‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 283 sur 308 · Voir page · texte numérisé non relu

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« Perpignan, le 10 juillet 1793, l'an II de la République française.

« Les Représentants du peuple envoyés près l'armée des Pyrénées- Orientales au Comiti- de Salut public.

a Citoyens, nos Collègues,

a D'après les conférences que nous avons eues avec le général Fiers, tant en présence des officiers généraux lie l'armée que tête à tête, nous nous sommes convaincu de la nullité de ses talents militaires pour commander en chef l'armée des Pyrénées-Orientales; point de plan de déferîse d'arrêté, une versatilité continuelle dans ses projets, oui et non dans la même minute, suivant l'impulsion qu'il reçoit.

« L'armée ne le connaissait pas quand nous sommes arrivés ici. Il n'a rien fait pour bien monter la partie de l'espionnage, aussi ne sait-il jamais à temps les mouvements de l'ennemi; il a chargé de ce soin le citoyen Labarrière, l'un des adjudants généraux de l'armée, et le civisme de ce citoyen est suspect à plusieurs bons citoyens; on assure que le père d'un des courriers du général, qui est de Thuir, a émigré el sert d'espion aux Espagnols. Son état-major est mal organisé, aussi le service ne s'y fait pas comme il convient.

« Le général n'a ni le maintien ni le ton nécessaires pour gagner le cœur des soldats, l'affection et la confiance de ceux qui les commandent sous lui; enfin un général de division et deux généraux de brigade se sont crus obligés de venir nous prévenir qu'ils regardaient le général Fiers comme absolument incapable de commander l'armée en chef; et la seule chose qui soit en sa faveur, c'est qu'il a prié le Comité de Salut public, à ce qu'il nous à dit, d'envoyer un général pour le remplacer,

« Nous vous devions notre opinion sur le général en chef et nous venons de vous la dire. Nos collègues Bonnet et Fabre pensent de même à son égard. Nous espérons que le salut de la patrie vous déterminera à nommer un autre général en chef; hâtez-vous de faire un bon choix, si vous voulez sauver ce département-ci et ceux du Midi. En attendant, nous conti-

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NOTES. 53S

nuerons d'entourer le général Fiers de toute la confiance dont, il a besoin pour servir utilement la République, et qui que cesoït ne s'apercevra de notre façon de penser à son égard, jusqu'après votre réponse et son remplacement. . <t Salut et fraternité.

et ESPERT, PltOJEAIÏ . »

- Quelle que fût sa capacité, de Fiers était parfaitement fondé à se refuser à une attaque téméraire après le conseil1 de guerre dont nous allons rapporter la décision.

Renseignements fournis au Conseil de guerre tenu, en présence des Représentants du peuple, à Perpignan, te S août 1793,. tan îî de la République française.

« Le camp de Mas-Ros et les petits camps et cantonnements' jusqu'à la mer sont dans ce moment forts de 12 . 000 hommes,

« (Dans ces camps, il n'y a que 400 hommes de cavalerie en état de combattre).

« Si on voulait attaquer, il faudrait laisser dans les retranchements une force suffisante pour les garder, d'autant plus que la garnison de Perpignan et de la citadelle est extrêmement faible; il y a 626 hommes à la citadelle et 1000 dans la ville.

« Il y a au Mont-Libre 1.600 —

« Depuis Olette en suivant la Tel jusqu'à Perpignan, il y a- 4.000 —

« A Collioure 2.374 —

« ASalces, Leucate, sur les derrières et

les côtes 4-000 —

« Total ci . . 23.974 hommes..

« L'artillerie est composée d'environ 110 pièces de canon,, et trois petits obusiers.

« Nota. Il y a dans ce moment 22 voiles devant Col-

lioure; il paraît à la vue 8 vaisseaux de guerre et 8 frégates, le reste de brigantins.

A y-nue espagnole.

ii Grand camp 21.000 hommes

'i Argelès 3.000 —

« Depuis Bouttemer jusqu'à Villefranche 5.000 —

« IJIe, Thuir, Millas, etc 3.000 —

« Au Mont-Libre U . 000 —

« Total. . 36.000 hommes

dont 6.000 de cavalerie.

a Artillerie; 130 pièces de canon et 20 obusiers, sans compter les 20 pièces de canon d'Argelès, dont moitié de 2!i jusqu'à 8 et un obusier.

« Je certiûe que les canonnière disponibles de l'armée des Pyrénées-Orientales se montent à 800, dont 90 seulement de ligne.

« Lamautillière, commandant de l'artillerie de l'armée.

