LIVRE I
durer, suivant l'expression du poétique programme, autant que le jour.* trop prompt à fuir, le permettrait 1 .
Toutes les sections de Paris avaient été invitées à nommer des commissaires pour assistera la fête. La section Sainte-Geneviève élut Roucher, -le poète des Mois, qui soutenait avec courage, dans le Journal dé Paris, les principes constitutionnels. « J'accepte, écrivit Roucher (31 mars), mais à la condition que le buste du généreux Desilles sera sur le char de triomphe, afin que le peuple contemple l'assassiné au milieu des assassins ! » Cette lettre souleva des transports de colère parmi les Jacobins. Un certain Menée de La Touche, lui-même commissaire.de la fête et que nous retrouverons quelques mois plus tard lorsque nous raconterons les massacres de septembre, y répondit, dans les Annales patriotiques, en insultant grossièrement Roucher et en lui jetant à la face, dans un post-scriptum, une accusation de vol formulée en ces termes : « Nous savons qu'il y a dé par le monde une certaine caisse financière qui de pleine se trouva vide. » Roucher, montrant dans cette circonstance une énergie et une résolution qui doivent être données comme exemple, annonça qu'il allait porter plainte contre l'auteur de celte ignoble calomnie. « Il est temps, s'écriait-il à la fin de sa vive réplique, qu'un homme probe obtienne une réparation qui. par un juste effroi,- purge enfin la société de ce qu'elle a de plus impur, des libellistes, de leurs fauteurs, complices et adhérents. »
1. Nous donnons, à la ûn de ce volume» note IV, le texte entier do ce curieux programme, qui porte la dale du 23 mars 1792.
Sur la menace d'un procès en diffamation, les Annales patriotiques reculèrent lâchement. Elles s'y reprirent h deux fois pour déclarer que l'insertion de la note dont Boucher se plaignait avait été faite par suite d'une faute d'impression ; elles ajoutèrent même à cette excuse, aussi, plate que mensongère, cette rétractation formelle: * Nous ne nous consolerions pas d'avoir pu fournir une occasion à la moindre interprétation qui fût injurieuse à M. Boucher, si nous n'étions bien sûrs que son excellente réputation éloignera toujours de lui, aux yeux de tous les gens de bien, l'ombre même du soupçon. » On ne pouvait s'humilier davantage. Roucher se hâta de faire réimprimer les deux rétractations des Annales dans le Journal de Paris en les accompagnant de ces réflexions, qui sont de tous les temps : « Je demande aux bons citoyens d'avoir le courage de leur vertu; ces factieux, ces calomniateurs, ces brigands qui nous agitent, nous diffament et nous égorgent, ne sont forte que de notre faiblesse. Essayons de leur faire tète, et l'audace à l'instant ne sera plus que de la lâcheté
Les démagogues tentèrent de, prendre leur revanche de cette déconvenue, et Collôt-d'Herbois vint lire aux Jacobins un écrit intitulé : La vérité sur les soldats de CkâiettuvieucD. Ce dithyrambe en faveur de l'insubordination fut imprimé, distribué aux sociétés affiliées, et placardé sur les inurs de la capitale par ordre du club. Le Journal de Paris (d avril) y répondit par une réfu-
\ . Voir toutes les pièces de cette polémique clans Y Histoire parlementaire, t. XIV, p. 63 à 6!i-