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LES RESTES DE MARAT

L'apothéose de Marat dura peu et la réaction fut d'autant plus vive que le culte avait été plus fervent.

La Convention avait ordonné, le 25 novembre 1793, sur le rapport de Chénier, la translation des restes de Marat au Panthéon, où ils devaient remplacer la dépouille mortelle de Mirabeau ; mais elle ne se pressa guère d'exécuter son décret, et il était réservé à la réaction thermidorienne de donner cette preuve de faiblesse. Le 21 septembre 1794, le cercueil de Marat fut solennellement transporté au Panthéon.

Interprétée comme un défi à la conscience publique, cette concession aux passions jacobines manqua complètement son but et devint le signal de nombreuses protestations. La ylus célèbre est la fête du mannequin, le 21 janvier 1795, àla suite de laquelle l'effigie de Marat, promenée dans Paris et brûlée dans la cour des Jacobins, eut ses cendres jetées dansl'égout Montmartre1. Marat lui-même ne tarda pas à être expulsé du Panthéon, à la suite du décret du 8 février 1795, interdisant de rendre cet honneur à un citoyen moins de dix ans après sa mort.

La dépense faite par la Section du Théâtre-Français pour conserver « ces précieux restes » devenait de la sorte inutile.

1. C'est le souvenir de cette manifestation qui a accrédité la légende infligeant cette humiliation au corps même de F Ami du peuple. Eu réalité, Marat a été exhumé le 28 décembre 1795 et inhumé, la nuit suivante, dans .l'ancien cimetière des clercs de Sainte-Geneviève attenant à l'église.

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NOTES

Il n'en est pas moins intéressant de constater une fois de plus comment, dans tous les temps, la cupidité privée et la passion politique se sont attachées aux cadavres célèbres. îs'ous recommandons surtout la phrase ironique qui termine le rapport de Desault.

État des dépenses qu'il m'a été ordonné de faire, par le Conseil général de la Commune, pour l'embaumement du corps de Marat.

« Pour l'embaumement du citoyen Marat ;

« Son cœur et ses entrailles embaumés à part;

a Pour soins assidus, depuis le dimanche jusqu'au mercredi, deux heures du matin;

« Pour tous les aromates, liqueurs, et pour tout le linge employé ;

« Pour les cinq élèves qui, à tour de rôle, n'ont point quitté le corps;

» Et généralement pour toutes les dépenses qu'a occasionnées l'embaumement, la somme de six mille livres.

<l Deschampp, « Chirurgien major de l'hôpital de la Charité de Paris, y demeurant. »

Rapport du chirurgien Desault.

<( D'après la demande du citoyen Çiraud, chargé de régler les mémoires relatifs aux funérailles de Marat, et autorisé, par le ministre de l'intérieur et le département de Paris, à demander aux artistes les renseignements nécessaires sur cet objet, j'ai examinéles pièces suivantes, relatives à l'embaumement du corps de Marat :

'« 1°. Une déclaration signéedu citoyen Lohier, commissaire du Comité de Salut public, portant qu'avant l'embaumement du corps de Marat, le citoyen Deschàmps, chargé de cette opération, l'avait évaluée à douze ou quinze cents livres ;

« 2°. Un mémoire par lequel le citoyen Deschamps demande la somme de' six mille livres pour les frais et soiûs relatifs à cet embaumement.

« Après m'être assuré, chez plusieurs apothicaires, du prix actuel des différentes substances qu'on emploie ordinairement pour les embaumements, et en évaluant les soins que cette opération exige, je me crois fondé à prononcer qu'une somme de quinze cents livres doit suffire pour tous les frais de l'embaumement du corps de Marat.

« La somme de six mille livres ne serait pas excessive, s'il était nécessaire de satisfaire l'orgueil et la vanité d'un riche héritier; mais un républicain se trouve déjà dédommagé de ses peines par l'honneur d'avoir contribué à conserver les restes d'un grand homme que la patrie veut honorer.