« A observer que la citadelle et la ville de Perpignan sont dénuées de souterrains à l'épreuve de la bombe, et qu'il n'y a pas sur les lieux assez de bois de blindage pour y suppléer, u Le chef de brigade directeur des fortifications, « Viaus.

<( J'engage les officiers généraux de motiver leur avis sur les données ci-jointes, à l'effet de répondre aux questions faites dans le mémoire et demandes ci-contre.

« 1" Êtes-vous d'avis d'attaquer Argelès avec Je secours de la garnison de Oollioure?

n 2' Êtes-vous d'âvis d'attaquer le grand camp des Espagnols?

« 3e Êtes-vous d'avis de faire des attaques particulières sur Millas, 111e, Vinça, Prades et Thuir, etc.?

NOTES

« ïie Dans.le cas d'attaque ci-dessus, quelle est la marche qu'il faudrait suivre?

« Flers. »

Quatre généraux de division, de Fiers, Puget de Barbentane, Dauvart et Dagobert; cinq généraux de brigade, d'Àoust, Giacomoni, Frégeville, Massia et Boiscouteau ; le commandant en chef de l'artillerie Lamartillière; le chef de brigade Vialis, directeur des fortifications, et le capitaine Andréossy, commandant le génie, prirent part à la délibération ouverte sur ces questions. La décision, comme nous l'avons déjà dit, fut rendue à l'unanimité et, pour éviter des répétitions inutiles, nous nous bornerons à reproduire l'avis le plus catégorique et le plus complet.

Opinion du général d'Aoust.

« Du 6 août 1793, an II.

« Première question. — Ètes-vous d'avis d'attaquer fe grand camp des Espagnols?

« L'avis unanime du conseil de guerre ayant été hier pour la négative, je ne m'étendrai sur cette question que pour prouver que les habitants de ce pays qui sont pour l'affirmative, de bonne foi, sont du même avis, sans s'en douter, que les Espagnols et les contre- ré voluttonnaires. Je regarde le camp en avant de Perpignan comme l'avant-chemin couvert et le véritable rempart de cette place, car l'ennemi, une fois maître des hauteurs où notre camp est placé, serait bientôt en possession des ville et citadelle de Perpignan, dénuées de souterrains à l'épreuve de la bombe et sans bois de blindage pour y suppléer; il n'est rien que les Espagnols ne tentent pour nous faire quitter notre position ; moyens extérieurs et intérieurs, tout leur est bon.

« Les moyens extérieurs consistent, sur terre, à étendre leurs troupes, et par mer, à menacer les côtes pour nous donner de l'inquiétude sur nos communications avec Tintérieur de la République, nous forcer par là à diviser nos forces et à quitter notre position.

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« Les moyens intérieurs sont de faire crier -par leurs partisans qu'il faut attaquer. Ces cris sont répétés par plusieursbons citoyens qui ne connaissent ni l'art de la guerre ni la faiblesse de nos moyens, que la prudence nous force à cacher. D'autres patriotes, victimes honorables de leur saint amour pour la cause sacrée de la Liberté et de l'Égalité, ont fui leur domicile souillé par la présence impure des vils satellites du despote castillan, et il est bien naturel qu'ils manifestent hautement le désir de rentrer dans leurs possessions.

« Résumé. — Si nous remportons la victoire, l'ennemi a sa retraite assurée au Boulou et derrière le Tech, ensuite dan& la suparbe position de Marcillas, et enfin sous le camp de Bellegarde.

« Si nous essuyons une défaite, nous livrons la France aux ennemis. Je crois qu'il vaut mieux garder notre position, ne rien donner au hasard, exercer et discipliner les troupes, et les pourvoir de tous leurs besoins, jusqu'à l'arrivée des renforts qui nous sont annoncés par le Comité de Salut public de la Convention nationale et le ministre de la Guerre.

<i Ainsi, mon avis est : Non.

u Deuxième question. — Êtes-voUS d'avis d'attaquer le camp^ d'Argelès avec les secours de la garnison de Collioure?

« Il faut pour cette attaque combinée qu'un corps de troupes, parti du camp en avant de Perpignan, passe le Recort, leCandal, prenne Elne, passe le Tech et attaque ensuite Argelès, qui est muni d'une citadelle formidable et où l'ennemi a eu trois mois pour se fortifier.

