LIVRE XLV
priétés nationales, on brise les scellés, on fouille les armoires et l'on se partage les vêtements, les bijoux et tous les objets de valeur qu'elles renferment. Le général en chef lui-même prend part à la curée. Il s'adjuge la voiture de. son hôte et, joignant l'ironie au pillage, il écriten partant au maire de Fontenay qu'il l'emmène pour le service de la République. Déjà le 21 août, en traversant Niort, Rossignol, non content de succéder à Biron, avait volé ses chevaux1.
La municipalité de Fontenay ne pouvait pas rester înactive. Elle dresse un procès-verbal de ces actes de pillage et l'envoie à Ghantonnay aux représentants Bourdon (de l'Oise) etGoupilleau. Ces derniers jugent l'affaire assez grave pour suspendre Rossignol de ses fonctions. De son côté, Bourbotte défend aux troupes d'exécuter les ordres de ses collègues et part en poste pour Paris, accompagné de Rossignol, après avoir confié à Santerre le commandement provisoire de l'armée.
La Montagne n'avait pas attendu l'arrivée de son favori pour faire de sa révocation une question de parti. A la première communication de l!arrèté de suspension,
'I. C'est ce qui résulte du certificat suivant :
a Aujourd'hui, 22 aoûti^, l'an II de la République, je soussigné, Jacques Jacob, pïqueur du général Biron, cerlilie que le citoyen Rossignol, général en chef de l'armée des coins do La Raphellc, s'est emparé hier de dix chevaux appartenant au général Biron, laissés à Niort; de même que de cinq autres chevaux que lui, déclarant, avait vendus au général de-brigade Mieskowski ; il certifie, en outre, qu'indépendamment des chevaux, le citoyen Rossignol s'est permis de s'emparer de toutes les selles, brides de voilure, etc., appartenant aussi au général Biron.
« En foi de quoi j'ai signé les présentes. « J.-J. Jacob, b
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
■m HISTOIRE DE LA TERREUR.
Tallien s'était écrié, au milieu des murmures de la Convention 1 :
« Lorsque j'ai vu Rossignol nommé général en chef, j'ai été le premier à dire qu'il n'était pas capable de commander une armée de cette importance. Mais c'est un des vainqueurs de la Bastille; je sais que Biron né pouvait pas souffrir Pâpreté du caractère républicain de Rossignol; il s'est toujours montré en héros. Eh! que m'importent à moi quelques pillages particuliers, je veux dire le pillage de quelques maisons d'aristocrates! Rossignol a la confiance de l'armée. Je demande que le Comité de salut public fasse demain son rapport sur cet arrêté. »
À la séance du 28 août 2, la discussion recommence plus animée et plus vive, en présence de Bourbolte et de Rossignol. Cette fois encore, personne ne s'occupe des faits imputés au général, et Bourbolte détourne l'attention de la Convention sur les causes présumées de sa destitution.'
« — II faut, dit-il, vous faire connaître les vrais motifs qui ont porté -Goupilleau et Bourdon à de semblables dispositions. Goupilleau, envoyé en mission dans son propre département, a senti qu'il avait beaucoup à perdre dans l'exécution des mesures décrétées à l'égard des rebelles de la Vendée, et tout à craindre de la part d'un général qui n'avait que le salut public à consulter et qui avait manifesté hautement ses intentions à cet égard. »