‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 123 sur 191 · LIVRE IT · texte numérisé non relu

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gnaient furent mises à l'abri dans l'embrasure d'une fenêtre, derrière la grande table du Conseil, Devant cette table s'établirent trois rangées de gardes nationaux du bataillon des Filles-Saint-Thomas, sous les ordres de Mandat. A côté de celui-ci vint bientôt se placer le principal promoteur du tumulte, le commandant des Quinze- Vingts, le brasseur Santerre. En entrant, i! dità la reine :

retrouver Louis XVI, lorsque déjà il était dans la salle de l'Œil— de- Bœuf en butte aux outragos dos premiers groupes d'émeutiers.

« La reine accourait en ce moment par la chambre du roi : M. Aubier l'aperçoit de la porte qu'il tenait, essayant de la fermer; il court vers Sa Majesté en refermant la porte; il ose l'arrêter. Elle criait : o Laissez-moi passer, ma place est près du roi, je veux le joindre et périr s'il le faut, en le défendant. » Le courage de la reine doublant ses forces, elle eut renversé M. Aubier, si M. Rougeville, chevalier de Saint-Louis, n'eût joint sa résistance à la sienne et donné le temps do l'atlcindre aux personnes de l'intérieur qui couraient à sa suite. M. Aubier court en informer madame Elisabeth, qui l'autorise à résister à la volonté de la reine. Il faut, pour obtenir de la fille des Césars qu'elle semble moins di£nn; d'eNo-méiïie, que ce serviteur zélé lui' dé— montre l'impossibilité de traverser un groupe de brigands, lui prouve que si elle n'était pas massacrée, elle serait étouffée avant d'y arriver; ■ que sa tentative serait funeste au roi qui, entouré de quatre grenadiers, se précipiterait au travers des piques pour arriver jusqu'à e9e; à ce mot, qui fut appuyé par M. de Chambonnas, la reine s'est laissé entramer dans la chambre de monseigneur le dauphin. Le sieur Augé, valet de chambre, chevalier de Saint-Louis, avait rallié dix grenadiers de la salle de la reine qui, aidés de MM. de Choïseul, d'Hausson ville et de Saint-Priest, protègent sa retraite. Tenant dans ses bras monseigneur le dauphin, appuyée sur Madame, Sa Majesté était entourée de mesdames de Tourzel, de Tarente, de La Roche-Àymon, de Maillé, do la petite orpheline Ernestine. Par le couloir qui conduit de la chambre du dauphin a celle du roi, on fait passer la reine, le dauphin, Madame et leurs damesdans la salle du Conseil; on les* place derrière le bureau, au milieu des braves grenadiers de la section de Saint-Thomas. «

« Madame, vous êtes trompée ; le peuple ne vous veul •pas de niai. Si vous vouliez, il n'y aurait pas un d'eux qui ne vous aimât autant que cet enfant. » — Et du doigt il désignait Je prince royal. — « Sauvez la France ; vos amis vous trompent, il n'y a pas à craindre pour vous ; je vais vous le prouver en vous servant de plastron i . » — Et aussitôt, activant le défilé, il montrait à la foule les membres de la famille royale, absolument comme s'il était déjà leur gardien ou leur geôlier. — « Regardez la reine ; répétait-il à chaque instant, regardez le prince royal 2 ! »

Un sans-culotte, en passant, voulut que l'enfant fût coiffé du bonnet de la liberté ; et la reine mit un bonnet rouge sur la tête dé son fils. Sous cette ignoble coiffure, beaucoup trop grande et trop lourde pour lui, le prince royal étouffait. « Otcz le bonnet à cet enfant, dit Santerre, saisi lui-même de pitié, il a trop chaud 3 . »

Certes, parmi la horde qui défilait, il ne manquait pas de misérables incapables de s'apitoyer sur le sort de la malheureuse Marie-Antoinette ; niais, sur les lèvres du plus grand nombre, l'insulte fut arrêtée par l'admirable dignité de la reine ; plus d'un cœur se sentit ému à la vue de l'enfant royal qui jouait innocemment sur la table du Conseil.

1 . Nous n'avons pour ces paroles que la version de Santerre, nous no pouvons la contrôler; nous la donnons donc sous toutes réserves. (Voir l'extrait du rapport de Santerre ii la fin de ce volume, noie IX.)

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