LIVRE XLV
songer à s'emparer de Nantes, et les chefs vendéens donnent le signal de la retraite. Elle se lit dans un désordre tel que les généraux républicains ne pouvaient croire à l'étendue de leur succès1. II était surtout gros de conséquences. Cathelineau représentait le génie populaire des campagnes. Il était l'âme du pieux: et sombre Bocage, et le coup qui sauvait Nantes frappait la Vendée même. .
La guerre n'était pas prés de finir pour cela. Elle .allait seulement changer de caractère et prendre des habitudes d'inhumanité dont la première responsabilité incombe à Westermann. Déjà célèbre par la façon dont ii avait pilié et dévasté les églises de Belgique, ce général commandait à Saint-Maix.ent la légion germanique et rêvait de nouveaux exploits. Ami de Danton, convive habituel du banquier de Cock avec Hébert, Vincent et Ronsin, il était certain de ne pas être désavoué en terrorisant la Vendée.
Le 1er juillet, il se porte sur Amaillou. Sous prétexte de « venger les bons patriotes de Parthenay auxquels on n'a laissé que les yeux pour pleurer, et de leur remplacer les objets qu'ils ont perdus, » il livre ce village au pillage et y fait ensuite mettre le feu. Le lendemain, c'est le tour du château de Clisson, demeure de Lescure. « Il n'est pas resté une pierre sur l'autre, » écrit Westermann ; « partout les brigands fuient devant moi et j'irai les voir à Chàtillon, ;iprès avoir brûlé le château de La Rochejacquelein. » Il ajoute
•1. Moniteur du 7 juillet 1193.
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comme dernier commentaire : « L'exécution terrible d'AmaiHou et du château de Lescurea semé partout la terreur et, dans chaque commune, je déclare hautement aux habitants que je brûlerai tous les villages qui fourniront des hommes à l'armée des rebelles'. »
Le 3 juillet, les républicains occupaient Chatillon, malgré les efforts de La Rochejacquelein et de Lescure qui' avaient inutilement tenté de défendre les hauteurs du M oulin-aux -Chèvres. C'était dans cette ville que les "Vendéens avaient établi leurs magasins; ils regorgeaient de vin, de farines, d'eau-de-vie et, l'abondance succédant tout à coup aux privations d'une marche rapide, les Bleus perdent toute prudence et se livrent à mille excès. Au même moment, l'armée vendéenne, refoulée de Nantes, arrivait à Cholet. Westermann avait été prévenu et songeait à battre en retraite sur Bressuire; mais il était trop lard et, le 5 juillet, les Vendéens, fondant à l'improviste sur les avant-postes républicains, les surprennent les habits bas, le verre en main et les armes en faisceaux. Bien ne résiste à leur élan ; l'artillerie est précipitée pêle-mêle avec Ja cavalerie et l'infanterie dans le ravin qui précède Châtillon, et le désordre prend de telles proportions, que c'est avec la plus grande peine que Westermann parvient à s'ouvrir un chemin du côté de Bressuire.
Dans sa retraite, il rencontre à Parthenay Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau (de Fontenay), qui se ren-
4. Lettres du 2 juillet 4793 au général Biron. Moniteur du 7 juillet 1793.
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daient à Châlillon. Les habitudes de pillage de ia légion germanique et de son chef avaient depuis longtemps indisposé les représentants. Ces incendies allumés sans ordres, ces succès interrompus par une déroute sans exemple, n'étaient pas de nature à modifier leurs premières impressions. Séance tenante, ils écrivent au Comité de salut public pour demander la destitution de Westermann et la dissolution de ses volontaires. La Convention ajoute encore à ces rigueurs et enjoint à Westermann de se rendre à sa barre1.
Pendant ce temps, la division de l'armée de Tours partie au secours de Nantes avait fait sa jonction à Angers avec Canclaux. Un moment il avait été question de continuer le mouvement commencéet d'occuper les deux, rives de la Loire, afin d'assurer les communications de l'armée des côtes de La Rochelle avec celle des côtes de Brest. Le désir de rejoindre les royalistes fit préférer la marche sur Brissac d'où l'on pouvait tout à la fois surveiller les rassemblements qui se formaient à Vihiers et menacer Chemillé et Cholet. Vainqueurs à Martigné-Briant, le 15 juillet, les républicains, deux jours plus lard, sont battus à leur tour à Vihiers. Ce désastre empruntait une gravité exceptionnelle à cette circonstance que, les principaux chefs royalistes étant absents ou blessés, c'étaient les paysans seuls qui, sons la conduite des capitaines de paroisse, avaient remporté la victoire.