‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 134 sur 308 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

Scarpe, entre Arras et Douai, et laissa le duc d'York mettre le siège devant Cambrai. Celte manœuvre assurait les communications avec Lille, mais livrait sans défense la roule de Paris. 11 semblait que les Alliés allaient profiter de celle circonstance et marcher en avant; contre l'attente générale, ils revinrent sur leurs pas.

Les causes de cette inconcevable conduite sont aujourd'hui connues. Dans celte guerre entreprise en apparence pour un intérêt européen, chaque puissance poursuivait un but particulier. La Prusse convoitait Mayence et la Lorraine; l'Autriche revendiquait l'Alsace sur le Rhin, Lille et les autres villes déjà conquises dans le Nord; l'Angleterre désirait reprendre Dunkerque et s'assurer des compensations aux colonies. Afin démettre tous les intérêts d'accord, ou plutôt pour empêcher qu'un des Alliés s'agrandît au préjudice des autres, on convint de laisser le duc d'York assiéger Dunkerque et de charger le prince de Cobourg de prendre Le Quesnoy, pendant que le duc de Brunswick et le reste des forces autrichiennes menaceraient l'Alsace.

Les cours alliées choisissaient ainsi, pour disséminer leurs forces, le moment où un effort combiné était le plus nécessaire. Au point de vue militaire, il était impossible de commettre une plus lourde faute. Au point de vue politique, ce sacrifice fait au désir de maintenir l'union entre les souverains, ne devait pas en assurer la durée. Trop de causes de jalousie tendaient à les séparer, pour que le rapprochement fût sincère. La coalition était déjà chancelante. Le second partage de la Pologne, comme une nouvelle pomme de discorde jetée

au milieu de dissentiments péniblement dissimulés, allait bientôt amener des défections et rendre à chacun la liberté dans l'isolement.

Le plan des Alliés fut aussi mal exécuté qu'il avait été mal conçu. Le duc d'York s'attarda inutilement en route et n'arriva que le 24 août devant Dunkerque. 11 s'était réservé l'attaque principale et avait chargé le général hanovrien Freitag de surveiller le camp français de Cassel. Quant au contingent hollandais, campé à Menin avec le prince d'Orange, il se trouvait à trois jours de marche et ne pouvait, en raison de la distance, être d'aucun secours. Le général Souham qui commandait dans Dunkerque, avec Hoche en sous-ordre, profita habilement de ces fautes accumulées. Il lève les écluses, inonde le pays et coupe par ce moyen les communications du duc d'York et de Freitag. Gela fait, il attend que l'armée du Nord vienne le secourir.

De grands changements s'étaient accomplis dans son sein. L'état-major avait été épuré, par l'expulsion des officiers nobles, et Kilmaine, suspect en raison de son origine étrangère, avait été remplacé par Houchard, commandant de l'armée de la Moselle. D'un autre côté, le Comité de salut public, jugeant avec raison le danger moins grand sur le Rhin, n'avait pas hésité à dégarnir la frontière de l'Est pour renforcer l'armée du Nord. Houchard disposait de la sorte de forces considérables et reçut l'ordre de sauver Dunkerque à tout prix. Le 6 septembre, il attaque Freitag à l'improviste et le refoule sur Hondschoote. Le surlendemain, un nouvel engagement est couronné d'un succès complet, et les

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