‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 90 sur 308 · LIVRE XL V · texte numérisé non relu

LIVRE XL V

dinaire que le reste. L'armée ne manquait pas de chefs d'un grand courage et d'un grand talent. Les uns étaient doués dés plus belles qualités du cœur et du caractère, comme Lescure et Bonchamp; les autres, des dons extérieurs les plus brillants, comme La Rochejacquelein. Certains s'étaient élevés de la condition la plu? humble au premier rang, comme Stofflet, gardechasse du comte de Maulevrier; comme Cathelineau, colporteur et voiturier au Pia-en-Mauge. Au lieu de s'adresser aux plus nobles, c'est parmi ces derniers que le Conseil, sur la proposition de Lescure, alla chercher le chef suprême. Cathelineau fut nommé, et tout le monde applaudit au choix, do celui qui, par son éloquence naturelle, avait provoqué les premiers rassemblements et qui avait mérité, par son ardente piété, le litre glorieux de Saint de l'Anjou. Ce fut une nomination politique, ont écrit quelques historiens; c'était une nomination forcée, dirons-nous à notre tour, dans un pays où, pour défendre leur foi, les paysans avaient pris l'initiative de la résistance, et dans une armée où régnait une vraie et saine égalité.

La prise de Saumur marque l'apogée delà fortune des armes vendéennes. Jamais l'entente entre les chefs n'avait été plus complète et, du Bas-Poitou où jusqu'alors il avait opéré seul, Charetle demandait à entrer dans l'action générale. Le premier résultat de cette union fut une expédition sur Nantes, grande mais dangereuse entreprise, dont le but était d'ouvrir la mer aux royalistes.

La situation de cette ville était critique : à l'in-

HISTOIRE DE LA T E RRE Ult.

teneur, Nantes reproduisait l'image de l'Assemblée; les girondins y représentaient le mérite et le nombre, les montagnards la violence et l'audace. Au dehors, les Nantais ne cessaient pas de réclamer des secours; niais ils n'avaient plus l'oreille de la Convention épurée, et celle-ci ne voulut pas s'intéresser au sort d'une cité dont les autorités, le maire Baco et le représentant Cous tard, tenaient toujours pour cette Gironde encore mal abattue. Le danger commun rapprocha les partis, et Nantes résolut de se sauver elle-même.

Calhelineau disposait à peine de 10,000 hommes. Les Vendéens comprenaient mal l'importance de cette expédition lointaine, et beaucoup d'entre eux s'étaient débandés sur la route. Seuls les soldats de ChareUe, désireux de prendre leur revanche des expéditions dirigées de Nantes contre le Bas-Poitou, étaient remplis d'ardeur. Les chances se trouvaient donc égales entre les assaillants, soutenus par leurs précédents succès, et les habitants combattant pour leurs foyers.

La lutte s'engagea, le 29 juin, avant l'aurore. Calhelineau menaçait Nantes, du côté de la terre ferme, par les trois routes de Paris, delïenneset de Vannes, tandis que Charette s'avançait par la rive gauche de la Loire. Un moment la ville sembla perdue : Cathelineau se glissant, avec quelques hommes déterminés, au travers des ruelles et des jardins, était parvenu jusqu'à la place Viarmes. Là il s'arrête; et, croyant la victoire assurée, il s'agenouille pour prier, son chapelet à la main. Au même instant, un coup de feu part de la lucarne d'un grenier et l'étend à terre mortellement blessé. II ne fallait plus

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