« A l'Hôtel-Dieu de Paris, le 22' jour du 1" mois de la 2e année de la République une et indivisible.

« Desault.-»

Rapport du citoyen Giraud, architecte du département de Paris, sur l'embaumement du corps de Marat.

Du 6P jour de la 3l décade de l'an II de la République française (ère vulgaire, il octobre 1793).

« J'ai l'honneur d'envoyer au Directoire :

« 1°. Le mémoire du citoyen Deschamps, chirurgien major de l'hôpital de la Charité, montant en demande à la somme de six mille livres, pour l'embaumement du corps de Marat;

« 2°. Une déclaration du citoyen Lohier, commissaire du Comité de Salut public, portant qu'avant l'embaumement, ledit citoyen Deschamps n'avait évalué cette opération qu'à douze ou quinze cents livres;

« 3°. L'avis du citoyen Desault, chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu, dont les talents, la probité et le' civisme sont connus, qui fixe à quinze cents livres les honoraires et déboursés du citoyen Deschamps.

« J'applaudis à la réputation de patriotisme que le citoyen Deschamps s est acquise; mais je suis d'autant plus affligé de sa témérité et de son avidité que, d'après des renseignements certains qui me sont venus d'autre part, il ne peut que

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se féliciter du règlement du citoyen Desault, encore qu'il ait diminué son mémoire des trois quarts.

« GlItAUD,

ii Architecte du département de Paris. »

U ministre de l'Intérieur au président de la Convention nationale.

« Paris, ce Ie jour du 2e mois de l'an II de la République française,

« Citoyen président,

« Je vous ai adressé, le 27 du mois dernier, un état des dépenses relatives aux obsèques du citoyen Marat, et j'annonçais qu'il ne manquait, pour présenter la totalité des frais, que l'état de ceux d'embaumement. Vous trouverez ci-jointes les pièces qui ont rapport à cet objet. Je ne puis que laisser à la sagesse de la Convention à statuer, d'après le rapport de son Comité des finances, sur la demande d'une somme de six mille livres formée par le citoyen Deschamps , chargé de l'embaumement. Elle examinera si ces dépenses doivent être allouées sur le pied de quinze cents livres, conformément à l'avis du citoyen Desault, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, ou si, comme je serais porté à le croire, une somme même de douze cents livres ne serait pas suffisante.

a Paré. »

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HOCHE A.U SIÈGE DE DUNKEIïQUE.

(Voir page 250.) .

Le siège de Dunkerque par le duc d'York, en août 1793, fut l'occasion de nombreuses mesures de rigueur contre les généraux employés en Flandre. Indépendamment d'Houchard et de Chance! dont nous avons déjà parlé, O'Méara qui défendait la ville fut destitué le 23 août, comme Irlandais et aristocrate, par le représentant Duquesnoy, Déjà et pour les mêmes motifs, le farouche Conventionnel avait fait arrêter O'Moran, commandant du camp de Cassel. Un autre divisionnaire, Davesne, suivit de près. Souham lui-même se crut menacé et publia un mémoire pour sa défense. Duquesnoy s'acharna contre ses victimes; il alla déposer auTribunal révolutionnaire contre O'Moran et Davesne et les fit condamner à mort, le 6 mars 1794, pour fausses manœuvres devant l'ennemi.

Hoche, alors adjudant général, avait été employé à Dunkerque. Nous reproduisons deux lettres de lui qui restituent aux événements leur véritable caractère et montrent en même temps avec quelle facilité on devenait suspect.

Nous les complétons par une lettre de Bouchotte à Fouquier-Tinville, indiquant à quels signes on devait, en l'absence de preuves, reconnaître la culpabilité d'un général.

L'adjudant général Hoche au citoyen Audouin, adjoint au ministre de la Guerre.

« Sailli-Quentin, le 8 aoùl an II.

