LIVRE XL VI
pas plus heureux que lui, et celte série de disgrâces nous servira à montrer, une fois de plus, à quel degré d'abaissement les représentants en mission entendaient réduire les généraux, et comment leurs prétentions rendaient impossible l'exercice du commandement.
Le Comité de salut public avait envoyé dans les Pyrénées-Orientales Cassanvès, l'un des députés de ce département, Bonnet, de l'Aude, Espert, de l'Ariège, Fabre, de l'Hérault, et Projean, de la Haule-Garonne. C'était une faute, car dans lexercice du pouvoir la communauté d'origine et le voisinage engendrent d'ordinaire des préventions et des préférences. L'éloignément rendit le mal plus grave encore, en assurant aux représentants une plus grande indépendance, dont ils ne lardèrent pas à abuser, jusqu'à résister aux ordres mêmes de la Convention. Pour le moment, leur ambition se bornait à teuter une diversion en Espagne, afin d'obliger Rieardos à repasser la frontière. Aux observations de de Fiers qui représentait les difficultés de l'entreprise, Espert et Projean répondirent en le signalant comme incapable de commander en chef. A la fin, il dut céder et attaquer, le 1.7 juillet, un des camps espagnols en avant de Perpignan.
Le succès qui couronna cette tentative augmenta les exigences des. représentants. On se trouvait à l'époque delà moisson, et les hommes de réquisition rejoignaient en foule leurs foyers. Ces désertions deviennent le signal de nouvelles dénonciations, et cette fois de Fiers est accusé de laisser fondre par son apathie une armée réunie à grand'peine. En même temps, les délégués
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delà Convention font arrêter son aide de camp, sous prétexte qu'il domine le général.
II ne restait plus à de Fiers, ainsi traqué de toutes parts, qu'à soumettre sa conduite militaire à des juges compétents. Il réunit donc à Perpignan, le 5 août, un conseil de guerre où il appelle, avec les représentants, les généraux de division et de brigade, le commandant de l'artillerie cl le directeur des fortifications. Afin de rendre la décision plus solennelle, il demande à chacun de formuler isolément son opinion par écrit. Tous opinent pour le maintien du statu quo jusqu'à l'arrivée des renforts annoncés de Paris. L'un des généraux, celui-là même qui passait pour avoir l'oreille des commissaires de lu Convention, avait commencé son avis en ces termes : « Les habitants du pays qui proposent d'attaquer le grand camp ennemi sont de bonne foi assurément, mais raisonnent, sans s'en douter, comme les Espagnols et les contre-révoiulionaîres. »
Le triomphe de de Fiers était trop éclatant. Il fallait qu'il cédât la place ou que les représentants abandonnassent la partie. Ceux-ci préférèrent le suspendre, sous prétexte qu'il avait perdu la confiance des « Citoyens soldats », ajoutant ainsi l'ironie à la persécution. Il est vrai qu'en opposition à la délibération du conseil de guerre, ils avaient pris la précaution commode de demander une dénonciation en règle contre de Fiers au procureur général syndic du département1.
L'amour de l'arbitraire ne pouvait produire que
4, Voir aux Pièces justificatives.