‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 54 sur 308 · LIVRE XL1Ï. <io · texte numérisé non relu

LIVRE XL1Ï. <io

lueurs funestes des 'torches de la discorde s'éclipseront. Aux acclamations de tout un peuple libre, les royalistes éperdus jetteront leurs armes, et le serpent colossal du fanatisme écrasé achèvera sa dernière convulsion. »

Chaumette profite de la circonstance pour rappeler, en termes fleuris, la récente victoire de la Commune et pour mettre insolemment le pied sur l'ennemi abattu.

« Le peuple, dit-il, va clairement connaître ceux de ses représentants qui, fidèles au plus sacré de leurs devoirs, ont constamment défendu sa cause, d'avec ceux qui, en se déclarant aujourd'hui conspirateurs et traîtres, ne font que jeter le masque dont ils n'ont plus besoin. .. Ils errent maintenant sur le sol de la République, les lâches ou plutôt les perâdes qui ont quitté leur travail avant la fin de la journée, et qui vont partout publiant que vous n'êtes pas libres... Vous n'êtes pas libres! et, depuis que cette calomnie est colportée, les meilleures lois sont sorties de vos mains, les mesures les plus grandes et les plus sages ont été prises pour sauver le peuple, la constitution enfin. la constitution est achevée! Est-ce ainsi que travaillent les esclaves? En vain quelques-uns de ceux dont nous parlons ici, semblables aux oiseaux nocturnes, se réfugieront-ils dans les gothiques donjons..., en vain,.à la faveur des ténèbres, ponsseront-ils des cris sinistres..., le soleil de la vérité les poursuivra de ses rayons vengeurs. Ces mots terribles aux traîtres : la cmstitution eut achevée^ retentiront de toutes parts autour d'eux. Vous serez vengés. »

Le représentant des corps judiciaires n'ajoute qu'une métaphore à toutes les images entassées dans les deux

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discours précédents; mais cette métaphore vaut à elle seule tout un poëme : « Par notre union, dit-il, nous allons former autour de vous un rocher indestructible. Quelque part qu'on le heurte, de ce rocher jaillira le feu du patriotisme, qui réduira en cendres les couleuvres de la rage et de la malveillance l. »

1. Des adhésions soi-disant populaires vinrent ajouter, les jours suivants, aux harangues officielles leur contingent de cynisme révolutionnaire. Nous prenons au hasard deux discours prononcés à la barre de l'Assemblée, lors du vole de la Constitution, l'un au nom d'une dépu talion enfantine par un marmot d'une dizaine d'années, l'autre par les bouquetières de la halle. « Président,

« Au nom de la République, je le présente ces fleurs;

« Enfant de cette République une et indivisible, je fais le serment de la défendre et de terrasser ceux qui oseraient la troubler; j'en ai te courage et j'en attends la force, «

A la Convention nationale.

« Citoyens législateurs,

n Des citoyennes bouquetières de différentes sections de Paris, républicaines dont les époux ou les enfants versenl en ce moment leur sang pour la défense de la patrie, se présentent au milieu de vous pour vous féliciter de vos heureux travaux.

« Nos mains, accoutumées à tresser des fleurs pour orner les grâces des citoyennes qui embellissent vos sociétés, n'ont jamais formé de couronnes pour les despotes et les tyrans, mais c'est avec les sentiments du plus vif amour, qu'elles ont arraché au chêne son feuillage pour venir vous présenter dus couronnas civiques comme un garant de notre joie.

« Cet hommage que nous vous offrons, ciloyens, nous ne le prodiguons pas, car on ne nous voit point courant auprès des hommes élevés en place, les forcer d'accepter des bouquets que l'intérêt présente plutôt que la fraternité et la confiance. Non, tranquilles dans nos places, nous veillons avec activité à un commerce honnête, et

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Billaud-Varennes demande ensuite la parole pour une motion d'ordre : « II reste, dit-il, à la Convention à consacrer cette journée célèbre par un décret populaire et bienfaisant : c'est l'abrogation de la loi martiale. Cette loi ne peut être utile que pour les tyrans, et le jour où vous proclamez une constitution populaire, cette loi de sang doit disparaître. Faites qu'aujourd'hui, dans leur réunion fraternelle, les citoyens disent : Le champ de la fédération ne sera plus abreuvé du sang des patriotes. »

De vifs applaudissements accueillent cette motion; ils redoublent lorsque la Convention se lève pour l'adopter.

Un membre de la dépulation parisienne, admis à la barre, demande à présenter une pétition au nom de la section des Gravilliers; mais Robespierre s'y oppose; il tient à prononcer ie dernier mot de cette séance théâtrale; il veut la clore par un de ces mouvements de sensiblerie calculée où il est passé maître. « Il faut, dit-il, que les esprits des citoyens et ceux de la Convention restent aujourd'hui fixés sur ces idées , touchantes et sublimes présentées par les autorités constituées au nom des citoyens de Paris. Livrons-nous au sentiment consolateur qu'elles inspirent; livrons -nous à l'achèvement de la Constitution. Ce jour est une tête nationale; tandis que le peuple jure la fraternité universelle, travaillons ici à son bonheur. » Malheureusement pour l'effet final, le rapporteur n'était pas prêt à faire une dernière et solennelle lecture de l'ensemble de l'acte constitutionnel;

nous allons retourner pleines de satisfaction à nos devoirs de mères et d'épouses.

après une discussion aussi rapide et, on peut le dire, aussi saccadée, les articles avaient besoin d'être coordonnés. Hérault-Séchelles annonce qu'il ne pourra lire la Constitution que le lendemain à une heure; mais il ajoute en même temps : « Comme rien ne doit manquer à celte heureuse journée, je demande que la séance soit levée et que nous nous mêlions à nos frères et à nos amis. » Cette proposition est accueillie d'enthousiasme, et avant qu'on se sépare, une dernière démonstration a lieu en l'honneur du peuple. Les députalions des autorités constituées obtiennent ta permission de défiler devant l'Assemblée. Les officiers municipaux de toutes les communes du département se précipitent dans l'hémicycle; les citoyens, divisés en légions et précédés de tambours, traversent la salle aux cris enthousiastes de vive la République! vive la Montagne! vive le 31 mai! Puis la Convention se transporte au champ de Mars pour assister à la fête civique qui a été préparée.

Le lendemain, à l'ouverture de la séance, David, le grand ordonnateur de toutes les cérémonies de ce genre, vient rendre compte de la joie officielle manifestée par le peuple et la force armée, réunis sur le champ de la fédération. Yoicï quelques passages du discours prononcé à cette occasion par le futur premier peintre de S, M. l'empereur et roi :

« Comment vous retracerai -je les émotions vives de ce peuple généreux serrant, dans ses bras reconnaissants, les députés vertueux qui s'étaient voués sans réserve à la mort plutôt que de trahir ses intérêts?

« J'ai vu couler tes larmes, peuple magnanime, ne

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