‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 160 sur 191 · Journal des Debals et Décrets, [>. 387. — Ibid · texte numérisé non relu

Journal des Debals et Décrets, [>. 387. — Ibid

Les constitutionnels murmurent, mais leur ami les quitte et va prendre modestement la place qui lui est assignée.

Plusieurs députés demandent le renvoi de la pétition du général à la commission des douze. Mais Guadet réclame la parole, la droite veut la lui refuser, l'Assemblée est consultée, l'épreuve reste douteuse; l'ardent méridional s'élance à la tribune et débute par ces mots pleins d'une ainère et pénétrante ironie : « Au moment où la présence de M. de La Fayette m'a été annoncée, une idée bien consolante s'est venue offrir ùmoi. Ainsi, luesuis-je dit, nous n'avons plus d'ennemis extérieurs à craindre, ainsi les Autrichiens sont vaincus!... Cette illusion n'a pas duré longtemps; nos ennemis sont toujours les mêmes, notre situation extérieure n'a pas changé; cependant le général d'une de nos armées est à Paris!... M. de La Fayette se constitue l'agent de son année et des honnêtes gens; ces honnêtes gens; où sonUils? Cette armée, comment a-l-elle pu délibérer?... M. La Payetto viole lui-même la Constitution;, lorsqu'il se rend l'organe des honnêtes gens qui ne lui ont pas donné de mission, il la viole lorsqu'il quitte son poste sans un congé du ministre. » — Cela dit, Guadet demande : 1° que le ministre de la guerre apprenne à l'Assemblée s'il a, oui ou non, accordé un congé à M. de La Fayette; 2° que la commission extraordinaire des douze fasse un rapport sur la question de savoir si les généraux en fonction ont le droit de pétitionner.

Ramond, qui s'est chargé de répondre à l'attaque du député girondin, cherche, avec quelque embarras, une

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explication constitutionnelle de la conduite du général pétitionnaire. Mais bientôt les éclats de rire de l'extrême gauchelui font comprendre qu'il se fourvoie; il sort brusquement de la région des vagues théories, et, renonçant à rester sur une défensive où il se sent mal à l'aise, il va droit à ses adversaires, et les attaque par le point le plus vulnérable. « Hy a huit jours, une multitude armée demandait à se présenter devant vous. Des lois positives s'y opposaient ; une promulgation, faite la veille par le département, rappelait cette loi et en demandait l'exécution... Vous n'avez eu égard à rien, et vous avez admis dans votre sein des hommes armés... Aujourd'hui, Tou invoque encore la constitution et les lois. Contre qui ? Contre M. de La Fayette, dont la vie est une suite de combats contre les despotisnies de tout genre,... qui a donné pour gage à la nation sa fortune, sa vie tout entière... » — On interrompt violemment. — « Rendez, s'écrie l'orateur, rendez à la patrie les mêmes services, et vous parlerez ensuite ! » — Puis il poursuit son parallèle entre une multitude qui s'est donnée pour la représentation du. peuple souverain, qui a parlé' exclusivement en son nom, et M. de La Fayette « qui, pour l'Amérique comme pour l'Europe, est l'étendard de la révolution... le fils aîné de la liberté française. »

Un membre de la gauche lance à l'orateur cette interruption sardonique : « Je demande à M. Hamond s'il fait l'oraison funèbre de M. La Fayette. » — Mais le courageux député de la droite n'y fait aucune attention et continue en ces termes : « Je cherchais partout une voix qui eût le courage de dénoncer les grands périls de

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la liberté, mais partout j'ai trouvé le plus profond silence. Il fallait que cette voix fût celle qui s'est élevée à la première assemblée des notables contre le despotisme, cette voix à laquelle l'Europe et la France sont accoutumées; cette voix dans laquelle les amis de la patrie sont habitués à reconnaître les accents de la liberté... Je demande donc que la pétition de M. de La Fayette, où sont dénoncés les vrais ennemis publics, soit renvoyée à la commission extraordinaire, beaucoup moins pour juger la conduite du général que pour l'examiner en elle-même, et faire le plus tôt possible un rapport sur les objets qu'elle renferme 1 - »

Plusieurs députés réclament la parole ; beaucoup d'autres, le vote immédiat; la majorité déclare la discussion fermée. Mais ie tumulte recommence : il s'agit de savoir si la motion de Bamond sera mise aux voix avant ou après celle de Guadet. Lecoinlre s'empare de la tribune, un décret l'en fait descendre; la parole est également refusée à Carnot le jeune. Plusieurs membres de la Montagne quittent leurs bancs, s'avancent vers le bureau, menacent le président de la voix et du geste, et osent demander qu'il soit envoyé à l'Abbaye, pour n'avoir pas gardé une assez complète impartialité.

Après un tumulte violent et prolongé, Daverhoult parvient à se faire entendre et déclare qu'il n'est pas possible d'admettre que la question reste posée comme Guadet

\. Nous nous sommes aidé, pour rétablir la physionomie (ie co discours ei de celui do Guadet, des deux versions des Débats el du Moniteur, en les corrigeant l'une par l'autre.

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