‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 82 sur 308 · LIVRE XL1V · texte numérisé non relu

LIVRE XL1V

•A celle imputation, Charlotte s'écrie indignée :

« Le monstre! il me prend pour un assassin! »

Dans sa conviction, elle n'avait pas assassiné; elle avait \engé le genre humain.

Le président, pour se conformer à la loi, avait donné à Charlotte Corday un défenseur d'office ; c'était l'avocat. C'.iauveau-Lagarde Celui-ci n'avait pu conférer avec sa cliente sut le système de défense qu'elle désirait adopter. Mais il avait vu dans ses réponses comme dans sa contenance qu'elle ne voulait pas être justifiée. L'avocat fut digne de l'accusée. Il laissa à l'attentat toute sa grandeur et se contenta de prononcer quelques mots où l'apologie de l'action se déguisait sous ia modération du discours. En entendant ce fier langage où l'âme même de Charlotte semblait vibrer tout entière, président, juges, jurés, accusateur publie restent cloués sur leurs bancs, muets et glacés de terreur. Fouquier- Tinville né songe à faire taire l'audacieux avocat que lorsque déjà celui-ci a terminé sa courte et courageuse plaidoirie.

h. L'accusée, dit Chauveau-Lagarde, avoue avec sang-froid l'horrible attentat qu'elle a commis; elle en

4. Charlotte Corday avait désigné pour son défenseur Guetave Doutent de Pontécoulant, député du Calvados. Il ne so présenta pas à l'audience, et Charlotte, dans ses dernières lettres, l'accusa de lâcheté. Elle avait tort. L'avis ne parvint à Pontécoulant que le lendemain de l'exécution; on le lui avait adressé à la Convenlion, où il ne paraissait que rarement depuis le 31 mai. Tous cesfaits.oot été mis hors de doute par la publication des pièces authentiques; de l'accusation de Charlotte Corday il ne doit donc rien rester qui puisse entacher la mémoire de l'illustre Girondin.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

avoue la longue préméditation ; elle en avoue les circonstances les plus affreuses; en un mot, elle avoue tout et ne cherche pas même à se justifier. Voilà, citoyens jurés, la défense tout entière. Ce calme imperturbable et cette entière abnégation de soi-même qui n'annoncent aucun remords, et, pour ainsi dire, en présence de la mort même; ce calme et cette abnégation sublimes sous un rapport ne sont pas dans la nature; ils ne peuvent s'expliquer que par l'exaltation du fanatisme politique qui lui a mis le poignard à la main. C'est à vous, citoyens jurés, à juger de quel poids doit être celte considération morale dans la balance de la justice. Je m'en rapporte à votre prudence *. »

Le verdict du jury ne pouvait être douteux. A l'unanimité, Charlotte est déclarée coupable du meurtre de Marat, et condamnée à mort. Elle entend son arrêt sans trahir sur sou visage la moindre émotion. Elle était prête depuis longtemps pour le sacrifice. Tout cet appareil juridique n'est à ses yeux qu'une lormalité qui mérite à peine son attention.

-I . Après sa condamnation, Charlotte remercia son défenseur eu des termes dignes d'un héros de Plutarque.

u Monsieur, lui dit-elle, je vous remercie du courage avec lequel vous m'avez défendue d'une manière digne de vous ët de moi. Ces messieurs, — en montrant les juges, — me confisquent mon bien. Je veux vous donner un témoignage do ma reconnaissance. Je vous prie de payer pour moi ce que je dois à la prison. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 1