‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 20 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

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l'Alsace, de la Franche-Comté, de la Bourgogne et de la Lorraine se prononçaient dans le même sens; la Convention pouvait tout au plus compter sur la neutralité ou l'indifférence des provinces du nord et du centre. Il est vrai qu'au sein même des villes les plus ouvertement hostiles au parti démagogique il y avait une minorité remuante, audacieuse, disposant de sociétés populaires et de sections suburbaines. Cette minorité ne pouvait empêcher les municipalités, presque toutes girondines, de prendre des délibérations, de formuler des adresses pleines de menaces; mais elle était assez puissante pour paralyser en fait toutes les tentatives de réaction contre le coup d'État du 2 juin. En somme, le mouvement anticonventionnel se borna presque partout à des déclarations de principes, à des adresses, à des convocations d'assemblées primaires, à des réquisitions de volon-. taires qui, le plus souvent, ne quittèrent même pas leurs foyers1.

Ce n'est pas le moment d'entrer dans le détail de ces résistances partielles, mal combinées, sans lien de cohésion, qui n'aboutirent qu'à donner plus tard à la démagogie triomphante un prétexte pour porter l'in-

4. La France présentait alors un speclacle assez singulier. Un grand nombre d'autorités municipales ou départementales, tôut en refusant de reconnaître les décrets de la Convention, continuaient de correspondre avec elle et avec ses agents ; les relations n'élaient pas interrompues; la poste, les diligences, les voitures particulières circulaient comme de coutume; on se rendait sans trop de difficulté d'une ville maratisle à une cité girondine, et vice versa. (Voir à cet égard, dans les pièces justificatives placées a la fin du volume; la note consacrée au voyage de Mouchet à Érreux.)

cendie et la dévastatioa dans plusieurs grandes villes de France. Le récit de ces résistances sera l'objet d'un chapitre spécial; nous constaterons seulement ici que, pendant tout le mois de juin, on se borna de part et d'autre à se lancer de loin des menaces et des décrets sans en venir à la lutte ouverte. La tactique adoptée par les vainqueurs du 2 juin fut de laisser tomber la première ardeur des départements insurgés et de ne pas aggraver le mal par une répression trop hâtive. Les vaincus furent moins habiles. Ils n'avaient pas su rester unis dans la lutte, ils se divisèrent encore plus dans la défaite. Parmi les proscrits, les uns restèrent a Paris afin, disaient-ils, de prolester dans les fers contre les violences dont ils avaient été victimes ; les autres se réfugièrent dans les départements et y proclamèrent la .déchéance de la Convention. Quant à ceux des Girondins qui avaient été épargnés par la Commune, ils persistèrent, pour la plupart, à se rendre aux séances de l'Assemblée pour dénoncer, au nom de leurs amis absents et au leur, la tyrannie qui, depuis le 31 mai, pesait sur la représentation nationale; mais leur présence, leurs discours, leurs votes, tout allait contre le but qu'ils se proposaient. Leur intention était de protester,, et ils avaient l'air d'adhérer; ils déclaraient h chaque instant que l'Assemblée n'était pas libre, et ils continuaient à prendre part à ses délibérations1.

1. Celte conduite contradictoire est très-justement appréciée dans ies lettres que Barbaroux, réfugié a Caeni écrivait à son collègue et ami Dunerret, resté à Paris :

a Le meilleur moyen, dans ce moment, est de ne prendre aucune

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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