LIVRE XLII
t'en défends pas; elles font honneur à ton courage. Achille pleurait aussi, les Romains ont pleuré. Les cannibales auxquels on t'a comparé ne pleurent pas. Aux cris unanimes de vive la République! la discorde a éteint ipour un instant son flambeau ; elle a étouffé de ses deux ^mains les serpents qui se cachaient dans sa chevelure |hideuse et qui, par leurs sifflements, auraient puela faire .^reconnaître; elle a fui. Le champ de Mars élait rempli de véritables républicains, de mères de famille qui, par leur exemple, donnaient à leurs enfants les premières legons de la vertu. Trois fois elles tirent le tour de l'autel de la patrie en chantant des hymnes saintes a. la liberté, trois fois le peuple répondit à ces accents si chers à son cœur. Le maire de la ville de Paris fit lecture du décret qui abolissait l'infâme loi martiale. A celte voix chère aux républicains, le peuple, en bénissant les représentants, répondit : Vive la Convention ! vive la liberté1! » On applaudit au récit de David. Hérault-Séchelles
t. Pour compléter le récit de celte fête, nous donnons des es traits d'un rapport de police adressé au ministre de l'intérieur, à la date du 24 juin. Ce document confidentiel fait un assez singulier contraste avec le compte rendu officiel de David.
u La foule n'était pas considérable. Le peuple ne se précipite plus pour voir les fêles; tout était calme et silencieux.
« Un adjudant général et ses trois aides de camp formaient la tète du cortège; puis venait un piquet de gendarmerie à cheval, puis des gendarmes à pied, puis des femmes, puis des canonniers et autres volontaires, puis encore des femmes, puis encore des canonniers.
« Je n'ai vu de la vie rien de si triste ; tout le monde, pauvres et riches, paraissait dégoûté. Je n'ai pas entendu un seul cri de vive la nalionl Vive la République! Le peuple a vu passer le cortège à peu prés comme il regardait passer jadis un convoi funèbre. »
expose les modifications que le Comité de salut public vient encore, à la dernière heure, d'apporter à son travail. L'Assemblée, après une assez courte discussion, écarte une partie de ces nouveaux amendements; puis, pressée d'en finir, elle vote par assis et levé l'ensemble de la Constitution. ;
Le ^24 juin, à six heures du soir, l'ex-comédien Collot-d'Herbois, alors au fauteuil de la présidence, proclamait l'adoption définitive de ce chef-d'œuvre, où l'on était convenu de voir le dernier mot de la philosophie moderne, mais qui n'était en réalité qu'un tissu de lieux communs mêlé de rêveries impraticables. On sait, du reste, que la Constitution de 1793 ne fut jamais appliquée. « Instrument de parti, œuvre de circonstance1 », elle était morte avant d'être née, et la Convention elle-même recula devant l'idée de mettre en mouvement « une machine sans vie, une roue sans moteur, qui, toute démocratique qu'elle était, menait droit à la dictature2 ». Comment s'en étonner? De tout temps, — hier encore nous en avions la preuve, — la démagogie s'est montrée impuissante à formuler en corps dé doctrine ses opinions les plus chères, et de l'aveu même des écrivains les plus autorisés du parti républicain, l'œuvre de 1793 ne restera dans l'histoire que pour attester aux yeux du monde la sanglante insanité de « l'utopie montagnarde* ».
i-, homs Blanc, t. IX, p. 20 et 22.
2, Michelet, Hisl. de la Révolu t. VI, p. 1E>5 et 187.