LIVRE XLIII
Elle était à eux en effet, car rien ne s'opposait plus à leur marche. Le soir même ils entraient sans coup férir dans Évreus, que Puisa ye venait d'évacuer pour se retirer sur le Calvados.
La nouvelle de ce qu'on appelait pompeusement la victoire de Pacy fut reçue avec enthousiasme par la Montagne. Celle-ci fêta son triomphe par une série de mesures où se retrouvent accouplés cet impérieux besoin
« Que les citoyens égarés, qui avaient été attendus à midi pour fraterniser, commencèrent les hostilités;
« Que les gendarmes qui occupaient le château de Brécourt, au nombre du 25 ou 30, furent obligés de se replier;
« Qu'ils donnèrent avis à la municipalité de Vernon de l'arrivée des rebelles;
e Que ce plan de trahison des conjurés avait été concerté entre eux et que l'avis en était parvenu à de très-grandes distances;
« Que la gendarmerie se montra avec supériorité; qu'aussitôt qu'elle fut réunie, elle gagna les hauteurs de Vernon, fût au château de Brécourt;
a Que )cs rebelles s'étaient retirés et n'osèrent atlendre sa présence;
« Que ia gendarmerie s'est conduite avec le courage et la fermeté que l'on doit attendre des soldats de la liberté ;
« Que le 13 elle a rendu les plus signalés services; que le feu de ses pièces d'artillerie a fait disparaître l'attroupement des rebelles;
« Que Puisaye avec dix pièces de canon n'a pu soutenir le feu des deux pièces de la gendarmerie.
« Arrêté à Évreux, le 25 juillet 4793, l'an II de la République.
« Dunov, R. Lindet, représentants du peuple; Sepiieiï, général.»
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
de vengeance qui inspire les plus niaises représailles et cetli sentimentalité bucolique dont faisaient parade» à l'instar de J.-J. Rousseau, les coryphées de la démagogie. Un même décret -décida: 1° que la maison de Iïuzot à Evreux serait rasée, et qu'à la place il serait élevé une colonne avec cette inscription : « Ici fut l'asile du scélérat Buzot qui, représentant du peuple, conspira la perte de la République.* » —2° que le retour de la liberté dans la ville d'Évreux serait célébré par le mariage de six filles républicaines avec six républicains ; que ces filles seraient choisies par une assemblée de vieillards de la localité, et qu'elles seraient dotées aux Trais du trésor national.
Le 16 juillet, Robert Lindet et Duroy entraient triomphalement dans Evreux. La ville était dans la stupeur, beaucoup d'habitants avaient fui; on disait que l'armée parisienne avait perdu dix-huit cents hommes et qu'elle arrivait altérée de vengeance. Les représentants rassurent les magistrats accourus au-devant d'eux et leur apprennent que pas un seul homme n'a péri dans les rangs des vainqueurs1. Us font ensuite afficher un arrêté pour inviter les habitants à se réunir le soir même dans la cathédrale. Les deux commissaires s'y présentent à huit heures. L'assemblée était morne et inquiète. Robert Lindet monte en chaire , reproche à ses compatriotes leur conduite coupable, dont il a soin
1. C'est ce que dit positivement !a lettre, en date du 16 juillet, adressée par Robert Lindet à la Convention. On peut l'en croire sur parole.