LIVRE XLIII. m
h" Qu'enfin la Convention serait suppliée de ne pas retarder plus longtemps rétablissement, à Lyon, d'un Tribunal révolutionnaire.
Les quatre représentants du peuple approuvèrent par leur signature cette charte de la démagogie lyonnaise
A l'occasion de cet arrêté, Chalieret ses amis rédigèrent la formule d'un, nouveau serment qui devait être prêté par tous les citoyens admis à faire partie de l'armée révolutionnaire. Celte pièce donne !a mesure des garanties que présentait son organisation. Elle est ainsi conçue :
« Je jure de maintenir la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de )a République, la sûreté des personnes el des propriétés; mais aussi d'exterminer tous les tyrans du monde et leurs suppôts qui sont désignés sous le nom d'aristocrates, de feuillanlins, de modérés, d'égoïstes, d'accapareurs, d'usuriers, d'agioteurs, et tous les inutiles citoyens de la caste sacerdotale, ennemie irascible de la liberté el protectrice du despotisme el de la tyrannie. »
Avec de pareilles armes le triomphe de la Montagne semblait assuré et les quatre commissaires de la Convention s'éloignent ensemble de Lyon*. Aussitôt
J. Voir dans V Histoire parlementaire de MM. Bûchez et Bous, lome XXVII, p. 414, le leste même de cet arrêté qui n'a pas moins de vingt-neuf articles.
2. * Ils partent, ils crèvent un des plus beaux chevaux d'artillerie, et laissent au Comité de salut public le soin d'entretenir avec eus une correspondance journalière- » [Journal de Lyon, n° du 4 juin 179.3.)
après leur départ, les Jacobins se mettent à l'œuvre. Le Comité dit de salut public, nommé et dirigé par eux, était revêtu du pouvoir exorbitant de désigner, par voie de réquisitions directe, les citoyens appelés à former la nouvelle force armée. Il eut soin de placer dans les deux premiers bataillons, destinés pour la Vendée, tous ^ les jeunes gens suspects de tiédeur et de modéranlïsme; il réunit, au contraire, dans ceux qui devaient être alTectés à la police de la ville tous les vrais sansrculotles, c'est-à-dire tous les hommes sans aveu et sans moyens d'existence. De même dans la perception de l'emprunt forcé, il usa des mesures les plus vexatoires et ne recula devant aucune exaction.
Ces faits furent portés à la tribune de la Convention par Chasset, qui, dans la dépulation de Rhôneet-Loire, était le chef du parti modéré. Le résultat de cette dénonciation fut un décret, en date du 15 mai, qui déclarait nulle et non avenue toute érection de tribunal révolutionnaire à Lyon et autorisait chaque citoyen à opposer, au besoin, la force a la force.
Celte décision ne diminua en rien l'audace des Jacobins, mais elle rendit quelque énergie aux opprimés. La majorité des sections professait des idées d'ordre et de légalité. On en avait eu la preuve dans la nomination de Gilibert, alors qu'il était retenu en prison par Chalier et ses amis Pour opposer une .digue au flqt montant de la démagogie, les sections se constituent en permanence et établissent leur centre d'action a l'Arsenal.
J. Tome VI, p. îot.