LIVRE XLVII
On était loin de la proposilion formulée par Chaumelte. La question des subsistances, qui avait été l'occasion de l'établissement de l'armée révolutionnaire, était reléguée au second plan, et la chasse aux suspects devenait désormais lebut principal de son institution. De cette double mission, Ronsin n'accepta que la seconde, et s'en acquitta en conscience. Les riches furent terrorisés et pillés, maïs les pauvres ne furent ni plus tranquilles, ni mieux nourris. L'intérêt général n'était là qu'un prétexte pour déguiser les spoliations et les vols. En poussant ses réquisitions jusqu'à trente lieues de Paris, et en obligeant les possesseurs de grains à ouvrir leurs greniers, l'armée révolutionnaire ne fit qu'élargir le cercle de ses exactions; les chevauchées de Ronsin, impuissantes à approvisionner la capitale, achevèrent d'y établir la famine.
11 ne restait plus qu'à régulariser la proposition de Basire sur les suspects. La loi du 17 septembre se chargea de ce soin, et couronna dignement l'œuvre d'iniquité.
Le mot de suspect n'était pas nouveau dans le langage révolutionnaire, mais il n'avait jamais été exactement défini, et l'équivoque même avait été habilement maintenue, afin de faciliter les mesures de violence dont l'histoire de la Révolution est pleine. Au commencement de 1793, les suspects sont encore les robins, les nobles,
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