LIVRE XLIII
Le 13 juillet, les deux armées s'étaient avancées jusqu'à une très-petite distance l'une de l'autre. Les Parisiens étaieût à Vernon, les Normands à Pacy-sur^- Eure. Ces deux villes, situées, la première dans la vallée de la Seine, la seconde dans la vallée de l'Eure, sont éloignées l'une de l'autre d'environ trois lieues. Sur le sommet du plateau qui les sépare, s'étend une petite plaine encadrée de deux forêts, au milieu de laquelle s'élève le château de Brécourt. C'était là le point stratégique important à occuper; mais des deux côtés on hésitait à en venir aux mains. Enfin, après quelques, marches et contre-marches, et à la suite de pourparlers qui n'aboutissent pas, les fédéralistes se décident à entrer dans le château de Brécourt, puis ils poussent jusqu'aux portes de Vernon, où ils rencontrent les avantpostes enneinis^ Un des commissaires civils attachés à l'armée girondine est envoyé en parlementaire; il lève son chapeau en signe de paix, et montre la proclamation qu'if vient lire au nom des départements insurgés '. On le reçoit par une décharge de mousqueterie suivie d'une volée de coups de canon. La mitraille hache les branches d'une rangée de pommiers -sous lesquels bivouaquait I'avant-garde des volontaires normands. Ceux-ci s'apprêtent à riposter; mais, à ce moment, les conducteurs de l'artillerie fédéraliste, individus racolés à prix d'argent dans les cabarets de Caen et d'Évreux, coupent les traits de leurs chevaux et s'enfuient. La cavalerie
9. On trouvera aux Pièces justificatives le texte même de celte proclamation, que nous avons eu le bonheur de retrouver.
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essaye de les arrêter ; elle se trouve elle-même entraînée. Le reste de l'avant-garde, se voyant abandonné, lâche fied et se disperse à travers champs. L'armée se replie alors par la roule même qu'elle a suivie le matin. Dans ce désarroi général quelques coups de canon sont tirés pour couvrir la retraite; ils jettent le désordre dans les rangs des Parisiens, qui font eux-mêmes volte-face; maïs ceux-ci se rassurent bientôt en voyant fuir les Normands1; leurs bataillons se reforment et campent sur le champ de bataille. Le lendemain, trouvant la roule complètement libre devant eux, ils sonnent la victoire.
1 . Il paraît que cette panique atteignit spécialement les gendarmes qui composaient en grande partie l'avant-garde de l'armée parisienne. Voïci néanmoins le salisfecii, rédigé sans doute par eux-mêmes, qu'ils firent signer aux chefs de l'expédition et qu'ils s'empressèrent d'envoyer au président de l'Assemblée. Au milieu des exagérations et des contre-vérités .dont fourmillent toujours les certificats de ce genre, on ytrouve certainesindicationsqu'il nousa paru bonde relever à l'appui de notre récit. Comme il arrive ordinairement, les fabricateurs de certificats rojeitont les fautes qu'ils ont pu commettre sur le compte d'une prétendue trahison, et sur un guet-apens des fédéralistes.
« Les représentants du peuplesoussignéscertifient, que l'alerte du M juillet auprès de Vernon était une perfidie des conjurés; que les gendarmes de la 33* division avaient donné les jours précédents des preuves de la meilleure tenue et d'une conduite ferme; qu'ils avaient profité des entrevuesel des occasions qui s'étaient présentées pour inviter à la fraternité les citoyens égarés qui étaient sous les ordres de Puisaye ; qu'ils en avaient reçu des marques de réciprocité et de confiance; que le i 2 quelques-uns de ces citoyens égarés devaient se rendra à Vernon pour conférer et fraterniser ; qu'au lieu de suivre ce projst, ils se présentèrent en force, à quatre heures après midi, dans la plaine de Brécourt, avec toute leur artillerie; qu'il leur fut reproché qu'ils étaient des traîtres;
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