LIVRE XLI
chef-lieu de l'Eure est transféré provisoirement à Bernay, où auront à se réunir sans délai les membres du Conseil général restés fidèles à leurs devoirs.
Couthon veut pousser à fond la victoire de ses amis. Il invite la Convention à décréter « que, dans les journées des 31 mai, 1er et 2 juin, la Commune et le peuple de Paris ont puissamment concouru à sauver la liberté, l'unité et l'indivisibilité de la République. »
Robespierre appuie la proposition de son ami.
« Oui, dit-il, confirmez ainsi vos précédentes délibérations, sanctionnez de nouveau les événements; adoptez à l'instant même, et sans balancer, la motion de Couthon. Toute discussion sur ce sujet ne servirait qu'aux conspirateurs, aux calomniateurs de Paris. »
L'Assemblée, docile à la voix du futur dictateur, vote à une forte majorité ce décret, qui couronne dignement la série de ses faiblesses et de ses hontes.
Le lendemain, surla proposition de Berlier, Du Chastel, qui s'était rendu, disait-on, à Nantes pour y fomenter l'insurrection, était décrété d'accusation1, et les
' i. Choudîeu, alors en mission dans les départements de l'ouest, avait dénoncé Du Chastel au Comité de salut public comme ayant des relations avec les insurgés de la Vendée ; il en donnait pour preuve « sa conduite plus que suspecte dans l'affaire du ci-devant roi. » Dès qu'il connut le décret d'arrestation lancé contre lui, Du Chastel écrivit au Comité de salut public une lettre bien faite, il faut en convenir, pour attirer sur la tète de ce courageux jeune liomme les vengeances des démagogues. Aussi lorsque, quelques mois plus lard, a Bordeaux, il tomba entre les mains des sbires du Comité de salut public, ses ennemis s'empressèrent-ils de le faire transférer immédiatement à Paris. Bïouffe, son compagnon d'infortune, a raconté dans ses mémoires les traitements indignes que Du Chastel eut à subir vin 4
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membres du Directoire de la Somme avaient le même sort pour avoir publié la protestation de la majorité des députés de leur département 1.
Après une telle consécration de la victoire du 2 juin, il n'y avait plus d'espoir pour les représentants arrêtés. Aussi certains d'entre eux, qui jusqu'alors avaient résisté aux sollicitations de leurs collègues réfugiés à Caen, se décidèrent-ils à les aller rejoindre. Dans la séance du
des agents subalternes du Comité. Voici la lettre de l'infortuné représentant, que nous avons eu le bonheur de retrouver.
* Nantes, la 18 juin de l'an %' de la République , et, je l'espère, le l«r de la contre-anarchie.
« G. S. Du Chaslel, député à la Convention nationale, à cinq ou six honnêtes gens qui dirigent le Comité de salut public.
« Messieurs,
h Votre dessein est de me faire couper le col; je suis loin de le trouver mauvais, il est très-commode de se défaire au nom de la patrie des hommes qui traversent nos projets ambitieux. Pour vous faciliter dans tes moyens de me conduire à l'échafaud, je vous fais passer un imprimé que j'ai répandu avec profusion dans les départements de la ci-devant Bretagne.
« Je vous déclare qu'au lieu de me cacher, je me montrerai à découvert, ul que fidèle au serment de vivre libre ou de mourir, je ne cesserai de sonner le tocsin contre les hommes qui ont usurpé la souveraineté nationale, que quand je leur aurai ôlé la possibilité de nuire.
« Le républicain,
« G.-S. Du Cdastel.
a Vous voudrez bien joindre cette lettre et cet imprimé aux pièces' de mon procès. »
Du Chastel, traduit au Tribunal révolutionnaire, fut exécuté le 9 brumaire an h.
i. Voir tome VII, page 546.