PREMIER ARRÊTÉ DO COMITÉ DE SALUT PUBLIC
Séance du 28 juin 1793.
« Vu la lettre écrite, le 12 de ce mois, par le général Biron au Comité, renfermant copie de la lettre écrite à ce général par les généraux de division et de brigade réunis à Tours, des réquisitions qui lui ont été adressées par la Commission centrale des représentants du peuple, de la réponse du général à ces pièces, de la lettre au ministre de la Guerre, des états de l'armée des côtes de la Rochelle.
« Le Comité, considérant qu'à la nouvelle du danger de la ville de Nantes menacée par les rebelles, les généraux divisionnaires et les généraux de brigade réunis à Tours ont arrêté, le 25 de ce mois, que toute la partie de l'armée de Tours, suffisamment armée, équipée et organisée, se mettra en marche pour secourir Nantes, et qu'il ne sera laissé à Tours qu'une force de quatre mille hommes en partie non armés ; que le général Biron sera invité de pourvoir à la défense de cette dernière ville et de tenter une diversion sur Saumur;
« Que le citoyen Ronsin et les commissaires nationaux ont pris, le même jour, communication de cet arrêté et ont déclaré qu'il contient les seules mesures efficaces que l'on puisse employer pour le salut public;
« Que les représentants du peuple ont pris, le même jour, un arrêté portant que les mesures adoptées par les généraux de division et de brigade de Tours seront communiquées au général Biron, sur lesquelles il est requis, au nom du salut public et sur sa responsabilité personnelle, de faire connaître sans délai sa résolution et ses projets;
« Que les généraux de division et de brigade ont écrit le même jour au général Biron que, d'après la réquisition qui leur a été faite par les représentants du peuple, l'adjoint du ministre de la Guerre et les commissaires nationaux, ils avaient pris un arrêté relatif aux secours à envoyer à Nantes; qu'ils lui ont déclaré que, pressés de secourir cette ville, ils vont laisser la ville de Tours exposée aux tentatives des rebelles ; qu'ils l'ont invité de faire passer des forces à Tours ; qu'ils ont enfin prié le général de les éclairer sur une opération aussi importante ;
« Que le général Biron a répondu, le 26, aux généraux de division et de brigade qu'ils étaient sans doute plus en état que lui de juger quel parti ils peuvent tirer de leur position ; qu'il est nécessaire de couvrir la ville de Tours, qu'on doit regarder comme une barrière, et qui renferme des magasins précieux; qu'il leur a envoyé un état de son armée et des forces dont il peut disposer pour la défense de Tours, pour les mettre à portée de juger jusqu'à quel point leur plan est praticable; qu'il leur a déclaré de quelle partie de leur plan il peut seconder l'exécution, et quelle parlie il ne peut adopter, s'il n'en reçoit un ordre formel du Conseil exécutif;
« Qu'il a écrit le 26 au ministre de la Guerre pour annoncer qu'il ne se portera pas sur Saumur saris un ordre positif; que sa responsabilité doit cesser du moment où la Commission centrale veut influencer les opérations militaires, les discuter et les arrêter avec une publicité qui doit en empêcher l'effet; qu'il ne peut plus commander utilement l'armée des côtes de la Rochelle et qu'il prie le ministre de lui désigner à qui il doit remettre le commandement;
« Considérant que le conseil de guerre a été tenu d'une manière irrégulière et avec une sorte de publicité qui ne peut que contrarier l'exécution des meilleurs plans; que l'on a voulu influencer le général, et ne lui laisser aucune liberté de délibérer sur les mesures adoptées, en l'obligeant d'approuver le projet proposé ; que les réclamations du général sont fondées sur ce qu'exige le bien du service et l'intérêt de la République ;
« Que le général Biron étant investi de la confiance de la
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NOTES
Nation, il doit diriger avec liberté et sans influence secrète ou publique toutes les opérations militaires;
h Qu'il importe de prendre des mesures sagement concertées pour conserver la ville de Nantes, la défendre de l'attaque des rebelles, ne. pas exposer la ville de Tours et les magasins de la République, détendre et conserver Niort, la Rochelle et Saint-Maixent ;
« Arrête que le général Biron est invité de continuer de commander l'armée; que l'intérêt de la République ne per-, mettant pas d'accepter sa démission, son patriotisme ne lui permettra pas de persister à l'offrir ; que sans s'arrêter au plan des généraux de division et de brigade, approuvé par l'adjoint du ministre de la Guerre et les commissaires nationaux, autorisé par les représentants du peuple, ie général Biron fixera le plan qu'il jugera le plus avantageux et le plus utile à la République pour assurer la défense de Nantes dans l'extrême danger dont elle est menacée, ne pas exposer la ville de Tours et les magasins de la République, assurer Niort, la Rochelle et Saint-Maixent contre les entreprises des rebelles; qu'il dirigera les opérations militaires, dans lesquelles il ne pourra être influencé ni contrarié par les représentants du peuple ni par les agents du Conseil exécutif.
