‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 140 sur 308 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

sont arrêtés à Sarrelouis et se soumettent sans résistance.

Pendant ce temps, Merlin et RewbeU continuaient leur route sur Paris. Ils y arrivent ie k août et, le même jour, Merlin, encore revêtu de ses habits de combat, monte à la tribune au milieu des applaudissements de la salle entière. Dans un discours énergique, il justifie les défenseurs de Mayence et rejette sur Custine la responsabilité de la capitulation. « Je laisse, dit-il en terminant, je laisse aux âmes sensibles à demander le rapport du décret rendu contre la garnison de Mayence. » Thuriot se charge de ce soin . « On nous a abusés, s'écriet-il, dans le rapport qu'on nous a fait sur la reddition

de cette ville Chaque jour, la garnison donnait

de nouvelles preuves de son courage. Elle a tué aux Prussiens et aux Autrichiens plus de 30,000 hommes. On a mangé à Mayence les rats, les souris et les cuirs. Les soldats sont comme des spectres. Il faut rapporter un décret qui lui enlève son honneur. » La proposition de Thuriot e=t adoptée sans discussion, et la Convention, revenant sur sa première décision, décrète que la garnison de Mayence a bien mérité de la patrie, ordonne la mise en liberté des généraux arrêtés et charge Merlin et RewbeU d'aller à Nancy exprimer sa satisfaction à l'armée.

11 ne restait plus du décret du 28 juillet que la mise en accusation de Cusline. Son successeur à l'armée du Rhin n'attendit pas d'être dénoncé pour résigner son commandement. Depuis longtemps Beauharnais se sentait impuissant. A la nouvelle delà capitulation de

Mayence, il arrête la marche de ses troupes et, le 3 août, il dépose sa démission entre les mains des représentants. Ceux-ci refusant de l'accepter, Beàuharnaîs rend sa détermination publique dans une proclamation à l'armée et s'adresse directement à la Convention 1 . A ia fin, comme malgré son insistance la réponse du Comité de salut public n'arrivait pas assez vite, il se décide à remettre d'office ses pouvoirs au général Landremont. La Convention était incapable de comprendre tant de désintéressement et de grandeur. Innocent comme Custine, Beauharnais paya de sa tête, comme lui, le crime imaginaire d'avoir abandonné Mayence sans secours*.

4. De courts extraits de la proclamation de Beàuharnaîs feront mieux comprendre que de longs développements l'effarement des esprits et le découragement des âmes honnêtes, il celte époque de suspicion générale.

« Après, avoir été honoré par le suffrage de mes concitoyens et le choix des représentants du peuple des premières fonctions civiles et militaires, j'attachais un grand prix à combattre il votre tête les ennemis de notre indépendance... mais... un vœu s'est manifesté dans .quelques sociétés populaires, que ceux qui Taisaient partie d'une classe ci-devant privilégiée soient éloignés des armées. Quoique cette mesure me paraisse injuste..... quoiqu'elle me paraisse impolitique..;., il me suffit qu'une inquiétude atteigne une classe éteinte,

mais dont j'ai fait partie pour demander ma propre exclusion

C'est au jour heureux d'uoe paix établie sur notre indépendance reconnue que nous nous occuperons, dans nos sections respectives, à émettre nos vœux sur les lois et le gouvernement..... Jusqu'à celle

époque , combatlons avec courage, et mourons, s'il le faut, avec

joie. » Moniteur du 22 août 4793.

2. La conduite militaire de Beauharnais prétait si peu a la critique, qu'au jour de la persécution, aucun grief particulier ne fut relevé contre lui. Beauharnais fut purement et simplement compris dans les poursuites relatives à la prétendue conspiration de la prison Saint-Lazare et condamné à mort le 3' thermidor.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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