LIVRE XLI
« Tout le monde sait, répond brutalement Bourdon (de l'Oise), que la Convention a été contrainte de sauver la République; tout le monde sait qu'elle s'est délivrée d'un tas d'intrigants qui voulaient la perdre. »
L'Assemblée, docile aux injonctions de ces deux démagogues, et pressée d'en finir une bonne fois avec les plaintes et les récriminations, décide que toute pétition, toute adresse relative aux événements du 2 juin, sera renvoyée sans être lue au Comité de salut public.
Le lendemain, Fonfrède, que la générosité de Marat avait bien voulu épargner, et qui continuait de siéger sur les bancs solitaires de la droite, réclame l'exécution du décret qui oblige le Comité de salut public à faire dans les trois jours un rapport sur les représentants arrêtés. « On est, dit-if, au quatrième jour, et ce rapport n'est pas fait. Ce n'est pas tout. Les pièces annoncées à la barre de la Convention par Lhuillier et Hassenfratz n'ont pas été transmises par la Commune. Il n'y a pourtant pas de temps à perdre : ' si l'arrestation de magistrats municipaux a produit à Paris une espèce d'insurrection, n'est-il pas à craindre que celle de représentants du peuple n'en amène une véritable dans la République entière? Qu'on y songe, la peine du talion serait ici légitime : si des hommes armés sont venus exiger le décret d'arrestation, d'aulres citoyens également armés ne peuvent-ils, usant du même droit, venir réclamer l'abrogation immédiate de ce décret? »
La gauche se récrie contre ces paroles. « Voilà bien la preuve, dit Chabot, qu'il y a un complot pour allumer la guerre civile, en haine de ceux qu'on appelle les
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S HISTOIRE DE LA TERftEOR.
agitateurs de la Montagne; mais, puisque nous avons la paix par une simple mesure d'arrestation, nous prouverons à nos ennemis que nous ne voulons pas leur tète.
— Demandez-la donc, reprend Fonfrède. J'insiste sur le rapport du Comité de salut public, car je ne reconnais pas ici de Convention, tant que les membres arrachés par la force du sein de cette assemblée n'y seront pas rentrés. »
L'inévitable ordre du jour vient couper court à celte énergique protestation.
Le 6, la discussion se renouvelle à propos d'une seconde lettre de Vergniaud. La Montagne en interrompt la lecture en invoquant le décret du k. qui renvoie au Comité de salut public toutes les pièces relatives aux députés détenus. « Mais ce décret n'existe pas! s'écrie Doulcet; celui qui a été rendu ne concerne que les pétitions. Le Comité de salut public se trouve embarrassé; il a écrit à la Commune pour se procurer les pièces de conviction. Ces pièces n'ont pas été Fournies. Je demande donc qu'on lise en entier la lettre de Vergniaud, et que le Comité de salut public soit tenu de faire demain à midi son rapport, et sur les dénoncés, et sur les dénonciateurs. »
Thuriot s'érigeant, suivant sa coutume, en défenseur officieux de la Commune répond à Doulcet : « C'est vouloir sauver les coupables que de hâter un rapport dont les seules bases sont précisément les pièces que le Comité n'a pu encore se procurer. Celui-ci attend toujours les papiers de la Commission des douze, sans compter d'autres pièces qu'il n'a pas eu le temps d'exa-