LIVRE XLV
L'une et l'autre étaient assurées d'un favorable accueil, et un décret ordonne qu'il sera formé sur-le-champ, dans l'armée des côtes de La Rochelle, vingt-quatre compagnies de pionniers et d'ouvriers pour les opérations extraordinaires de la guerre qui devra être faîte contre les rebelles1.
Le 1er août amène de nouvelles sollicitations et de nouvelles rigueurs. Cette fois le parti est pris et la mesure est terrible.
« L'organisation des compagnies d'ouvriers et de pionniers, dit la Convention, sera accélérée : ils seront choisis dans les communes les plus patriotes.
« II sera envoyé par le ministre de la guerre des matières combustibles de toute espèce pour incendier les bois, les taillis et les genêts des pays insurgés.
« Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées par les compagnies d'ouvriers pour être portées sur les derrières de l'armée, et les bestiaux seront saisis.
« Aussitôt que l'armée sera réorganisée et prêteà marcher, les représentants du peuple s'entendront avec les administrations des dé parlements voisins pour faire sonner le tocsin et faire marcher sur les rebelles tous les citoyens depuis l'âge de seize ans jusqu'à l'âge de soixante ans.
« Les femmes, les enfants et les vieillards seront conduits dans l'intérieur; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté avec tous les égards dus à l'humanité. »
On se demande ce qu'on doit le plus admirer ici, du
i. Moniteur du 29 juillet '1793.
sang-froid avec lequel s'édictaient ces atrocités, ou de l'ironie qui inscrivait, dans de pareils actes, la mention des égards dus à l'humanité. Il est vrai que la philanthropie des démagogues avait une façon toute spéciale do s'exercer ; elle consistait à entasser les femmes, les vieillards et les enfants dans des prisons dix fois trop étroites, où les maladies contagieuses les enlevaient par centaines, quand la fusillade ou la guillotine ne venait pas abréger leur supplice.
Sur la proposition de Thuriot, qui lit remarquer qu'il y aurait peut-être des citoyens patriotes et vertueux dont les propriétés seraient dévastées, on ajouta une dernière disposition digne des précédentes.
« Les biens des rebelles de la Vendée sont déclarés appartenir à la République. Il en sera distrait une portion pour indemniser les citoyens demeurés fidèles à la patrie des pertes qu'ils auraient souffertes1. » c
Pour exécuter de pareils ordres, il fallait un chef de bandits et non un général. La Convention le rencontra dans Rossignol.
Nous avons déjà eu occasion de parler de ce sinistre personnage et de son rôle actif dans les prisons, les massacres des 2 et 3 septembre 1792e-. Ces gages donnés à la révolution l'avaient rendu cher à la faction jacobine et, quand on organisa les bataillons de volontaires pour la Vendée, il reçut, aveclegradedelieutenant-
1. L'arrêté du Comité de salut public qui servît de base à ce décret est signé Couthon, Barère, Saint-Just, Thuriot, Hérault-Séchelles et Robespierre. Il inaugurait rentrée de ce dernier au Comité.