« Vous apprendrez, Citoyen, avec surprise que je suis en état d'arrestation et conduit au Tribunal révolutionnaire de

Douai, pour avoir dit que Pitt soudoyait des hommes dans notre armée et que, si Cobourg y donnait des ordres, elle n'irait pas plus mal. La preuve que l'on a reconnu que je disais vrai, c'est que le Conseil exécutif Ta senti et que, par suite, il a destitué une grande partie des généraux suspects. C'est ainsi qu'en se heurtant, les patriotes se divisent. J'étais au poste de l'honneur, j'en suis tiré pour un propos que vous avoueriez. Je vous prie d'attester mon civisme aux commissaires de la Convention à Cambray et de me recommander au citoyen Bouchotte.

« Tout à vous et à mon pays,

« L'adjudant général, i « L. Hoche. »

« Duokerque 1" septembre 1793 an H de la République

« L'adjudant général Hoche ou citoyen Audouin, adjoint au ministre de la Guerre.

« Citoyen, si j'ai été si longtemps sans vous informer de la suite de mon procès, croyez que ce n'est point par négligence, mais seulement parce que j'ai été" tant occupé pour mon service que je n'ai point eu un moment à* moi. Prêchant la doctrine que j'ai toujours professée, je devais naturellement m'attirer la haine des hommes de boue contre lesquels je criais, et m'attendre à être dénoncé par leurs intrigues, ce qui ne manqua pas-, et quoique j'eusse prévenu le représentant du peuple Levasseur que j'allais être dénoncé, je fus traduit au Tribunal révolutionnaire, parce que ce député ne se trouvait pas pour le moment à Cambrai. Le Tribunal, après avoir examiné mes papiers et particulièrement ma correspondance, prononça que, depuis le commencement de la Révolution, je m'étais montré comme un franc et loyal patriote, et écrivit aux représentants du peuple près l'armée et à un de vos confrères adjoint au ministre de la Guerre. L'acte d'accusation étant aussi ridicule que le procès de mon pauvre Marat, ma défense fut pareille, et j'ose vous dire que je fus déchargé aussi honorablement.

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NOTES

« En sortant de là, je me transportai à mon poste-et reçus ordre d'aller sur le champ m'enfermer dans Dunkerque, ce que j'exécutai avec la plus vive satisfaction. O'Méara commandait dans cette place ; elle était absolument sans défense; les troupes désorganisées et harassées de fatigue par le désordre qui régnait dans l'armée.

« Je suis arrivé ici avec le général de brigade Soultam qui est un vrai sans-culotte; enfin, à force de travail, nous commençons à nous reconnaître. Pitt avait ici des agents; des papiers incendiaires ont été répandus, des signaux donnés à la flotte ennemie mouillée à trois quarts de lieue de la ville'; les matelots, frappés d'une terreur panique et probablement travaillés par l'aristocratie, s'étaient insurgés. Les représentants du peuple Hentz et Duquesnoy arrivés ici firent chasser de la ville tous les étrangers et les gens suspects ; Souham fit une proclamation dont je vous envoie un exemplaire et j'écrivis aux matelots dans le style franc et courageux d'un républicain. Ces hommes égarés avaient forcé leurs chefs à quitter la station et voulaient rentrer dans le port; ils ont reconnu leur erreur ; les sans-culottes sont bons ; il ne faut que les éclairer et leur mettre sous les yeux les dangers de la patrie. A l'heure où je vous écris, tout est rentré dans l'ordre nécessaire ; quelques arrestations faites à propos ont patriolisè les esprits ; les citoyens sont dans les bons principes, ils veulent la République, et paraissent disposés à seconder nos efforts. Nous avons besoin d'eux, car nous avons au plus sept mille hommes dans la place, qui n'est à proprement parler qu'un camp retranché qui demanderait quinze à dix-huit mille hommes.

