LETTRES DU GÉNÉRAL BARBENT ANE
Le général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales au repn- sentant du peuple Fabre.
u Sigean, le 10 septembre 1793, l'an II de la République.
« Citoyen représentant,
a Au moment de mon départ de Perpignan, lorsque je vous faisais mes adieux, je vous ai demandé : Ai-je votre estime? Oui. Ai-je votre confiance ? Vous m'avez répondu ; Vous avez l'une et l'autre. Je vous ai déclaré que j'avais besoin de cette assurance de voire part; que, comme individu, je la prisais infiniment; que, comme représentant du peuple, je la regardais comme absolument nécessaire et que je renoncerais, sans cette certitude, à occuper le poste républicain auquel les circonstances m'avaient élevé, avec un dévouement bien, rare, vu la position de cette armée de la République.
« Actuellement, je vous réitère les mêmes questions ét je vous prie d'y répondre.
u 11 me revient de Perpignan toutes sortes de propos ; tantôt on y parle de mon arrestation, de ma destitution, que j'ai perdu la confiance. Ces bruits sont-ils l'effet des faux calculs, des fausses combinaisons de quelques individus de Perpignan? Sont-ils excités par des désorganisa leurs, des faux patriotes dont je découvre tous les jours le masque? Est-ce enfin seulement les aristocrates sortant de Perpignan qui cherchent, à les répandre? C'est à vous à qui je le' demande. Représentant du peuple, si vous le saviez, vous auriez pris un parti dicté par votre devoir, puisque c'est moi qui vous indique les bourdonnement qui sont venus à mes oreilles; vous examinerez sans doute, et je saurai à quoi m'en tenir par vous.
« Vous devez vous rappeler toutes les propositions que je vous ai faites à Perpignan. Je vous ai dit : comme général en ■chef, je ne puis rester dans cette ville du moment où je crois militairement que le quartier général doit être porté ailleurs, opinion qui n'a pas été seulement la mienne, mais bien celle des généraux Lafitte, Daoust, Frégeville, Giacomoni. Je vous ai ajouté : ne croyez-vous pas ma personne plus utile à Perpignan? J'y resterai avec la plus grande satisfaction. Et je disais vrai, comme je le dis encore, en vous répétant que j'aimerais mieux, pour mon propre compte, occuper ce poste que celui où je suis. Je vous ai offert d'aller prendre la place de Pintrépïde Dagobert, si, dans les circonstances pressées •où nous sommes, vous le jugiez plus utile au commandement en chef de l'armée. Vous m'avez laissé à ce poste et je ne dirai pas que j'en remplis tous les devoirs, car je le défierais à aucun individu quelconque; mais je dirai avec vérité que j'y passe les nuits et les jours de la manière la plus pénible par le peu de moyens secondaires, par l'insouciance, par la trahison qui nous entourent, et par l'extrême peine et sensibilité que j'éprouve à voir mes braves frères d'armes supporter avec un courage héroïquement républicain un bivouac prolongé depuis un mois, marchant nu-pieds et enfin manquant de tous les objets nécessaires
« Je ne vous cache pas que, comme on sait que vous avez donné des ordres pour ne rien laisser sortir de Perpignan, on se plaignait hier au camp de ce que les tentes n'arrivaient pas. Vous devez sentir quelle a été ma réponse. On a bien mis de la négligence à ce départ, malgré les demandes et les ordres réitérés; si elles ne le sont, portez-y votre vigilance active et fraternelle; faites joindre à cet envoi des outils de toute espèce -dont Perpignan doit avoir un superflu
« J'avais bien envie d'aller hier à Perpignan; je laisse à votre sagesse de décider si ma présence y serait utile. Pour peu que vous pensiez'à le croire, je trouverai personnellement •de la satisfaction à m'y rendre.
« Salut, fraternité, dévouement sans bornes,
« Puget Barbentake. m
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NOTES
Le général en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales aux représentants du peuple près la dite année.
« Au quartier général cie Sigeuiij le 12 septembre 1793, l'an II de la République française.
« Appelé à servir dans l'armée des Pyrénées, j'y suis arrivé au moment où la division des deux armées s'opérait ; je suis revenu à celle des Pyrénées-Orientales, parce que l'ennemi se trouvait Je plus près de la route que je tenais ; j'y ai contribué, comme général de division, à l'organisation du corps d'armée qui est actuellement au camp devant Perpignan ; j'ai combattu plusieurs fois à la tète de mes frères d'armes, et notamment à la journée du 17. Appelé par vous à prendre le commandement en chef, malgré la position critique, j'ai eu le ■courage républicain de prendre les rênes de ce pénible fardeau; j'ai rempli mon devoir. J'espérais que les événements intérieurs permettraient à l'armée de Carteaux de venir renforcer cette armée. Le travail immense que j'ai été dans le -cas de faire pour l'organisation, en même temps qu'il fallait s'occuper d'une défensive active, ont épuisé mes forces physiques. Cette armée n'ayant pas encore reçu de renforts conséquents, je sens qu'il est au delà de mon intelligence morale de la diriger. Je vous prie donc, citoyens représentants, d'en ■confier le commandement à un autre.
« Je serai bien aise d'avoir un ordre dé votre part pour me rendre au Comité de Salut public; j'y rendrai compte de mes opérations militaires et de ma conduite, et si je suis reçu avec la confiance que je crois mériter, je pourrai peut-être y être de quelque utilité par les renseignements que je serai dans le cas de donner. Si vous voulez me donner une autorisation pour prendre connaissance des moyens que les départements peuvent avoir à vous fournir, je mettrai un grand zèle et un grand intérêt à vous les faire parvenir ; sans cette autorisation, je ferai néanmoins tout ce que je pourrai
« J'avais véritablement espéré de contribuer à chasser l'Espagnol du territoire de la République ; il m'est pénible de
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partir sans avoir rempli ce vœu ardent; je cède à la nécessité des circonstances.
« Salut, fraternité et dévouement absolu.
« PUGET BàRBENTÀNE. »