‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 279 sur 308 · LA MORT DE MARAT · texte numérisé non relu

LA MORT DE MARAT

[Voix page 103.}

' Quand la nouvelle de l'assassinat de Marat se répandit dans Paris, la pensée que le coupable pouvait être une femme ne vint à l'esprit de personne, et les premiers soupçons s'égarèrent sur ceux qui avaient eu maille à partir avec l'Ami du peuple. De ce nombre était Jacques Roux, qu'on trouvait d'ordinaire mêlé à toutes les intrigues de cabinet, de même qu'à tous les mouvements de la rue. Marat l'avait vivement attaqué dans son journal, à l'occasion de la pétition de la Section des Gravilliers, dont nous-avons rapporté plus haut {page 316) le pîteux échec, et Jacques Roux n'avait pas caché son irritation. On le crut un instant capable de s'être vengé, et nous donnons l'interrogatoire qu'il subit à cette occasion devant le Comité de sûreté générale. Jacques Roux avait été dénoncé par l'observateur de police Blache, dont voici également la lettre :

Rapport de police,

« Le citoyen Greive1, demeurant rueCimetière-Saïni-Andrédes-Arts prés celle du Jardinet, faubourg Saint-Germain, chez le citoyen Denis, était mardi dernier avec le citoyen Allain chez le citoyen Marat. Dans le moment qu'ils causaient avec ce dernier, Jacques Roux entra chez Marat. Celui-ci lui parla avec toute l'énergie républicaine. Jacques Roux sortit et, de la

t. Greive, Américain fis6 depuis vingt ans en France, se vanlaitd'avoHconstamment servi avec Marat la cause de la liberté.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

porte, il lança un regard de fureur mêlé d'indignation sur le citoyen Marat. Ce regard étonna Greive et Aliain. Ce dernier avait dit aussi quelques propos à Jacques Roux.

a Greive donnera la demeure du citoyen Aliain.

« Jacques Roux demeure rue Aumaire, à la communauté des prêtres Saint-Nicolas des Champs.

« Pour avis au Comité de sûreté générale, le 1/| juillet 1793, an II de la République.

a Blache. »

Co rapport était accompagné d'une déclaration signée par les citoyens Aliain et Greive, de la Section de Marseille, attestant l'impression profonde qu'ils avaient ressentie en voyant Jacques Roux s'arrêter au bout d'un long palier, avant de descendre l'escalier, et lancer sur Marat un regard prolongé de vengeance impossible à dépeindre.

Jacques Roux fut interrogé le jour même ; mais Charlotte Corday était déjà arrêtée et il fut mis en liberté. On remarquera, dans son interrogatoire, le désaveu qu'il se donne à lui-même, à l'occasion de la pétition qui avait motivé son expulsion du club des Cordeliers.

Comité de Sûreté générale.

Du 14 juillet 1793, an II de la République.

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