‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 159 sur 191 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

jours à assurer la position de son armée, puis partit avec un seul aide de camp 1 .

A Soissons, l'administration du département de l'Aisne conjura le général de renoncer à son projet, persuadée, comme Luckner, qu'il succomberait dans sa lutte avec les Jacobins. La Fayette ne voulut rien entendre, il continua sa course rapide vers Paris, où il arriva le 28 juin. Il descendit chez son plus intime ami, le président du directoire du département, le duc de La Rochefoucauld, puis, sans même prendre le temps de se reposer, il se dirigea vers la salle du Manège.

L'Assemblée discutait la loi sur l'état civil, lorsque le président lui annonce qu'on vient de lui faire passer une lettre ainsi conçue :

« Monsieur le président,.

« J'ai l'honneur de vous prier de demander à l'Assemblée nationale la permission de paraître à sa barre et de lui offrir l'hommage de mon respect.

« L\ Fayette., »

Plusieurs députés demandent que le général soit admis sur-le-champ ; la gauche elle-même partage ce désir, « Comme il n'y a, dit Isnard, que des raisons pressantes qui aient pu forcer le général à quitter son armée, je demande qu'on l'entende à l'instant. »

La Fayette parait donc à la barre. Les députés de la droite et les galeries le saluent avec enthousiasme, mais les tribunes et la gauche gardent lè plus morne silence 3 .

4. Mémoires de La Fayette, t. III, p. 333; Toulongeon, 1. 1", p. 285, 2. Journal des Débais cl Décrets, n" 275, p. 386.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

« Président, s'écrie Lecointe-Puyraveau , rappelez le décret qui défend les applaudissements. — Mais, lui réplique-t-on, le même décret défend aussi les murmures. » Le silence se rétablit, et La Fayette a la parole.

Après avoir expliqué comment son absence ne compromet en rien la position des armées françaises, il expose les raisons qui l'amènent à la barre de l'Assemblée. On a dit que la lettre qu'il avait écrite le 16 n'était point de lui, on lui a reproché de l'avoir dictée au milieu d'un camp : il est venu seul, avouer sa lettre, hors de « l'honorable rempart de l'affection de ses troupes. »

• Mais ce n'est la qu'une de ses raisons, la principale c'est le 20 juin : « Les violences commises aux Tuileries, ajoute-fc-il, ont excité l'indignation et les alarmes de tous les bons citoyens, et, particulièrement, de l'armée. Dans celle que je commande; les officiers, sous-officiers et soldats ne font qu'un. J'ai reçu des différents corps des adresses pleines de leur amour pour la Constitution, de leur respect pour les autorités qu'ellea établies et de leur patriotique haine contre les factieux... Ces adresses, je les ai arrêtées par un ordre dont je dépose copie sur ce bureau, mais vous y verrez que j'ai pris l'engagement de venir seul vous exprimer le sentiment de tous. Je ne

' puis qu'approuver les motifs qui les animent. Déjà on se demande, dans mou armée, si c'est vraiment la cause de la liberté et de la Constitution que nous défendons.

« Messieurs , c'est- comme citoyen que j'ai l'honneur de vous parler.. . Il est temps de garantir la Constitution dés atteintes que tous les partis s'efforcent de lui porter,

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L1VBE III. 239

d'assurer la liberté de l'Assemblée nationale, celle du roi, son indépendance, sa dignité... Je supplie l'Assemblée nationale d'ordonner que les instigateurs des délits et des violences commises, le 20 juin, aux Tuileries, seront poursuivis et punis comme criminels de lèse-nation, de détruire une secte qui envahit la souveraineté, tyrannise les citoyens, et dont les débats publics ne laissent aucun doute sur l'atrocité des projets de ceux, qui la dirigent. J'ose enfin vous supplier, en mon nom et au nom de tous les honnêtes gens du royaume... » (A l'extrémité delà salle des murmures se font entendre *.) « J'ose vous supplier de prendre les mesures efficaces pour faire respecter les autorités constituées, particulièrement la vôtre et celle du roi, et de donner a l'armée l'assurance que la Constitution ne recevra aucune atteinte dans l'intérieur, tandis que les braves Français prodiguent leur sang pour la défense des frontières. »

Une très-grande partie 2 des députés et des -spectateurs des galeries manifestent une vive approbation.

« Monsieur, répond le président (Girardin), l'Assembléé nationale a juré de maintenir la Constitution ; fidèle à son serment, elle saura la garantir de toutes les atteintes. Elle examinera votre pétition et vous accorde les honneurs de la séance. »*

La .Fayette va s'asseoir sur les bancs voisins du bureau,

« Ce n'est pas là, s'écrie Kersaint, c'est à la place destinée aux pétitionnaires que M. La Fayette doit être. »

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