien qu'elle fût en général peu sympathique aux idées nouvelles, était restée étrangère au mouvement, et cet acte de vigueur avait été accompli au nom et au profit de la cause girondine. Lecomman- , dément continua donc à s'exercer au nom de la République, comme si rien n'eût été changé. Le sentiment général à cet égard était si nettement prononcé que, le 19 juillet, un canot anglais envoyé en parlementaire dut amener le pavillon blanc pour arborer le drapeau tricolore.
De leur côté, les administrateurs ne cessaient d'écrire et de répéter : « Nous voulons la République une et indivisible; on ne voit chez nous aucun signe de rébellion ; mais aussi nous voulons la paix et que les vertus et les mœurs régnent dans nos villes à la
place du crime et des vices Les représentants
Barras et Fréron mentent honteusement en nous peignant comme des contre-révolutionnaires d'intelligence avec les Anglais et les fanatiques de la Vendée... Nous voulons une Constitution inspirée par la sagesse et l'amour de l'humanité, discutée sans aigreur, acceptée librement. » Pour conformer leurs actes à leurs paroles, ils ravitaillent l'armée d'Italie et partagent avec elle les fonds déposés dans les caisses de la marine.
1. Pierre Bayle se suicida dans sa prison; Beauvaîs ne fut délivré qu'après la prise de Toulon. 11 languit quelques mois et mourut, à Montpellier, sans avoir pu siéger de nouveau à la Convention.