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BIRON EN VENDÉE

(Voir page 294.)

Biron avait été arrêté à la fin de juillet 1793 et incarcéré à l'Abbaye. Sa santé était fort ébranlée depuis longtemps, et il demanda plusieurs fois à être jugé, ou à être autorisé à se retirer à la campagne pour se soigner. La question fut portée à la tribune le k septembre 1793, et Lecointe-Puyraveau proposa, au nom de l'humanité, de traiter Biron de la même manière qu'Anselme et Ferrand, qui étaient restés en état d'arrestation chez eux, sous la garde d'un gendarme. Mais la Convention refusa cet adoucissement, au nom de l'égalité, et Biron dut attendre en prison le jour de son jugement.

11 avait préparé pour sa défense un long mémoire justificatif. Nous préférons reproduire une partie des pièces sur lesquelles il s'appuyait.

Le général Biron au Comité de salut public.

h Wiort, le 12 juin 1793.

« Je n'ai pas encore tous les détails de l'affreuse déroute de Doué et de Saumur. La Commission centrale, sous les yeux de qui se sont passés ces tristes événements, en a sans doute informé le Comité de, salut public. Les causes en sont et en seront éternellement les mêmes, tant que l'on n'y apportera pas de remède : défaut d'organisation, d'instruction, de subordination; obéir paraît si loin de l'égalité que personne ne s'en -impose le dévoir. Il résulte de là que, dans beaucoup

d'occasions, des braves gens ne servent pas plus utilement que des lâches.

Quelques bons citoyens ont paru penser qu'un tel désordre provenait du défaut de confiance dans les généraux, et que les soldats en accorderaient davantage à un générai pris parmi eux. Je combattrais cette proposition s'il nous restait plus de généraux dont l'expérience militaire, l'habitude de commander à la guerre, dussent inspirer la confiance; mais la plupart de nos talents militaires sont aussi jeunes que la République, et la différence de l'expérience est peu considérable. Tentons donc ce moyen peut-être plus influent que tous autres sur les devoirs du soldat ; tirons de ses rangs un soldat estimé et unissant à sa confiance, l'exercice de la discipline, l'expérience des avantages qu'elle procure; il l'établira peut-être. Les plans de campagne ne lui manqueront pas plus qu'à nous, il sera facile de le débarrasser de la correspondance ; je m'en chargerai, s'il veut ; et si cela convient au nouveau général, je serai de bon cœur son premier aide de camp, ou le soldat le plus subordonné de son armée.

Mais je le répète, le métier de général est devenu impossible à faire, car on lui oppose chaque jour de nouveaux obstacles, de nouvelles difficultés. Je n'ai jamais manqué et je ne manquerai jamais au respect que je dois aux Commissions ou Sections de Commissions composées de représentants du peuple ; mais mon devoir me commande impérieusement de déclarer au Comité de salut public et à la Convention nationale s'il le faut, que les Commissions, sans doute très utiles dans le principe, se sont multipliées à tel point qu'elles sont véritablement devenues nuisibles au service de la République.

" Salut et fraternité.

« Bibon. »

Premier plan de campagne arrêté par les généraux, de concert avec les représentants du peuple, et en présence des commissaires du Conseil exécutif et du ministre de la Guerre rèvnis à Tours, le îi juin 1793.

v L'assemblée délibérant sur les moyens de réparer les

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NOTES

échecs quela République éprouve, depuis quelque temps, de là paî t des brigands répandus dans le département de la Vendée et autres circonvoisins, voulant arrêter leurs progrès effrayants et les suites funestes que peut entraîner la perte de Saumur ;

« Considérant que la marche constante des rebelles a été de réunir leurs forces, toutes les fois qu'ils ont voulu faire quelque tentative, et de nous attaquer toujours avec des forces supérieures;

« Considérant que le plan suivi de notre part jusqu'à ce moment, en divisant nos forces, entraînerait infailliblement la perte de la République, ainsi que le prouve une trop malheureuse expérience;

« Considérant que l'évacuation des différentes villes ne changera pas leur sort, puisqu'il est presque impossible que, dans la situation actuelle des choses, aucune puisse faire résistance, et qu'en recueillant les troupes de la République, on est assuré de délivrer d'une manière efficace tous les pays ravagés par les rebelles;

« Considérant enfin que, d'après différents rapports, l'esprit public est tellement gâté dans les principales villes, telles qu'Angers et Nantes, que l'on y parle hautement de-composition avec les brigands, et que les troupes républicaines y sont mal reçues; que ces villes d'ailleurs sont dépourvues de fortifications et autres moyens de défense; ' « H a été, par les généraux réunis, arrêté ce qui suit ;

u 1°. Il n'y aura qu'une seule armée.

« 2tt. Toutes les troupes qui se trouvent à Niort et lieux voisins marcheront sans délai sur Saumur, en passant par Doué,

« 3°. Toutes celles qui sont commandées par les généraux Barbazan, Granvillier, Hérault et Coustard, l'artillerie, les munitions de guerre, vivres et autres objets qui se trouvent à Angers et lieux voisins, se replieront sur l'armée de Niort, en passant par le pont de Cé pour se rendre à Doué, lieu de la réunion. Ce mouvement s'opérera aussitôt que les rebelles marcheront de Saumur sur Angers par la rive droite de la Loire; dans le cas où ils marcheraient uniquement sur la

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rive gauche de la Loire, toutes les forces d'Angers et des environs se réuniront au pont de Ce, et y feront face à l'ennemi, Enfin dans le cas où les rebelles se porteraient sur Angers par l'une et l'autre rive de la Loire, les troupes de la République chercheront à se faire jour à travers la colonne ennemie qui se trouverait sur la rive gauche et se réuniront, à Doué, à l'armée de Niort. Dans tous les cas, on aura la précaution de couper le pont de Cè, en le quittant, et de détruire les ouvrages qui peuvent être utiles aux rebelles.

