‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 156 sur 191 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lois militaires et de police ordonnaient de repousser la force attaquant le poste qui lui était confié ;

« Violée enfin par tous les membres du corps municipal, qui ont abandonné le sort de cette périlleuse journée à une distribution de rôles , concertée à l'avance, seulement avec quelques-uns d'entre eux. »

En conséquence, Cahier demandait au conseil général d'arrêter :

« Qu'il improuvait la conduite tenue, depuis son arrêté du 16 jusques et y compris la journée du 20 , par le maire, le procureur de la commune et les administrateurs de police ; qu'il improuvait également l'arrêté pris dans la matinée du 20 par le corps municipal ;

« Qu'il dénonçait cet arrêté et la conduite du maire, du procureur de la commune et des administrateurs de la police au directoire du département. »

Cahier 1 terminait son réquisitoire en proposant que l'arrêté, à prendre par le conseil général pour ou contre ses propositions, fût imprimé, affiché, distribué aux quarantê-huit sections, aux quatre-vingt-deux départements,

1. Louis Gilbert Cahier était avant la Révolution avocat au Parlement. Il fut arrêté le 1" septembre 4792, sur la motion de Robespierre, au moment même où, par suite du décret qui cassait la commune insurrectionnelle, il venait reprendre ses fonctions municipales [Histoire parlementaire^ t. XVII. p. 3o6j; il échappa aux massacres de septembre par suite de la réclamation de sa section {celle de la Grange- Ratelière), puis fut incarcéré comme suspect pendant la tourmente révolutionnaire. Cahier entra sous le Consulat dans les rangs de la magistrature et fit partie de la Cour de cassation- Il est mort le M avril 1832, âgé de 70 ans. Il ne'faut pas le confondre avec Cahier de Gerville qui fut ministre de Louis XVI, et dont il n'était même pas parent.

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au directoire du département de Paris, au ministre de l'intérieur et à l'Assemblée nationale. Le conseil général de la commune était ainsi mis en demeure de se prononcer d'une manière catégorique, mais il hésita à suivre le courageux orateur jusqu'au bout de sa motion et se contenta d'en ordonner l'impression. et la mise à l'ordre du jour des quarante-huit sections. C'était condamner moralement les auteurs et complices du 20 juin 1 .

Pendant ce temps, deux anciens constituants, Dupont (de Nemours) et Guillaume, rédigeaient, faisaient imprimer dans le Journal de Paris, déposaient chez tous les notaires de la capitale et expédiaient à tous leurs anciens collègues une pétition des plus énergiques contre les excès du 20 juin 2 . Elle fut en quelques jours couverte de signatures.

Les départements envoyèrent aussi de nombreuses

■1 . La motion do Cahier fut présentée au conseil général le 23 juin. On en ordonna l'impression, et on ne reprit la discussion que le G juillet. Les débats furent ce jour-là longs et animés. Les cofistilulionnels l'emportèrent, et firent renvoyer la motion de Cahier au corps municipal pour appliquer la loi du 9 octobre 4794 sur les Clubs. C'était tout ce que pouvait faire le conseil général de la commune, mais c'était évidemment une fois de plus condamner les événements du 20 juin, dont le conseil général rendait ainsi solidaires les Jacobins et les autres' sociétés populaires de la capitale.-

2. Dès le 34 juin, la pétition que l'on appela plus tard la pétition ' des vingt mille, quoiqu'elle eût été loin de réunir ce nombre de signatures, circulait dans Paris.de maison en maison. Sur cent treize notoires, quatorze seulement refusèrent de recevoir les signatures, de peur do se compromettre. Pendant Loule la terreur, ce fut un crimo presque irrémissible que d'avoir signé ou fait signer la pétition des vingt mille.

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adresses ; elles exprimaient toutes la môme horreur pour les événements qui venaient de se passer aux Tuileries, le même désir de s'unir avec la partie saine de Paris pour réduire à l'impuissance la faction jacobine* Afin de ne pas nous exposer à des redites continuelles, nous nouscontenterons de citer l'adresse du directoire du département de la Somme, parce qu'elle joua un rôle tout particulier dans la. longue polémique qui s'établit sur les événements de juin et sur leurs conséqueuces. Elle était ainsi conçuo :

Extrait du registre des arrêtés du directoire du département de la Somme.

22 juin 1799, onze heures du matin.

« Ce jour, le directoire, extraordinairement assemblé, informé que, le 20 de ce mois, un nombre 'considérable d'individus armés de piques et conduisant du canon s'est porté au château des Tuileries, malgré la défense du conseil général de la commune et du département de Paris, et malgré la loi constitutionnelle qui défend aux citoyens et gardes nationaux de s'assembler en armes pour délibérer et présenter des pétitions; que la garde nationale parisienne s'était opposée à cette démarche inconstitu-

- tionnelle jusque vers les quatre heures du soir du même jour, mais qii'alors environ trente mille hommes, armés de piques, menaçant d'employer la force si on n'ouvrait

.les grilles et portes du château des Tuileries, ladite garde nationale avait été obligée de céder; qu'alors toute la troupe armée s'était précipitée dans le Château, avait oc-

cupé tous les appartements et les terrasses ; que des portes du Château et des serrures avaient été. forcées ; que le chef de la nation avait été insulté et menacé, que sa vie et celle de sa famille avaient couru les plus grands dangers ; que la majesté de la nation avait été outragée dans la personne de son chef; que le roi, en résistant à des pétitions aussi inconstitutionnelles, avait conservé le courage calme qui sied à la vertu, mais qu'il était à craindre que des scènes aussi scandaleuses ne se renouvelassent et ne consommassent enfin tous les crimes, annoncés aujourd'hui hautement par une faction qui ne ménage plus rien, parce qu'elle croit être sûre du succès :

« Ouï le procureur-général-syndic , et considérant que le droit de sanction, déféré au roi par la Constitution, a été attaqué par l'attroupement qui a eu lieu le 20 juin dernier; que la personne du roi, déclarée par la Constitution sacrée et inviolable, a été insultée, injuriée et menacée ; que ces outrages et ces insultes retombent sur la nation même dont le roi est le chef; que les excès et les brigandages commis ledit jour sont l'exécution et l'accomplissement des menaces et projets annoncés depuis longtemps par une faction qui compte les crimes au nombre de ses moyens les plus familiers; qu'il est étonnant, qu'après l'arrêté du directoire de Paris contre les attroupements armés, les brigands soient parvenus, a force ouverte, jusque dans l'intérieur des appartements du roi; .que cet événement, qui a failli plonger la France dans le plus grand deuil, semblerait prouver l'insuffisance de laforce publique dans Paris; que c'est néanmoins à cette ville qu'est confié le précieux dépôt des représentants hé-

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