‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 149 sur 308 · LIVRE XL VI · texte numérisé non relu

LIVRE XL VI

il quitta l'armée. Le Comité de salut public avait déjà résolu sa destitution et hésitait seulement à le faire arrêter au milieu de ses soldats. Il s'empressa d'acquiescer à son désir et usa de diplomatie, en lui laissant le choix du moment

Custine arriva, le 18 juillet, à Paris et se mit sur-lechamp aux ordres du Comité de salut public et de Convention2.

Malheureusement pour lui, les événements s'étaient précipités depuis le jour où il avait demandé à expliquer

\ . Nous avons retrouvé, sur les* registres du Comité de salut public, la délibération suivante, à la date du 3 juillet 1793 :

« Vu la lettre du générai Cusline, en date du 30 juin dernier, par laquelle il demande à ss rendre auprès du Comité, pour lui donner le développement de ses plans militaires et insiste sur la nécessité de celle mesure;

a Le Comité autorise Je général Custine à venir à Paris, au moment qu'il jugera le plus opportun et sous sa responsabilité, après avoir pris toutes les précautions possibles pour que l'armée dont il a le commandement ne souffre point de son absence, t

S. Nous croyons devoir reproduire la lettre de Cusline, pour donner une idée des rapports des généraux avec la Convention :

« Paris, le 18 juillet 1793, an II.

« Le général Cusline au Président de la Convention nationale. « Citoyen Président, a Appelé par les ordres du Comité de salut public, je ne veux pas exister dans le lieu des séances de la Convention, sans lui offrir, par votre organe, l'hommage de mon respect, de mon obéissance aux lois qui constituent la République et de mon inviolable attachement à son unité et à son indivisibilité.

« J'ai l'honneur d'être, citoyen Président, avec des sentiments fraternels,

a Le général en chef des armées du Nord et des Ardennes, « Custine. »

sa conduite, et il semblait que la fatalité s'ingéniât à accumuler les griefs sur sa tête. Marat venait d'être assassiné, Condé avait dû se rendre aux Impériaux, et l'on désespérait de sauver Valenciennes et Mayence. Tous ces désastres étaient imputés à celui qui n'avait su ni sur le Rhin, ni dans le Nord, manœuvrer de façon à débloquer les places confiées à sa vigilance. Leur longue résistance était la preuve même de sa trahison. L'Ami du Peuple n'avait-il pas prédit que Custine serait un autre Dumouriez et qu'à son tour il trahirait la République? Le coupable venait de lui-même se livrer à ses juges. Il était naturel, maintenant que le prophète était passé Dieu, que la piété de ses adorateurs lui offrît en holocauste ce soldat qu'il avait frappé de son anathème.

Dès le lendemain de son arrivée, Cusline fut l'objet d'une mesure qui caractérise bien celte époque d'anarchie monstrueuse, où tous les pouvoirs étaient confondus et où nul homme, revêtu de fonctions publiques, n'échappait au soupçon. On avait vu naguère deux ministres, Clavière et Lebrun, détenus dans leur hôtel, conserver l'exercice de leurs fonctions et se rendre, entre deux gardes, aux séances du Comité de salut public, pour y discuter les affaires de l'État. On vit de même, spectacle nou moins étrange, un général en chef se promener dans Paris sous ta surveillance d'un gendarme. Cette escorte d'honneur d'un nouveau genre le suivait jusqu'au théâtre; et partout, en manière de protestation, Custine était salué d'ovations bruyantes.

Ces témoignages d'intérêt redoublaient la rage de ses ennemis, et les meneurs de la Convention demandèrent

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