LIVRE XLVI
Sur la frontière de l'Est, !e siège de Mayence, commencé dès le mois d'avril, allait bientôt se terminer par la prise de la ville1. Sa garnison comptait environ 22,000' hommes. C'étaient pour la plupart de jeunes recrues dont la discipline était loin d'égaler l'ardeur; mais elles avaient des chefs excellents et, avec des généraux tels qu'Aubert-Dubayet, Doyré, Kléber et Meunier, stimulés par les représentants Merlin (de Thionville) et Bewbell, la défense ne pouvait être que glorieuse et elle le fut en réalité.
Malheureusement les ressources des assiégés n'étaient pas à la hauteur des efforts des assaillants. Le roi de Prusse attachait une grande importance à la prise de Mayence. Il avait fait venir de Hollande un parc d'artillerie considérable et s'était installé, avec sa garde, sur la rive gauche du Rhin, pour mieux surveiller fa marche des opérations. Dès la fin de juin, la position des assiégés était critique. Ils manquaient de boulets de calibre et de fourrage. La destruction des moulins du Rhin, en empêchant la mouture des grains, acheva de rendre la situation intolérable. Surtout, aucune nouvelle, aucun secours ne venaient du dehors. Beauharnais, à l'armée du Rhin, Houchard à celle de la Moselle, avaient dû avant tout réorganiser leurs troupes et, quand le premier se mit en
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marche, la résistance des défenseurs de Mayence touchait à son terme. Ils attendirent néanmoins que la prise des ouvrages extérieurs, en rendant l'assaut inévitable, ne laissât d'autre alternative que la captivité ou la mort.
Pendant le cours de cette lutte héroïque, les deux armées avaient pu s'apprécier, et l'on avait vu, lors des funérailles du général Meunier, une suspension d'armes réunir amis et ennemis dans les mêmes témoignages d'admiration et de regret. Cette estime réciproque facilita les négociations et, le 2û juillet, la garnison de Mayence sortit de la place, avec les honneurs de la guerre qu'elle avait si bien 'mérités.
Un traitement toutdifférent l'attendait de l'autre côlé du Rhin. Il avait été stipulé, dans une pensée d'humanité, que les palriotes mayençais compromis par leur adhésion à la constitution républicaine seraient échangés, à la frontière, contre les otages allemands emprisonnés par Custine au début delà campagne. Le soin d'exécuter cette clause incombait aux représentants Ma ri bon -Mon ta ut et Soubrany, délégués près l'armée de la Moselle, dont l'inaction avait perdu Mayence. Ils refusent d'y souscrire et écrivent au Comité de salut public pour dénoncer les auteurs de «cette infâme capitulation ». Sur leur rapport, la Convention décrète, le 28 juillet, l'arrestation du général Doyré, commandantde Mayence, desofficiers de son état-major et rappelle les représentants en mission dans cette ville. Doyré était resté prisonnier à Mayence, pour garantir de sa. personne le remboursement du papiermonnaie émis pendant le siège; mais Aubert-Dubayet, Kléber et leurs compagnons avaient suivi l'armée. Ils