‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 148 sur 308 · LIVRE XL VI · texte numérisé non relu

LIVRE XL VI

sod règne. Les plus en vue sont les premiers frappés, et en moins d'un mois, du 11 juillet an 9 août, les commandants en chef des trois principales armées de la République, Custine, Biron, Brunet, sont destitués et successivement déférés au Tribunal révolutionnaire. Au premier, on ne reprochait rien que ses échecs militaires» mais il fallait donner aux passions démagogiques una explication sanglante des revers de la frontière. Le second avait fait incarcérer Rossignol, l'un des coryphées de la populace parisienne; c'était évidemment un crime irrémissible. La faute du dernier étaitplus grave encore î il avait osé résister à des ordres illégaux, donnés par des représentants en mission. Ces prétendues trahisons réclamaient- un châtiment exemplaire et la justice: révolutionnaire ne trouva pas la peine de mort trop* rude. Si, après de pareilles iniquités, les généraux n'ont pas été tentés de trahir réellement, c'est que la conscience de la France s'était réfugiée dans le cœur de l'armée..

Custine n'avait quitté qu'à regret l'armée du Rhinu. Il pressentait qu'après son départ ses actes seraient! travestis, et que son échec de Landau serait exploité.

I. La lettre qu'il écrivit à cette occasion au Président de lu Convention était ainsi conçue :

■î Au quartier général, à Weissem bourg, le 15 mai 1193, l'an 2"" de la République.

« Le général Custine- aux citoyens représentants du peuple.

a En républicajn, je ne sais que servir mon pays, partout où la confiance, qui seule doit dicter les choix, m'appelle et méjuge utile. Mais je dois vous observer qu'amant ma présence pouvait l'être dans les départements du Rbin et de la Moselle, que je connais et

par ses calomniateurs. II ne se trompait pas.. Gâteau et Garnerin, commissaires du pouvoir exécutif, l'accusèrent d'avoir déshonoré l'armée, en continuant à commander après avoir reçu l'avis de son changement.

De plus grandes difficultés l'attendaient à l'armée du Nord. Depuis que la défection de Dumouriez avait relâché dans ses rangs tous les liens de la discipline, la délation était à l'ordre du jour. Les soldats dénonçaient leurs officiers.; les officiers, leurs généraux. Cusline ne fut pas épargné dans lés rapporte secrets de ceux qui s'étaient arrogé la mission d'épurer à leur guise tous les états-majors. Celliez surtout, l'un des commissaires de Bouchotle, ne lui pardonnait pas de l'avoir fait arrêter, au moment où il distribuait aux soldats tes exemplaires du Père Duchéne que le ministère de la guerre envoyait officiellement aux armées.

Custine, se sentant enserré dans un réseau de sourdes inimifiés, demanda au Comité de salut public l'autorisation de venir à Paris exposer ses plans de campagne. Il se berçait encore d'illusions et croyait pouvoir confondre ses détracteurs. En réalité, il était perdu le jour où

où j'ai toujours servi, depuis le commencement de cette guerre, autant mes services, seront peut-être de peu d'effet dans des départements que je ne connais pas. Je pense donc que tout autre que-moi serait plus utile à la place où l'on m'appelle. J'en déduis les raisons, auxquelles je croÎ3 devoir le secret, à votre Comité de salut public. Cependant je pars, pourvous prouver mon obéissance, et je passé par Paria, pour y prendre les notions qui me manquent sur les nouvelles fonctions qui me sont destinées.

« Le commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle;

a Custjjse. »

Page 1