‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 20 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le paralytique Couthon lui succède à la tribune et prend la défense des Suisses de Cbûteauvieux. Il demande que l'Assemblée « leur fasse oublier les maux qu'ils ont soufferts, et honore en eux le triomphe de la liberté ; » il appuie son raisonnement d'un aveu précieux, à recueillir, car il montre bien que les Jacobins eux-mêmes étaient loin de voir des héros dans les révoltés de Nancy, et qu'ils ne les exaltaient que pour les besoins de leur polK tique.

« Quand même on mirait quelques reproduis à leur faire, quand'méme Us auraient été égarés, il faudrait être bien esclave des vieux préjugés, pour vouloir déshonorer des hommes que la loi a innocentés. Les soldats amnistiés sont rentrés dans le droit commun ; par conséquent l'Assemblée doit leur accorder, comme à tous, les honneurs' de la séance. »

« Eh bien ! alors, s'écrie un membre de la droite (de Haussy), je demande que le buste de Desilles soit placé sur le bureau 1 . »

Dans le peu d'instants que nous restâmes ensembje sur la terrasse des Feuillants, Gouvion me dit : « Je ne remettrai jamais le3 pieds dans «cette salle. » Il rentra chez lui, et, lorsque j'allai le retrouveraprès la séance, il avait déjà adressé sa démission au président. « J'attendrai « pendant vingt-quatre heures, me dit-il, celui que j'ai traité de lâche, « et demain au soir je partirai pour l'armée. Là sans doute je trouverai «r une glorieuse fin à tout ceci. » Je ne pus le persuader de renoncer à son dessein; et peu de jours après, aux avant-postes de l'avontgarde du général La Fayette, Je brave Gouvion était tombé frappé du premier boulet ennemi. ( Souvenirs de Matthieu DUftias , t. II. p. -130.)

\ . Journal des Débals et Décrets, page \ 02.

Après un violent tumulte, excité par ces paroles, on passe au vote sur ces deux questions : Faut-il admettre les Suisses à la barre? Faut-il leur accorder les honneurs de la séance? La première est adoptée à l'unanimité. Quant à la seconde, le président, sur l'avis des secrétaires, la déclare résolue affirmativement parla majorité. Mais, pendant que les tribunes applaudissent, un grand nombre de membres de la droite descendent de leurs bancs et réclament l'appel nominal. Le plus grand désordre règne dans l'Assemblée : les députés échangent, d'un bout à l'autre de la salle, des paroles insultantes et des menaces. Enfin le président, sommé parLacombe de faire immédiatement procéder à l'appel nominal, s'y décide. La plupart des députés répondent de leur banc par un oui ou par un non. Gouvion appelé ne répond pas. « Il pleure son frère, » s'écrie Chéron. — «A l'ordre ! à l'ordre ! » répond la gauche 1 .

L'appel nominal donne le résultat suivant :

Volants : 5&6 ; oui, 2S1 ; non, 265 voix. .

A une majorité de 8 voix., les amis de Col lotci' Herboîs l'avaient emporté. En conséquence, le président déclare que les soldats de Château vieux , qui ont été autorisés à se présenter à l'Assemblée, seront admis aux honneurs de la séance.

Les tribunes saluent leur victoire par de triples acclamations.

Aussitôt les quarante Suisses paraissentà la barre, sous la conduite de leur défenseur officieux, Collot-d'Herbois.

i. Jour; ml dr,s Débats ei Décrets j p. 1 02-

Page 1