LIVRE XLIII
et traduits, soit au Tribunal révolutionnaire de Paris, soit devant quelqu'une de ces sanglantes assises qui s'ouvrirent en province, à l'instar de la capitale; presque tous payèrent de leur tête les velléités de résislance que le souci même de leur sûreté les avait empêchés de pousser jusqu'au bout. Ils périrent lentement, un à un, sans éclat pour la gloire de leur nom, et sans profit pour les intérêts de leur parti.
Au milieu de la défaillance générale, quatre villes méritent surtout d'être signalées pour l'énergie de leur attitude, et nous devons retracer rapidement les événements dont Lyon, Marseille, Bordeaux etCaen furent le théâtre jusqu'au 15 juillet 1793.
Pour bien comprendre l'histoire du soulèvement de Lyon, il est essentiel de remonter un peu en arrière. Nous avons laissé la seconde ville de France aux mains du parti démagogique *, plus ou moins secrètement favorisé par les trois commissaires de la Convention Rovère, Basire et Legendre. A ceux-ci avaient bientôt succédé quatre autres représentants animés du même esprit; c'étaient Dubois-Crancé, Gauthier, Nioche et Albitte. Officiellement, ils étaient envoyés près de l'armée des Alpes; mais leur action s'étendait en fait sur tous les départements compris dans le cercle de ravitaillement de cette armée. Ils arrivèrent à Lyon lé 12 mai, et ils convoquèrent pour le lendemain, à la maison commune, tous les corps administratifs. Le procès-verbal de cette réunion constate que les Jacobins
t. Tome Vf, p. 249.
lyonnais s'y trouvèrent en force, et que, sans aucun mandat, ils délibérèrent pêle-mêle avec les autorilés constituées du déparlement, du district et de la commune.
Celte assemblée arrêta :
1° Qu'il serait levé à Lyon une armée révolutionnaire de six mille quatre cents bommes, divisée en buit bataillons, dont les deux premiers seraient dirigés sur la Vendée, et les six autres resteraient attachés au service de la ville;
2° Qu'il serait pourvu aux dépenses de celte armée par un emprunt forcé de six millions à prélever sur les capitalistes, les propriétaires et les négociants, par mandats impératifs dont le terme falal était de vingt-quatre heures ;
3° Qu'il serait institué un Comité de salut public pour veiller à la formation de l'armée, à la levée et à l'emploi de l'emprunt.
Il fut décidé en outre :
i* Que la société populaire, autrement dit le club des Jacobins, en récompense des services importants qu'elle avait rendus et qu'elle rendait chaque jour à la cause de la liberté, serait gratifiée d'un nouveau local, (l'église desmissionnaires}, dont'les réparations seraient mises à la charge du département;
2° Que la distribution des feuilles modérées, notamment des journaux de Gorsas et de Brissot,serait interdite ;
3" Que les numéros saisis seraient immédiatement brûlés ;
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France