‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 21 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

Ils eurent bientôt une occasion d'élever la voix avec plus d'énergie que jamais, le 10 juin, quand Héraultpart aux délibérations de l'Assemblée. Que tous nos amis adoplentce parti ; qu'ils fassent imprimer, qu'ils proclament cela dans toute la République. C'est une mesure nécessaire pour rallier les départements dont plusieurs faiblissent par la pensée que le côté droit reconnaît l'existence de la Convention et délibère avec la Montagne. S'il y avait un appel nominal, il ne faudrait pas manquer celte occasion pour protester solennellement de la non-intégrité des corps représentatifs. %

Quelques jours plus tard, il lui renouvelait ses instances : « Penses-tu favoriser l'insurrection des départements contre l'oppression des dominateurs de Paris; penses-tu sauver la liberté en restant à Paris comme font nos collègues? D'abord les détenus en arrestation souffrent et ne font rien d'utile pour la patrie. Nos autres collègues, tantôt se rendent à l'Assemblée et tantôt s'en absentent. Tantôt ils délibèrent, et tantôt ils refusent de prendre part aux délibérations. Cette conduite versatile égare beaucoup d'esprits dans les départements et perd la chose publique. Non ! il ne faut pas délibérer, mais il fautprotester solennellement de la non-intégritéducorps législatif. Non! il ne faut pas assister aux séances, mais il faut au contraire sortir de Paris. Le retour des députés restés fidèles' dans chacun de leurs départements est impossible, parce qu'au moyen de certaines communes maratistes, on les arrêterait en route, et quel bien d'ailleurs feraient-ils ainsi divisés et agissant sans aucun concert? Mon avis, celui de nos amis réunis ici ou à Rennes au nombre de vingt, c'est que vous veniez nous joindre, non pour former une autorité qui ne pourrait exister que dans le cas où la majorité de la Convention se trouverait réunie, mais pour concerter ensemble les mesures propres à sauver la liberté; mais pour donner à l'opinion des déparlements un nouveau ressort en leur présentant une plus

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Séchelles vint lire à la tribune le nouveau projet de constitution. Avant que le rapporteur eût commencé d'exposer les vues du Comité de salut public, Vernier prit la parole :

« Pour l'honneur de la France, pour votre honneur, dit-il, vous devez, avant de discuter la constitution, vous occuper du sort des membres détenus. Si ces représentants sont coupables, jugez-les. Leurs suppléants viendront les remplacer, et alors les départements jouiront de l'intégrité numérique de leur représentation.

— Si l'on exigeait cette intégrité, répond Jean Bon Saint-André, il faudrait rappeler vos commissaires près les armées, il faudrait attendre que vos collègues sortissent des cachots de la coalition. Vous devez, je l'avoue, prendre sur le sort des députés arrêtés une détermination éclairée et juste. Mais vous avez des travaux d'une utilité générale pressante, qui ne peuvent être retardés. Vous êtes comptables à la nation des moments que vous n'y consacrez pas, des soins que vous donneriez à d'autres objets. Vous dites que vous ne pouvez pas délibérer en l'absence de vos collègues; mais vous avez voté, depuis une semaine, une grande quantité de décrets utiles et d'intérêt général. Comptez-vous désavouer vos votes? Ce que vous proposez, ne serait-ce pas autre

grande masse de représentants proscrits, persécutés par les tyrans de Paris. Venez sur la terre hospitalière de la Normandie y enflammur encore par votre présence le zèle des citoyens, venez pour donner de nouvelles consolations à vos amis et pour vous entretenir avec eux de la patrie et toujours de la patrie. »

Page 1