‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 152 sur 308 · LIVRE XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVI

Quand Biron arriva dans cette ville, le 28 mai, le désordre était à son comble. Les soldats désertaient par compagnie et par bataillon; ceux que la réquisition amenait à leur place logeaient, au hasard, chez les habitants et vivaient à leur guise, sans que personne soupçonnât leur présence. Le seul moyen de contrôle était de battre la générale, et cette ressource même était si précaire que, le jour de l'entrée de Bïron, le tambour put à peine réunir le dixième de la garnison. A l'indiscipline des soldats s'ajoutaient l'inexpérience complète des officiers, les dilapidations éhontées des commissaires du pouvoir exécutif, tes ordres contradictoires des représentants en mission.

Cette dernière cause eût suffi à engendrer la confusion et contribuait à l'entretenir. A ce moment, l'armée des côtes de La Rochelle ne comptait pas moins de quatre commissions, émanées directement de la Convention et agissant simultanément, avec des pouvoirs sans contrepoids et sans limites. Une siégeait à La Rochelle, une autre à Niort, la troisième à Poitiers, la quatrième a Tours- La commission de La Rochelle et celle de- Poitiers n'avaient qu'une délégation spéciale, la défense du littoral et du département de la Vienne ; tandis que celles de Niort et de Tours étaient chargées, d'une façon générale, de surveiller Bïron et d'organiser les troupes dirigées sur la Vendée; mais l'entente existait rarement entre elles. La commission de Tours surtout, plus rapprochée du centre révolutionnaire, avait des prétentions plus hautes et aspirait à prendre la direction générale des opérations.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Autour d'elle se groupaient des délégués de toute sorte, adjoints du ministre de la guerre, envoyés de la Commune de Paris et des sociétés populaires. Au milieu de ces contradictions perpétuelles, personne ne savait à qui obéir, et les généraux, n'étaient pas moins embarrassés, pour commander à des soldats qui trouvaient constamment une oreille disposée à recueillir leurs dénonciations et leurs plaintes.

Afin démettre un peu d'ordre dans ce chaos, Biron, d'accord avec la mission de Niort, commença par renvoyer les bouches inutiles et alla chercher à Saumur, auprès des représentants de Tours, le matériel qui lui manquait. Son premier soin, en arrivant, est de demander les états de situation de l'armée ; et, à Saumur de même qu'à Niort, on ne peut pas les lui fournir.

Les membres de la commission de Tours l'accueillirent avec défiance et provoquèrent la réunion d'un conseil de guerre. Le plan de Biron était déjà arrêté dans son esprit. 11 voulait couper les communications des Vendéens avec la mer et les enserrer méthodiquement, dans un cercle de fer et de feu, pour les obliger à mettre bas les armes sans avoir à tirer, s'il était possible» un coup de fusil. Son avis prévalut ; mais l'entente n'était qu'apparente et chacun, en se séparant, conservait ses préventions et ses préférences. Les représentants ne pouvaient croire qu'un homme de la vieille cour, qu'un ancien ami de la reine et du duc d'Orléans, dût combattre avec bonne foi les Vendéens, qui réclamaient un roi. De son côté, Biron se demandait comment il assurerait le secret des opérations, avec des conseils où sié-

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