« Que les représentants du peuple seront invités de se conformer sans délai au décret de la Convention nationale qui les rappelle à leur poste, pour donner au Comité les instructions et les renseignements attendus sur l'armée des côtes de la Rochelle.
■ « Que le ministre de la Guerre rappellera le citoyen Ronsin, son adjoint.
« Qu'il rappellera pareillement ceux des commissaires nationaux qui ont assisté au conseil de guerre du 25 et ceux qui, dans les départements, sont une occasion de trouble et d'inquiétude relativement à la sûreté des propriétés.
H Que le ministre de la Guerre répondra sans délai aux demandes du général Biron concernant les généraux, adjudants et autres officiers et agents nécessaires au service de l'armée.
« Qu'il sera adressé une expédition du présent arrêté au
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HISTOlltE DE LA TERREUR.
général Biron, aux représentants du peuple réunis à Tours et au ministre de la Guerre.
« Cambon, Guyton, Ramel, LiiNdet, Saint-Just, Jean Bon-Saint-Andué, Hérault, Berlier, Delacroix. »
Les représentants du peuple membres du Comité de salut public au général Biron, commandant en chef de l'armée des côtes maritimes de l'Ouest.
« Paris, le 28 juin 1793.
« Les événements et la correspondance nous ont convaincus, général, que la multiplicité des commissaires était une source continuelle de difficultés et d'inconvénients. La Convention nationale avait été déterminée, par la force des circonstances, à autoriser un assez grand nombre de ses membres de se rendre à l'armée; on manquait de généraux, d'officiers; on n'avait point d'armée; les rebelles devenaient redoutables; les événements se succédaient avec une rapidité alarmante. On ne put se refuser au vœu manifesté de voir plusieurs de nos collègues se rendre dans leurs départements, où l'on croyait que leur influence, leurs liaisons, leurs alliances contribueraient, autant que la force des armes, à faire rentrer les rebelles dans le devoir.
« Il s'est formé un grand nombre de commissions qui se sont isolées, qui n'ont entretenu aucunecorrespondance entre elles, et qui ont adopté des plans et des projets qui n'avaient aucun ensemble et qui ne pouvaient nous promettre aucun succès.
« La Convention nationale a rappelé tous ses membres à leur poste; elle a fixé le nombre de ceux qui doivent se rendre à l'armée; ses nouveaux choix inspireront la confiance et rempliront l'attente publique.
« Vous connaissez, général, l'instruction décrétée par la Convention nationale ; vous savez de quelle considération et de quelle conûance elle a voulu investir les généraux.
« Depuis que vous êtes arrivé dans les départements de l'Ouest, vous vous êtes constamment appliqué à fournir et à.
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NOTES
organiser l'armée; vous avez arrêté un plan de campagne, vous avez justifie nos espérances.
« La représentatioa nationale sera à l'armée ce qu'elle doit être. Elle maintiendra l'ordre et la subordination; elle appellera la confiance et la fixera sur le général.
« Les grandes difficultés qui auraient pu s'opposer à vos succès sont écartées; tout concourra à assurer l'exécution de vos plans militaires. Vous avez servi la patrie, parce que vous l'aimiez ; vous continuerez de servir la République, et c'est à la tête de l'armée que vous commandez que vous devez la servir, dans les circonstances où vos succès doivent avoir la plus haute influence sur la liberté.
a Nous attendons, général, de votre civisme, de votre dévouement a la République, que vous conserverez le commandement de l'armée sur laquelle la République fonde ses espérances.
« Nous avons chargé le ministre de la Guerre de prendre en la plus haute considération tout ce que vous demandez pour l'armée, et de prendre sans délai les déterminations les plus utiles au service et les plus satisfaisantes pour le général.
« Cambon fils aîné, Berlier, D. V. Ramel. » .