« L'ennemi, supérieur surtout en cavalerie, et qui a la droite de son grand camp postée au Mas-d'Eu, peut facilement nous attaquer avec avantage pendant une marche de trois lieues dans la plaine, pendant laquelle nous lui prêtons toujours le flanc, où il faut passer trois rivières, dont deux ne peuvent se traverser qu'en très peu d'endroits, vu que nous, n'avons pas une seule position, et enfin pendant l'attaque préalable d'Elne.

« Quant au retour, je le soutiens impossible par les rai-

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NOTES

sons ci-dessus; car s'il était possible de dérober notre inarche à l'ennemi, il est évident qu'on ne peut lui cacher notre retour par terre et, les ennemis étant les maîtres de la mer, il ne faut plus songer à revenir par là.

« Résumé. — Si nous sommes battus, le corps parti du grand camp est encore détruit et l'artillerie perdue.

« Si nous franchissons tocs les obstacles et que . nous soyons vainqueurs, notre camp dégarni de ses meilleures troupes, qui n'auront pu revenir, sera facile à emporter, et alors notre victoire aura les inconvénients d'une défaite.

« Collioure, avec une brave garnison de 237/( hommes, des munitions de guerre en abondance, des vivres pour six mois, doit tenir plus que le temps nécessaire à l'arrivée des renforts que nous attendons , et alors nous sommes sùrsd'obtenir un succès, qu'une démarche inconsidérée compromettrait sans retour, et de chasser l'ennemi non seulement d'Argelès, mais du territoire de la République.

u Ainsi mon avis est : Non.

« Troisième question, — Ètes-vous d'avis de faire des attaques particulières surMillas, lUe,Vmça, Prades elThuir, etc.?

« Je crois qu'il faut attendre qu'il nous soit arrivé au moins 2000 hommes de bonne troupe, car on ne peut les prendre sur notre grand camp sans l'exposer à être emporté ; H faudrait alors menacer l'ennemi. sur plusieurs points, par de fausses attaques combinées, tomber brusquement sur le poste qu'il aura dégarni, l'emporter, profiter sur le champ de notre avantage pour les chasser du confluent et occuper la position du Col de Boule, d'où nous lui couperons les eaux; nous pourrions ensuite nous porter à Corbère, . d'où nos chasseurs des montagnes l'inquiéteront sans cesse et lui couperont les vivres.

« J'observerai que le général de division Montredon, avec le corps de troupes sous son commandement, peut facilement empêcher les Espagnols de pénétrer dans l'intérieur; et quant au Mont-Libre, je le crois imprenable d'ici à dix mois, c'est-àdire au mois de mai, parce qu'il doit tenir (à moins de trahi-

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son) six semaines, ce qui mène jusqu'au delà du 15 septembre, époque où les neiges forceront les ennemis à lever le siège.

« Ainsi, quant à présent, mon avis est : Non.

« Quatrième question. — Dans les cas d'attaque ci-dessus, quelle est la marche qu'il faudrait suivre suivant votre avis?

« Elle se trouve dans mes réponses aux trois questions précédentes.

« Le général de brigade, chef de l'état-major général de l'armée des Pyrénées-Orientales,

« Daocst. »

Malgré cetie délibération, ou plutôt à cause d'elle, de Fiers fut destitué par l'arrêté suivant.

« Les Représentants du peuple près l'année des Pyrénées- Orientales arrêtent :

« Art. 1. — Le général Fiers, ayant perdu la confiance des citoyens soldats qui composent l'armée, est suspendu de ses fonctions et se retirera à vingt lieues des côtes et frontières, pour y attendre les ordres du ministre de la guerre.

« Art. 2. — Le général de brigade Nucé est pareillement suspendu de ses fonctions, et se retirera à Cahors, jusqu'à nouvel ordre.

« Abt. 3. — Le général de division Puget Barbentane prendra le commandement de l'armée des Pyrénées-Orientales,

a Art. h- — Le général de division Dagobert aura sous son commandement les troupes cantonnées depuis Olette inclusivement jusqu'à la Garonne. Il pourra requérir les gardes nationales des départements de la Haute-Garonne et de l'Ariège, des districts de Quillan et Prades,

« Art. 5. — Nul ne pourra faire partie, ni être adjoint à Pétat-major de l'armée, s'il n'a au moins trois ans de service.

« A Perpignan, le septième août, l'an 11 de la République française.

« Jean Espert, Fabre, Bonnet, Brousses, secrétaire. » La mauvaise fortune du général de Fiers ne s'arrêta pas

là. Il fut incarcéré à son arrivée à Paris, et impliqué plus tard dans la conspiration des prisons du Luxembourg. Le Tribunal révolutionnaire le condamna à mort le 4 thermidor an II.

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