‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 26 sur 308 · LIVRE X.LI · texte numérisé non relu

LIVRE X.LI

24 juin, la Montagne apprend avec un frémissement de colère l'évasion de Pétion et de Lanjuinais. On demande que les détenus soient gardés chacun par deux gendarmes et ne puissent communiquer avec personne. Quelques membres, Amar entre autres, proposent de les renfermer à l'Abbaye1. Ducos et Fonfrède veulent prendre la défense de leurs amis; ils réclament, pour l'honneur même de la Convention, la présentation immédiate du rapport depuis si longtemps promis; mais Robespierre, acharné à sa proie, s'élance à la tribune :

« Quoi! s'écrie-t-il, il existe encore des hommes qui feignent de douter de faits que la France entière connaît!

1. Le Consajl général révolutionnaire, dès le 3 juin, avait voulu doubler la garde des députés arrêtés en leur donnant des geôliers à sa • convenance. Il avait pris l'arrêté suivant :

Hôtel de Ville. — Conseil général de la Commune. Séance du 3 juin 1703.

Sur l'observation d'un membre que la garde des députés de la Convention, confiée à un seul gendarme, pouvait inspirer de justes craintes aux habitants de Paris, sous la sauvegarde de la loyauté desquels ils ont été mis;

Le Conseil général arrête que deux bons citoyens sans-culottes seront envoyés auprès des députés mis en arrestation, pour aider le gendarme dans son service.

Mais sur la plainte de quelques députés arrêtés qui déclarèrent que leur fortune ne leur permettait pas de payer ce luxe de gardiens, la Convention ordonna que ces geôliers supplémentaires se retireraient, et que, même les députés pourraient sortir et vaquer à leurs affaires sous la simple garde de leur gendarme attitré. Mais après la fuite de Pétion, de Lanjuinais et de plusieurs autres députés, deux gendarmes furent préposés à la garde des dq.mtés laisses provisoirement dans leurs domiciles.

Quoi! l'on met en parallèle la Convention nationale et une poignée de conspirateurs... »

À ces mots, de violents murmures éclatent à droite.

« 3e demande, dit Legendre, que le premier rebelle, le premier de ces révoltés (du doigt il désigne les bancs de la Gironde) qui interrompra l'orateur, soit envoyé à T Abbaye.

— Quoi! reprend Robespierre, l'on met en parallèle l'Assemblée souveraine et Brissot, ce lâche espion de police, cet homme que la main du peuple a saisi, couvert d'opprobre et de crimes ! On feint de demander un rapport, comme si l'on ne connaissait pas les crimes des détenus !

« Leurs crimes, citoyens, sont les calamités publiques, l'audace des conspirateurs, la coalition des tyrans de l'Europe, leur ancienne alliance avec le tyran qui régnait naguère aux Tuileries, les lois qu'ils nous ont empêché de faire, la constitution sainte qui s'est élevée depuis qu'ils n'y sont plus, cette constitution qui va rallier tous les Français et déjouer les clameurs des factieux. N'est-ce pas insulter la Convention que de lut parler en faveur des Vergniaud, des Brissot? Laissons ces misérables avec le remords qui les poursuit et occupons-nous des intérêts généraux. »

Robespierre, on le voit, insultait l'ennemi à terre. Son orgueil et son arrogance n'avaient plus de bornes, depuis que lui et ses amis prétendaient avoir doté la France d'une œuvre immortelle avec leur constitution, faite et parfaite en moins de quinze jours. Cette œuvre allait être soumise à la sanction du peuple, réuni dans

Page 1