LIVRE XLIV
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employé aux gros ouvrages de la maison assène à Charlotte un coup violent sur la tête, la renverse. et îa maintient sous ses pieds jusqu'à ce que la garde arrive. Charlotte ne résiste pas, elie demeure impassible.
En un instant, la nouvelle de la mort de Marat s'est répandue dans tout Paris. Des chirurgiens, des commissaires, des administrateurs de police, des membres du Comité de sûreté générale arrivent successivement et procèdent aux constatations. A toutes les questions, à toutes les injures qu'on lui adresse, Charlotte oppose un qalme qui déjoue toutes les ruses, toutes les insinuations. Elle déclare qu'elle a quitté Caen avec le dessein prémédité de tuer Marat. Elle affirme n'avoir communiqué son projeta personne, et n'avoir eu d'autre but que de sauver- son pays, en frappant le principal auteur des maux qui affligent la France. Le soir même, elle est conduite à l'Abbaye, puis à la Conciergerie. Le 18 juillet, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire. Trois jours avaient suffi pour entendre les témoins et faire subir à l'accusée les interrogatoires préliminaires. .
Les débats du procès n'apprennent rien de nouveau; notons seulement quelques réponses qui prouvent que Charlotte était la digne nièce du grand Corneille, car oa y retrouve l'énergie toute romaine de l'illustre auteur de Cinna.
« Qui vous a engagée, lui demande le président, à commettre cet assassinat?
— L'accusée, On exécute mal ce que l'on n'a pasi conçu soi-même. !
. — Le président. Le moyen que vous avez employé pour pénétrer chez Marat tient de la perfidie.
— L'accusée, Je conviens que ce moyen n'est pas digne de moi, mais ils sont tous bons pour sauver son pays. D'ailleurs j'ai dû paraître l'estimer pour arriver à lui. Un tel homme est soupçonneux.
— Le président. Qui vous avait donc inspiré tant de haine contre Marat?
— • L'accusée. Je n'avais pas besoin de la haine des autres, j'avais assez de la mienne.
— Le président. En lui donnant la mort, qu'espériez-vous ?
— Uaccusée, Rendre la paix à mon pays.
— Le président. Croyez-vous donc avoir assassiné tous les Marat ?
— L'accusée. Celut-là mort, les autres auront peur peut-être. »
On lui présente le couteau dont elle s'est servie pour tuer Marat. A la vue du sang dont il est encore couvert, elle éprouve le seul mouvement d'émolion qu'elle ait manifesté pendant toute la durée de cette longue séance : « Je le reconnais », dit-elle, d'une voix entrecoupée et en détournant la tête.
Fouquier-Tinville rappelle la violence du coup qui a frappé Marat, et fait observer qu'il fallait que l'accusée se fût exercée d'avance.