LIVRE XLV1I. 38J
cadres de compagnie; les uns et les autres n'étaient nommés que pour un an, et pouvaient être réélus On était sûr, de la sorte, d'entretenir leur zèle et d'avoir une garde prétorienne digne de la tâche qui lui était réservée.
Ces garanties, dans une cause qui en comportait si peu, avaient paru suffisantes pour les soldais. Le noyau de l'armée révolutionnaire se recruta, en effet, parmi les vétérans de l'insurrection, les vagabonds, les déclassés et tous les hommes de sac et de corde qui traînent péniblement, dans les bas-fondsdes capitales, leur misérable eKistence. Pour les chefs on se montra plus exigeant, et on les obligea à affronter l'épreuve publique du scrutin épuratoire, à la Société des Jacobins. Léonard Bourdon définissait dans les termes suivants le but et l'utilité de cette mesure.
« Je demande, disait-if, que les candidats se présentent en personne, afin qu'en appliquant leur nom à leur figure, chacun puisse dire ce qu'il sait sur leur compte. Je demande, en outre, que ceux qui les connaissent attestent qu'ils sont bons citoyens, car ce n'est pas assez de n'être pas réputé pour un mauvais patriote; il faut encore de bonnes raisons, pour faire présumer qu'on est capable et digne d'occuper une semblable place. »
Deux séances furent consacrées à cette importante opération Bouc-hotte avait confié le commandement en
i. Moniteur du 42 septembre 4793.
t. Moniteur des 2 et 4 octobre 1 793. .
chef à Ronsin, avec deux généraux de brigade sous ses ordres. Tous les trois furent acceptés sans réclamation; mais la discussion s'engagea sur les autres officiers.
Ces enquêtes pouvaient retarder la constitution de l'armée, et Robespierre s'éleva avec énergie contre des vérifications inutiles. « Les ajournements, ne cessait-il de répéter, ont toujours perdu la chose publique... On a attendu assez de temps pour faire justice des brigands qui désolent le territoire français. 11 faut en linir... L'armée révolutionnaire est le moyen par lequel les1 lois vont être mises à exécution... Qu'on passe par dessus tous ceux qui paraissent suspects; il en est d'autres, et la société doit s'empresser de contribuer à mettre cette armée en exercice. »
On finit par ratifier, à quelques noms près, les choix du Conseil exécutif; mais, malgré toute la diligence apportée à leur organisation, les bandes de Ronsin ne furent en état de marcher qu'à la fin d'octobre. La Con-
1. Les principaux chefs de l'état-major proposés par le minisire de la guerre, dans la séance du Conseil exécutif du 30 septembre, étaient Ronsin, général de division à l'armée de la Vendée, commandant supérieur; Boullanger, général de brigade à l'armée des côtes de Cherbourg, Pareîn, général de brigade à l'armée de la Vendée, commandants en second ; Mazuel, adjudant général chef de brigade , Houssaye, adjudant général chef de bataillon à l'armée du Nord, et Mauban, adjudant général chef de bataillon, adjudants généraux.
11 est intéressant de rechercher quelle fut leur destinée, pendant la Terreur, ou après la chute de Robespierre.
Des trois généraux,, deux périrent sur l'ëcbafaud.
Nous avons déjà eu occasion de parler de Ronsin et de l'avancement scandaleux que lui donna Boucholte, dans le courantdu mois de juillet 1793. (Voir plus haut, page 181). Nous compilerons ses états de service militaires par l'indication de ses premiers grades. Né le
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
LIVRE XLYII.. 383 vention eut les honneurs de leur premier défilé, et le président Gharlier les accueillit par ces paroles significatives : « Guerre aux aristocrates, aux modérés; paix et
4" décembre 1751 à Soïssons, et Bis d'un matlre tonnelier, Charles- Philippe Ronsin s'était engagé comme Mmple soldai au régiment d'Aunis, le 7 octobre 1763, et avait acheté son congé, dans le courant du mois de mai 1772. Capitaine de la garde nationale de Paris, le 41 juillet 1789, commissaire des guerres le 43'novembre 1 Ï9â, commissaire ordonnateurhuit jours après, il n'avait jamais commandé une troupe régulière. Poussé par son ambition, son esprit d'intrigue et son amour de l'argent, Ronsin se jeta dans les bras des Hébert i s tes. Décrété d'accusation, le 47 septembre 4793 sur la dénonciation de Fabre d'Églantine, il fut relâché le S février suivant, sur la réclamation de Danton ; mais il ne jouit pas longtemps de sa liberté. Arrête de nouveau le H mars 1794 avec Hébert, Vincent et Momoro.il comparut avec eux devant le Tribunal Révolutionnaire et s'entendit condamner à mort le 24 du même mois.