« Les ennemis ont établi leur première parallèle, mais soit qu'ils manquent d'artillerie, soit qu'ils soient étonnés de la contenance que nous montrons, soit qu'ils aient été déconcertés par le remplacement d'hommes sur lesquels ils comptaient peut-être, ils ne nous ont point encore envoyé une bombe ni un boulet, et ce n'est que fort lentement qu'ils continuent leurs .travaux.

« Nous avons à la vérité pris des mesures et fait connaître à leurs partisans que nous avions résolu de laisser vin. 34

brûler la ville plutôt que de la rendre et que, dans le cas où ia garde citoyenne entreprendrait de nous forcer, elle devait s'attendre à voir tourner contre elle des armes qui sont destinées à combattre les tyrans et les traîtres. Malgré notre faiblesse, nous tiendrons bon, je vous en assure, et je crois pouvoir vous répondre de la conservation de cette importante place à la République;' on nous promet des secours prompts ■et puissants; tardassent-ils quinze jours à arriver, dans l'état où à force de travail la place se trouve maintenant, on peut 'les attendre. La société populaire ' s'est dissoute; j'espère qu'elle va rouvrir ses séances et que l'esprit public se ravivera.

« Salut et fraternité.

« L. Hoche. »

Le ministre de la Guerre à F Accusatew public près le Tribunal révolutionnaire*

■ Paris, le 12 pluviôse an II delà République.

« J'ai fait faire, dans mes bureaux, des recherches des -correspondances relatives aux généraux prévenus de trahison ou de suspicion. Leur correspondance n'offre rien de saillant ; ils ont toujours eu soin de s'y masquer; il est probable qu'ils avaient prévu de bonne heure le danger de donner des armes contre eux.

« C'est en établissant, par l'examen de leur vie privée, lleur plus ou moins d'éloignement du système populaire, qu'on jugera du motif de leurs mouvements militaires, et de l'inaction à laquelle ils ont condamné les troupes, et des fausses ■directions qu'ils ont données.

« Par exemple, par rapport à Kilmaine, on verra comment il s'est laissé tourner dans son camp de César ; pourquoi il n'a pas occupé Solesmes pour se lier avec la forêt de Mormal; pourquoi il a abandonné le terrain sans coup férir.

« Sur Desbrulys, chef .de son état-major, de quelle manière il en a rempli les fonctions.

. « Toutes les pièces de la garnison de Condé, du blocus et

NOTES

de la capitulation faite par Chancel , ont été envoyées au Comité militaire de la Convention nationale et je n'ai rien reçu à son égard, lors du débloquement de Maubeuge.

« Davesne m'a fait passer un mémoire que je joins ici ; Souham, qui s'est cru inculpé, y à répondu et j'y ai joint la réponse. On n'a pas mis assez de secret et d'accord dans les diversions et on a eu au moins la légèreté de publier des projets, comme s'ils avaient été exécutés.

« Gay-Vernon avait donné des inquiétudes aux patriotes par ses liaisons avec Custine et l'opinion où on était" en général qu'il n'ainiait pas le système populaire.

« Les patriotes avaient dans le temps bonne opinion du zèle et du républicanisme de Barthélémy; l'instruction fixera l'opinion sur lui.

« Demestre, si c'est le commandant du de cavalerie, était l'homme de conDance de Lafayette, pour la police de son armée, au mois de mai 1792.

« O'Moran est étranger; Landremonl et Schauembourg étaient ci-devant et ne jouissaient point de la confiance des patriotes.

« Laferrière est, dans le même cas. Je n'ai rien reçu de Landau sur les frères Landier et autres.

« La sagacité du Tribunal distinguera les coupables des innocents, et de ceux qui peuvent être suspects, et à éloigner des fonctions publiques. Si, dans le cours de l'instruction, tu as besoin de quelques éclaircissements résultant de la correspondance officielle, tu me l'indiqueras et je me ferai un devoir de la procurer au Tribunal.

« J, Boochotte. »

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