‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 18 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

il se porta de nouveau candidat. Les sections modérées osèrent lui opposer un concurrent dans la personne de Rafle t, le courageux commandant du bataillon de la Butle-des-Moulins qui , Je 2 juin, avait su si bien résister à Marat. Au premier tour de scrutin, Raflet l'emporta par i,938 voix contre 4,573 données à Henriot; mais un certain nombre de suffrages s'étaient dispersés sur d'autres candidats, et aucun des deux principaux compétiteurs n'ayant obtenu la majorité absolue, il fallut procédera un second vole. Les démagogues profitèrent de ce répit pour convoquer le ban et l'arrière-ban de leurs aflïdés et pour intimider leurs adversaires. Grâce à ces manœuvres, Henriot fut élu, le lor juillet, par 9,087 voix sur 15,000 votants; Raffet, cette fois, n'avait réuni que ù,938 suffrages1. (Moniteur, a" 187.)

4. Dans la procédure dirigée deux ans plus tard contre Ceyrat, ce fameux juge de paix de la section du Luxembourg, qui avait présidé aux massacres du couvent des Carmes, rue de Vaugirard (voir t. III, p. 253), nous avons retrouvé des dépositions de témoins qui nous apprennent comment se fit l'élection d'Henriot au second tour de scrutin. Les électeurs durent voter 4 haute voix; tous ceux qui se hasardaient à donner leurs suffrages à Ralïel étaient marqués d'une croix rouge sur le registre d'appel, et l'on faisait suivre leurs noms de l'épi thèie de contre-réiiolulionnaire.'i. On s'étonne qu'avec de pareils procédés et en de tels temps, il se soit trouvé 4,938 citoyens pour oser refuser à Henriot le litre de commandant des sections armées de Paris, titre qui valut plus tard à celui-ci, sans qu'il eût jamais servi un instant dans l'armée active, le brevet de général de brigade et même celui de général de division. Il est vrai que le ministre de la guerre de cette époque, l'inepte Bouchotte, n'y regardait pas de si près.

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Dans les temps de crise, les honnêtes gens témoignent leur mécontentement en s' éloignant des urnes, et les chiffres qui précèdent n'ont pas besoin de commentaires. M, Louis Blanc 1 affirme cependant que la chute définitive de ta Gironde fut accueillie dans la capitale avec plus d'espérances que de regrets. Il se trompe, et nous ne saurions trop protester contre une pareille conclusion. Ce qui a pu causer l'erreur de M. Louis Blanc, c'est l'expression bruyante de cette opinion factice qui se manifeste a Paris après toutes les révolutions comme après tous les coups d'État. Le bourgeois, le marchand, l'ouvrier de cette grande ville, même ceux que n'a pas infectés le virus démagogique, n'ont-ils pas de tout temps salué comme une solution définitive le triomphe successif de toutes les factions? L'idéal du Parisien, après la lutte, c'est la tranquillité de la rue, !a reprise du commerce, l'épanouissement du luxe. À cet idéal il est prêt à sacrifier ses plus chers intérêts, ses plus légitimes désirs, ses convictions les plus profondes. Tout entier à

t. Tome VIII, page 478.

M. Louis Blanc, pour démontrer que le coup d'État du 2 juin fut accueilli presque avec joie par la population parisienne, invoque le témoignage de Prudliomme, le fameux éditeur des Révolutions de /■ans. Il dit que ce journaliste se déclara hautement satisfait des résultats du 2 juin, et il ajoute que cette approbation ne saurait être suspecte, car Prudliomme avait été arrêté un instant et il devait être fort irrité. M. Louis Blanc connaît bien peu Prudliomme et ses pareils. Celui-ci pouvait être fort irrité de son arrestation, mais cette arrestation même lui avait fait comprendre qu'il fallait être plus circonspect à l'avenir. La peur le rendit plus avisé et lui inspira l'enthousiasme de commande avec lequel il salua le triomphe du vainqueur.

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