Servais Baudouin Boullanger, né à Liège, était venu chercher fortune à Paris- Il avait commencé par exercer la profession d'ouvrier bijoutier, do même que Rossignol et beaucoup d'autres révolutionnaires. L'exagération de ses principes démagogiques le fil nommer commandant en second de la section de îa Halle au Blé et le désigna au choix de lu Commune pour le commandement général de la garde nationale parisienne, quand Santerre partit pour la Vendée, le 49 mai 4793- Mais plusieurs sections protestèrent et Boullanger fut obli^ô de donner sa démission. Après le 2 juin, il se fit la créature de Robespierre et devint l'un de ses principaux agents. 11 le servit notamment dans l'affaire des Hébertistes et le suivit à la Commune, quand il jeta le gant à la Convention. Boullanger, de même qu'Henriot, prit une part active au mouvement insurrectionnel et fut décrété d'accusation le 9, mis hors la loi lé 4 0 et exécuté le 41 thermidor.
Parein seul survécut à la tourmente révolutionnaire. Il avait eu la prudence de se cantonner dans la présidence des commissions militaires de Saumur et de Lyon, et échappa de la sorte à ta réaction provoquée par les escès de l'armée révolutionnaire. Avocat avant la révolution, Pierre Mathieu Parein n'avait d'autre litre militaire que celui d'avoir servi, comme officier, dans la compagnie des volontaires de la Bastiile en 4789, ce qui né l'empêcha pas d'être nommé commissaire des guerres le 1" août 4793, général de brigade le 2 oc-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
protection aux patriotes : voilà l'objelde votre institution. Vous atteindrez le but que la Convention s'est proposé; vos vertus et votrecivismelui en sont de sûrs garants. »
tobre et môme général de division, à litre provisoire, par les représentants Fouché, Laporte et Méaulle. le 3 mars 1794, à Lyon. Après le 9 thermidor, Parein continua ses relations avec le parti jacobin et prit part à plusieurs conspirations, notamment à celle de Babœuf. Acquitté par îa haute-cour de Vendôme et réintégré dans son grade, il demanda à Fouché, son ancien protecteur, de l'employer dans la police, et Tut admis plus tard à la retraite, par décret du 6 juin 4841.
Les adjudants généraux eurent le même sort que leurs chefs directs et deux sur trois furent condamnés à mort.
Mazuel, natif de Lyon, s'était préparé a la vie publique par les professions successives de cordonnier et de dessinateur en broderie. Avant de venir à Paris, il avait été condamné correctionnel! émeut à Montpellier. Pour donner le change sur cet antécédent fâcheux, il se posait en victime de l'aristocratie et affectai t un patriotisme exagéré. Bouîholte l'avait pris pour aide de camp et il s'était donné à luimôme la mission d'organiser un corps de cavalerie. Mazuel, en apprenant sa nomination, refusa d'abord, afin de rester à Paris, où sa présence et son indiscipline étaient un objet perpétuel de scandale ; mais il accepta plus tard, quand on lui donna le coinmandement de la cavalerie de l'armée révolutionnaire. A Beau vais, où il fut envoyé en détachement, il se signala par ses excès. Comme son chef, Mazuel appartenait au parti des Hébertistes et périt avec eux le 24 mars 1794.
Houssaye était un protégé de Xavier Audouin, le gendre de Pache. Ouvrier bijoutier, il s'était jeté dans le mouvement révolutionnaire etavait mérité le surnom caractéristique de Pas-de-bon-Dieu. Quand l'armée révolutionnaire fut licenciée, à la fin du mois de mars 1794, Houssaye s'emporta en propos violents et publics contre la Convention. Le Comité de salut public le fit arrêter et le Tribunal révolutionnaire le condamna à mort, le 20 mai 4794.
Nous n'avons pas de renseignements particuliers sur Mauban, C'était un démagogue obscur, dont la candidature avait été ajournée un moment à la Société des Jacobins, en raison de ce qu'il n'était pas suffisamment connu. Il avait été présenté par Henriot et ses titres reposaient sur la publication d'écrits révolutionnaires.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France