‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 19 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Cette demande soulève, comme on devait s'yaltendre, l'opposition de la. droite. « Si les Suisses de Châleauvieux ne se présentent que pour témoigner à. l'Assemblée leur reconnaissance, qu'ils soient reçus à la barre et entendus, s'écrie Jaucourt; mais qu'ils ne soient pas admis à la séance ! ils doivent être exclus de cet honneur. »

Les tribunes avaient été soigneusement remplies d'amis de Collot et des Jacobins : à cette proposition, elles répondent par des cris redoublés : « À bas! à bas! »

Jaucourt, sans s'effrayer des interruptions, pose trèsnettement la question : « Une amnistie n'est ni un triomphe ni une couronne civique; je veux croire que les soldats de Châteauvieux . ont été égarés ; mais la garde nationale, mais les soldats de la troupede ligne, qu'ils ont combattus aux portes de Nancy, se sont dévoués à la défense de la loi et eux seulement sont morts pour la patrie ; lorsqu'on a honoré leur mort d'un deuil public, lorsque ce deuil a été porté par toutes les gardes nationales de France, était-ce pour qu'on décernât, un an après, les mêmes honneurs à ceux sous les coups desquels sont tombées tant d'infortunées victimes de la loi? »

Ces paroles soulèvent des applaudissements adroite, mais les murmures redoublent à gauche etdans les tribunes.

«Qu'il soit permis, reprend Jaucourt, qu'il soit permis à un militaire qui fut, avec son régiment, commandé pour cette expédition, de vous représenter que votre décision peut faire une grande impression sur l'armée ; les honneurs que vous rendez aux soldats de Châteauvieux les feront considérer, non pas comme des hommes qui ont

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■ été trop punis, mais comme dés victimes innocentes... » « Oui, oui, » crient la gauche et les tribunes. Pendant que Jaucourt retourne à son banc, son collègue et sou ami, Gouvion, monte à la tribune, et dit d'une voix émue :

i « J'avais un frère, bon patriote... toujours prêta se sacrifier pour la loi ; c'est au nom de la loi qu'il a été requis de marcher sur Nancy avec les braves gardes nationales. La il est tombé percé de cinq coups de fusil. Je demande si je puis voir tranquillement les assassins de mon frère... »

« Eh bien ! monsieur, sortez! » lui crie-t-on insolemment des bancs de la gauche. A ces mots, quelques spectateurs applaudissent; mais l'Assemblée, presque tout entière, manifeste la plus vive indignation. Un grand nombre de députés réclament la censure contre l'interrupteur, quelques-uns même demandent qu'il soit envoyé à l'Abbaye.

« Je traite, s'écrie Gouvion, je traite avec tout le mépris qu'il mérite le lâche qui a été assez bas... »

« A la question! » hurlent les amis des Jacobins.

Choudieu a ^impudence de se lever et dé déclarer que c'est lui qui a interrompu Gouvion.

Cette brutalité lui, mérite naturellement les applaudissements, des tribunes.

« Le malheureux! reprend froidement Gouvion, il n'a donc jamais eu de frère ! » Et il quitte l'Assemblée pour n'y plus reparaître l .

4 + « En quittant la tribune, le général Gouvion sortit de la salle par le côté d'où le mol injurieux était parti; je me hàlai de raccompagner;

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