LIVRE XL VI
instructions de Carnot, et son véritable crime était d'avoir résisté aux ordres, presque toujours contradictoires, des nombreux représentants en mission dans le Nord. Arrêté le 2 septembre, Houchard comparut le 45 novembre 1793 devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort. Jamais gouvernement tyrannique ne s'était montré aussi impitoyable dans l'application d'un système de rigueur qui n'avait même pas en sa faveur l'apparence de la raison d'État. Comme l'amiral Byng, Bouchard mourut innocent; mais Byng avait été vaincu et de ces deux condamnations, que la postérité n'a pas ratifiées, la plus odieuse reste toujours celle qui. frappa le général victorieux1.
1. Le Comité de salut public reprochait à Houchard : 4" D'avoir marché trop tard au secours de Mayence, quand il commandait l'armée de la Moselle;
2° D'avoir maintenu en fonctions, à l'armée du Nord, malgré les observations des représentants, un état-major d'hommes ineptes ou hostiles;
i° D'avoir modifié le plan de campagne préparé par Carnol et remporté à Hondsclioote une victoire de hasard dont il n'avait pas su tirer les conséquences;
4° D'avoir entretenu mie correspondance suspecte avec Cobourg et les autres princes étrangers.
En réalité les lettres incriminées n'avaient Irait qu'à des affaires de service et n'avaient été échangées qu'avec l'autorisation des représentants et même du ministre; mais il était dit qu'en dehors des défenseurs de la ville, la capitulation de Mayence devait entraîner ia d isgràce et la mort de tous les généraux qui avaient été mêlés à cette affaire.
' Devant le tribunal révolutionnaire, Levasseurpour l'armée du Nord et Maribon-Montaut, pour celle de la Moselle, renouvelèrent contre Houehard les accusations de leurs collègues Ilcntz, Peyssard et Duquesnoy.sans apporter aucune preuve à l'appui. L'infortuné général, comparé à Custïne, n'en fut pas moins condamné « comme auteur ou
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2o4 HISTOIRE DE LA TERREUR.
Maîtres de la vallée de l'Escaut par la prise du Quesaoy, les Autrichiens, conformément aux règles de l'ancienne stratégie, se tournèrent contre Maubeuge, qui dominait la vallée de la Sarabre. Le prince de Cobourg en commença le siège le 29 septembre, et le périlleux honneur de la délivrer échut au général Jourdan, quesa brillante paît ici pat ion à la victoire d'Hondschoote avait désigné pour le commandement en chef de l'armée du Nord.
Celte seconde campagne ressembla beaucoup à la première. Comme à Dunkerque, le prince de Cobourg étendit démesurément sa base d'opérations et, comme Bouchard avant Hondschoote, Jourdan, en voulant faire face partout à l'ennemi, immobilisa inutilement une partie de ses forces1. Cette dernière erreur était d'autant plus grave qu'à ce moment le désordre de l'administration militaire touchait a son comble et qu'avec une armée sans souliers, sans uniformes, sans armes etsouvent sans pain, la seule chance de succès était d'écraser
complice des manœuvres ou intelligences pratiquées et ménagées avec les ennemis de la république, dans lo but de faciliter leur entrée en France et de favoriser les progrès de leurs armées. »
La véritable cause de la mort d'Houchard fut tout autre. Sa destitution avait fourni un prétexte aux accusations des Dantonistes contre le Comité de salut public, et d'un général victorieux auquel on ne pouvait reproclier que son insuffisance peut-être, la passiou politique fit un criminel et un traître.
I. Pour donner une idée de ce qu'étaient, à cette époque, les armées républicaines, il est intéressant de mettre sous les yeus'du lecteur une lettre que le représentant Duquesnoy, frère du général qui s'intitulait lui-même le boucher de la Convention, écrivait de Guise le 9 octobre. Comme beaucoup d'autres, il croyait que tout était au mieux, lorsque les soldats avaient hurlé la Carmagnole et
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