« 4*. Les troupes qui se trouvent en ce moment ou qui arriveront à Tours, ainsi que celles de Chinon, Loudun et l'armée commandée par le général Salomon, seront destinées à se réunir à l'armée de Niort et seront disposées suivant les circonstances.

« 5°. Les forces qui sont à Machecoul se replieront aussitôt sur Nantes, afin d'y arrêter les brigands.

« Tout ce que dessus a été fait et arrêté par nous, généraux réunis à Tours, et sauf l'approbation du général en chef de l'armée des côtes de la Rochelle, auquel le présent plan sera envoyé à l'instant et extraordinairement.

« Le 11 juin 1795, l'an 11 de la République une et indivisible.

« Les généraux de division : Duhoux, Menoo.

« Les généraux de brigade : Alex. Beuthier, Santerre. »

« Nous, représentants du peuple réunis à Tours, ayant sévèrement examiné les mesures arrêtées dans le plan cidessus, déclarons qu'elles nous paraissent les plus efficaces pour arrêter les progrès des rebelles et sauver la République. « Fait à Tours les mêmes jour et an que dessus.

« Pierre Choudieo, Bodin, Richard, Tallien, Ruelle, Bourbotte, Delaunay. »

« Tout ce que dessus a été fait en présence des citoyens Lachevardière, commissaire national du Conseil exécutif et Parein, commissaire du ministre de la Guerre.

« Fait à Tours lesditsjour et an.

« Parein, Lachevardière. u

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NOTES

Deuxième plan de campagne du 25 juin 1793.

« Sur la réquisition des représentants du peuple réunis en commission centrale à Tours, de l'adjoint du ministre de la Guerre et des commissaires nationaux délégués par le Conseil exécutif provisoire, faite cejourd'hui aux généraux soussignés,

« Les généraux de division Duhoux, Labarolière, Menou et Goustard, et les généraux de brigade Berthier, Santerre, Fabrefond, Dutrey, Barbazan et Beffroy, réunis en présence des représentants du peuple , de l'adjoint au ministre de la Guerre et des commissaires nationaux, ont unanimement arrêté ce qui suit, après une mure discussion.

. « 1°. Sur la première question, de savoir, si l'on pouvait marcher avec l'armée de Tours, vu la nécessité de voler sans délai au secours de Nantes menacée par les rebelles ;

« Tous les généraux ont pensé que l'on pouvait marcher au secours de Nantes avec toute ta partie de l'armée de Tours qui se trouve suffisamment armée, équipée et organisée.

« 2°. Sur la seconde question ainsi posée : doit-on marcher.?

a L'avis de tous les généraux a été que l'on devait marcher le plus promptement possible.

« 3°. Et enfin sur la troisième proposition, qui consistait à savoir comment l'armée de la République marcherait ;

.« Tous les généraux ont été d'avis que l'armée marcherait à Nantes, sur le côté droit de la Loire seulement, savoir ; une colonne composée de la presque totalité des forces, par les chemins dans les terres ; et un petit corps de flanqueurs composé de troupes légères à cheval, par la levée ou au bas des coteaux qui font face à la rive droite de la Loire, et sur les hauteurs.

u II a été en outre unanimement arrêté que le présent plan serait adressé à l'instant au général Bironet que l'armée ne se mettrait en marche qu'après sa réponse.

« Il a été également arrêté que le général Biron sera in-

vité, ay nom du salut public, à faire tous les mouvements qu'il jugera nécessaires pour assurer l'exécution du plan cidessus, protéger et couvrir la ville de Tours où se trouvent les magasins de toutes les armées et où il ne restera qu'une force de 4,000 hommes ou environ en partie non armés, et même à entreprendre sur Saumur, s'il est possible, pour faire une diversion îavorable à l'exécution des mesures ci-dessus arrêtées.

h Fait et arrêté à Tours, le 25 juin 1793, l'an II de la République française.

« J. Labarolière, Barbazan, i. Mehou, Guy, Coustard- Saint-Lô, Alex. Berthier, Santerre. »

« Nous, adjoint au ministre de la Guerre et commissaires nationaux délégués parle Conseil exécutif provisoire,

« Après avoir pris communication du plan ci-dessus, déclarons que ces mesures sont les seules efficaces, dans les circonstances actuelles, pour le salut de la chose publique.

« Fait à Tours, lesdits jour et an.

« Ronsin, Lachevardière, Dumas. »

« Les représentants du peuple près l'armée des côtes de la Rochelle réunis en commission centrale à Tours, après avoir pris connaissance du plan de campagne et des dispositions militaires arrêtées cejourd'hui par les généraux ici présents et réunis en conseil général; considérant qu'elles ne peuvent avoir d'exécution qu'autant que le concert et l'ensemble le plus parfait seront établis entre les mouvements des deux armées de Tours et de Niort ; que le succès même des opérations dont il s'agit dépend entièrement de la direction à donner aux forces existant à Niort; arrêtent qu'il sera envoyé un courrier extraordinaire au général en chef Biron, pour lui communiquer lesmesures que la situation actuelle de la ville de Nantes a forcé les généraux d'adopter, et sur lesquelles il est requis, au nom -du salut public et sur sa responsabilité per-

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NOTES

sonnelle, de faire connaître sans délai sa résolution et ses projets.

« A Tours, le 25 juin 1793, an 11 de la République une et indivisible.

« Bourbotte, Ruelle, P.-N. Delhjnày, L. Turreau, Dandenai, P. Choudieu. »

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