LIVRE XLVI
Custine d'avoir laissé Mayence sans vivres et sans secours, on eût dû plutôt lui reprocher d'avoir maintenu dans cette ville une garnison considérable, dont l'éloignement affaiblissait inutilement l'année du Rhin.
En tout état de cause, le Tribunal révolutionnaire manquait des lumières suffisantes pour juger une affaire exclusivement militaire. Mais, comme il arrive toujours en pareille occurrence, les moins éclairés se montrèrent les plus ardents. Tandis que Merlin et Rewbell, les meilleurs appréciateurs de la conduite de Custine, cherchaient à l'excuser ou le chargeaient modérément, Vincent et Laveau, qui n'avaient suivi les opérations que dans les bureauxde la guerre, formulaient contre lui les accusations les plus passionnées. On vit ainsi, devant des juges incompétents, des témoins, pour la plupart incompétents euxmêmes, se transformer en stratégistes, discuter la conduite d'un général et développer les plans les plus gigantesques.
Jl est vrai qu'à la Convention on était moins exigeant encore et que le capucin Chabot s'écriait en pleine séance : « Quel est l'homme qui peut douter que Custine soit coupable ? Condé, Valenciennes, Mayence ne déposent-elles pas contre lui? » L'argument était sans réplique et, le 27 août, après douze jours de débats, Custine, « l'assassin du peuple français, » au dire de Robespierre, était condamné à mort1.
4. Un des incidents les plus curieux du procès de Custine fut assurément l'arrestation de son confesseur, aussitôt après l'exécution, car la délaLion continuait son œuvre jusque sur les marches de l'échafaud. Le crime de l'abbé Lothringer, qui avait assisté Custine à ses derniers moments, était d'avoir montré trop de symj athie envers son
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II mourut avec courage, en recommandant à son fils de justifier sa mémoire, dans les beaux jours de la République, et de faire tous ses efforts pour le réhabiliter dans l'esprit de la nation. Ces beaux jours ne devaient .pas venir; et quant à la réhabilitation, sa mémoire n'en eut pas besoin. La mort de Gustine fut une iniquité et l'opinion de l'histoire n'a changé ni sur sa personne, ni sur ses bourreaux. La République avait eu tort, au début, de voir un capitaine dans Cusline; plus lard, elle ne fut pas plus équitable, en affectant de le transformer en traître.
Biron avait commandé d'abord l'armée du Rhin et plus lard celle des Alpes-Maritimes. Le Comité de salut public, désireux de l'éloigner de Marseille, où était détenu le duc d'Orléans, avec lequel on le savait lié d'étroite amitié, l'appela, dans les premiers jours de mai, à la tête de l'armée des côtes de La Rochelle. Biron ne prévoyait que trop les difficultés qui l'attendaient dans la Vendée, et invoqua vainement l'état de sa sanlé pour s'y soustraire. Il fallut obéir et se rendre à Niort, où les troupes républicaines s'étaient réfugiées, après la déroule de Fontenay.
pénitent. Il eut a Subir en conséquence un long interrogatoire dont nous donnons, à la fin de ce volume, les fragments les plus importants. Si de pareils faits n'étaient pas consignés dans des procès-verbaux authentiques, on se refuserait à y croire.